Jacques Demy, une carrière haute en couleurs

Nicolas Thys | 11 novembre 2008
Nicolas Thys | 11 novembre 2008

A s'attarder quelque peu sur l'œuvre de Jacques Demy on s'aperçoit rapidement qu'elle est cyclique malgré quelques variations et que l'univers général de ses premières œuvres l'accompagnera tout au long de sa carrière pour se refermer sur lui-même. Rappelons que Demy a débuté par un certains nombre de courts-métrages, souvent peu importants mais décisifs et matriciels.

 

 

 

Les premiers sont des films d'animation, ce qui est peu banal puisque rares sont les réalisateurs qui passent de l'animation à la prise de vues réelles. Les suivants dans les années 50 ont subi la double influence Jean Cocteau, Demy réalise Le Bel Indifférent à partir d'un de ses scénarios, et de Georges Rouquier, documentariste important auteur de Farrebique et Biquefarre, tournés à 30 ans d'intervalle, qui avait l'habitude de scénariser ses films afin de coller à la réalité. De la même manière Demy meurt après avoir réalisé la même année La Table tournante, merveille animée en collaboration avec Paul Grimault et Trois places pour le 26 fiction semi-documentaire puisqu'Yves Montand y interprète Yves Montand, artiste de Music Hall vieillissant.  La boucle est bouclée.

 

   


Mais entre les deux ?

 

Et bien entre les deux son œuvre, l'une des plus importantes du cinéma français même si tout ne se vaut pas, est celle d'un grand coloriste et flirte même parfois avec le dessin-animé comme le montre Peau d'âne, merveilleuse adaptation du conte pour enfants avec Jean Marais dans le rôle d'un roi autre hommage à Cocteau et à La Belle et la bête, une fée irradiante ou encore une Deneuve lumineuse aux robes merveilleuses changeant de couleur à sa guise et naviguant dans un univers bleu, le sien, ou rouge, celui du prince. Les Demoiselles de Rochefort et Les Parapluies de Cherbourg, encore avec Deneuve, ainsi que Model Shop portent la marque colorée qui fait le style Demy, peut-être kitsch mais qui colle complètement à l'univers merveilleux de ses films. Même L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune porte parfaitement les couleurs de son époque comme si cette dimension devait parfois se résoudre à être autant sociologique qu'esthétique.

 

 


 

Il n'est pas non plus étonnant de retrouver Demy aux commandes de Lady Oscar, qui, malgré sa réputation affreuse, mérite d'être vu. Cette production japonaise, n'est autre que l'adaptation cinématographique d'un manga qui sera également animé pour la télévision la même année, en 1979. De l'anime à la prise de vues réelles, Demy était le mieux à même de réaliser ce qui est un exercice de style unique en son genre. Le Joueur de flûte, moins réussi mais étonnant à plus d'un titre, s'aventure encore, même si de manière plus sombre, dans le conte de fées et retrouver cette inquiétante étrangeté de l'enfance.

 


 

Sans être l'apanage du dessin animé, il va également sans dire que le chant et la musique, souvent signées Michel Legrand, apportent une féérie incomparable, un son différent, peu naturel, reconstitué et millimétré comme l'est celui de l'animation. Manière de revenir à l'enfance, de faire entrer dans du réel, comique, dramatique, sentimental ou politique, un certain ordre fantastique puisque personne dans la vie ne s'exprime en chansons et pourtant on y croit ! Alors que Les Parapluies..., petite merveille rythmique, est un drame musical poussé à son extrême puisqu'entièrement chantés, Peau d'âne, Les Demoiselles... et Une chambre en ville comporte un grand nombre de chansons ou de parties chantées et dansées. A noter l'apparition de Gene Kelly dans Les Demoiselles de Rochefort.

 


 


Le chant prend aussi une place importante dans Trois places pour le 26 avec Montand et dans le très mauvais Parking, Orphée rock des années 80, autre hommage à Cocteau qui en avait réalisé une version recontextualitée lui aussi en 1950, et la musique dans Le Joueur de flûte interprété par le chanteur Donovan dont c'est l'un des seuls rôles au cinéma.

 

   

  

Merveilleux pour merveilleux, le réel n'est cependant jamais absent de ses films et malgré toute la poésie qui s'en dégage, l'œuvre de Demy rappelle souvent, même sur un mode comique, certaines préoccupations ou mutations sociales, alimentaires ou relationnelles : les grèves des chantiers navals de Nantes dans Une chambre..., le poulet aux hormones et la malbouffe toujours actuelle dans L'Evenement..., etc. Et, dans un ordre d'idées inverse, des films plus ancrés dans la réalité, comme Lola, magnifique hommage à Ophüls, La Baie des anges ou Model shop, ne se départissent pas d'une folle poésie romanesque.

 

 

On le voit, Demy est resté fidèle à une conception du cinéma qu'il a forgé dès ses débuts et dans laquelle le rêve, l'enfance mais aussi l'amour et le drame ou le réel se mêlent dans un incroyable et unique tourbillon coloré et poétique.

 

 

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