Paris Porn Film Fest - Compte-rendu

Lucile Bellan | 15 octobre 2008
Lucile Bellan | 15 octobre 2008

Attendu depuis un moment à Paris, repoussé souvent, le Paris Porn Film Fest s'inscrit dans un mouvement européen après Berlin et Athènes. Indispensable pourtant, il manquait bien un rendez-vous où découvrir de nouvelles mouvances du porno et changer un peu l'image de consommation de masse qu'on peut en avoir. Pourtant, malgré une grande ouverture d'esprit, il reste encore difficile de passer le pas et de faire son entrée dans un monde mal connu, beaucoup fantasmé, souvent en mal, toujours dans les limites du glauque et de la dangerosité. Compte rendu d'un dépucelage dans le rire, les larmes et le sperme.

 

 

 

Après un coup d'œil au programme du festival, on constate que la programmation est assez riche en productions underground principalement gays et lesbiennes, tournées légèrement vers la domination/soumission et même le SM hardcore. Ce qui ne semble pas une mauvaise chose au vu des productions en masse hétérosexuelles stéréotypées qui envahissent Internet, les chaînes de télévision spécialisées ou le marché du DVD. Et puis, quitte à voir un porno au cinéma, autant que ce soit quelque chose d'intéressant ou juste de différent.

 

 

 

Le cinéma, parlons-en, le festival a établit ses quartiers au Brady, ancien fief de Jean Pierre Mocky (les murs de l'entrée gardent les traces de ses succès passés), et une salle connue pour sa programmation alternative dans les années 70-80. Ici ont été projeté des perles du cinéma d'exploitation, et même une petite poignée de pornos d'époque, sous des faux titres bien entendu. Aujourd'hui, les deux salles ne diffusent que des films « normaux », pas toujours d'actualité, mais gardent sur les murs et dans la déco comme un esprit révolutionnaire et frondeur.

 

 

Pour la soirée d'ouverture, le programme signale une poignée de courts-métrages alléchants et une surprise. En fait, deux charmantes drag-queens déguisées en nonnes, les sœurs de la perpétuelle indulgence, ont béni le festival sous les auspices du safe sex et de la tolérance. Parfait pour mettre en confiance le public, un peu mal assuré mais surtout composé de journalistes et de sympathisants au festival, et commencer la projection dans la bonne humeur générale. Après une parodie très réussie d'Amélie Poulain, Le fabuleux destin d'Amélie Putain, et un pastiche de lecture de script de film porno (Pornographic Apathetic) très amusant mais anecdotique, les programmateurs ont décidé de nous présenter le travail de Joanna Angel grâce à deux parodies porno The XXXorcist et RePenetrator. Les scènes, érotiques dans le premier et hard dans le second, sont noyées sous des flots de vomis verdâtres et d'hémoglobine rouge flashy. Dépaysant, amusant mais un peu écoeurant.

 

 


 

 

Après cette soirée d'ouverture très divertissante, le festival continue et le public a le choix de continuer la soirée avec Joanna Angel  pour Another Porn movie ou avec Bruce LaBruce. Le réalisateur canadien de films traditionnels underground a, en effet, tourné une version porno de son film Raspberry reich. Après un court message d'amour aux groupes radicaux lesbiens avec Give Piece of Ass a Chance, Revolution is my boyfriend est aussi virtuose dans le fond que sur la forme. Clinquant et agressif comme amusant et revendicateur, le film gagne beaucoup dans sa version longue, les scènes hard étant aussi bien filmées qu'à propos.

 

Pour le deuxième jour, le festival continue à proposer une sélection éclectique avec deux films de la réalisatrice Maria Beatty, Skateboard kinkfreak et Sex mannequin,  un film du très talentueux et truculent Buck Angel, transsexuel Female to Male qui a gardé son vagin (il s'autoproclame « The Man with a pussy »), avec The Buck stops here, une rencontre avec les acteurs du porno gay français, un ode au fist-fucking (No way), et Deep un film de skinheads allemands. Le choix se porte sur Female fantaisies, film porno pour femmes par Petra Joy, où les fantasmes de girls next door sont superbement mis en image avec comme gimmick visuel le rose satin, le rouge sexy et le noir ténébreux. Classe et glamour, le film fait mouche malgré l'ambiance un peu glauque de la salle. Manquant de femmes, la projection est rythmée par les bruits suspects des spectateurs, il fallait bien que ça arrive mais ce sera la seule fois. A prendre de façon décomplexée, il suffit de blâmer un public parfois pas très gentleman, dont la discrétion a laissé a désirer et dont les activités laisseront des traces sur les sièges en peluche bleu marine pour la suite du festival. Une séance, anecdotique dans la salle et plutôt amusante à vivre, et intéressante sur l'écran.

 

 


 

 

Malgré un choix toujours aussi cornélien pour ce troisième jour entre une sélection de courts métrages (Courts mais culs 1), un autre opus de Joanna Angel (Joanna' angels), un film érotique japonais (Sabaku), un film du collectif Citébeur (Bitume et ses potes) et un autre chef d'œuvre de Buck Angel (Buckback mountain), la curiosité l'emporte pour un documentaire/compil de scènes « lesbiennes » de films d'exploitation (Lezploitation) ainsi qu'un extrait des productions du site « Good dike porn », des pornos par et pour les lesbiennes. Une séance riche en découvertes et toute en contraste.

 

 

 Après 4 jours de festival et plus de 50 films diffusés sur deux salles, il était temps de clôturer en beauté ce qui s'avère être une réussite pour une première édition. Pour l'occasion, les organisateurs et la réalisatrice Maria Beatty ont présenté en avant-première mondiale son dernier film : Post apocalyptic cow-girls. Très influencé domination/soumission (avec une mention spéciale dans la gestion de la vision de la soumise), le film met en scène deux actrices non professionnelles qui « folâtrent » dans un décor désertique qu'on aurait aimé voir mieux utilisé. Le film n'en est pas moins intéressant et pousse à se pencher de plus près à la filmographie de la cinéaste.

 

 


 

 

Haut en couleur, et riche en émotions, le premier Paris Porn Film Fest a gratifié un public trop peu nombreux d'une sélection exceptionnelle. Riche en diversité et en surprise et à l'inverse même des idées reçues sur le sujet. On a pu y découvrir les travaux de nombreux artistes et performers, dans une salle à la grande valeur historique. Une expérience humaine et cinématographique comme on en aimerait en faire plus souvent... ou au moins une fois par an. Avis aux organisateurs pour l'année prochaine !

 

 

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