Les influences de Wall-E

Jean-Noël Nicolau | 29 juillet 2008
Jean-Noël Nicolau | 29 juillet 2008

Il est très prétentieux pour une œuvre d’art d'aspirer à l’originalité et, dans toute son ambition, Wall-E a l’humilité d’assumer pleinement ses innombrables références. Andrew Stanton et ses collaborateurs de Pixar ne cachent jamais leurs inspirations, au contraire, ils les revendiquent avec fierté. Il faut avouer qu’on peut trouver bien pires figures tutélaires que Chaplin ou Kubrick. Mais le véritable tour de force c’est de parvenir à faire le poids face à ces géants écrasants. Concilier les plus grands noms du cinéma pour ouvrir une nouvelle voie dans l’animation, c’est aussi l’une des qualités de Wall-E. Petite piqure de rappel sur six œuvres essentielles, aux fondations de la merveille de Pixar, que l’on ne peut que vivement conseiller de (re)découvrir à la sortie de la salle de cinéma.

 

 

[Attention, ce dossier contient des spoilers et il est préférable de le lire après avoir vu le film] 

 

 

 

 

2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick

Commençons par le plus facile à reconnaître : le film de Kubrick est en effet cité très directement à de nombreuses reprises dans Wall-E. Le clin d’œil le plus évident est le personnage d’AUTO, l’ordinateur de navigation du vaisseau Axiom. Dans son apparence, AUTO est un gouvernail, mais l’œil rouge qui occupe son centre fait évidement référence à celui de Hal 9000. De même, l’ordinateur dissimule une directive secrète, qui dépasse les volontés humaines et il n’hésitera pas à prendre le commandement par la force pour la mener à bien. La confrontation, hautement comique, entre le capitaine de l’Axiom et AUTO s’effectue sur Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss, le thème musical de 2001. On ne peut pas faire hommages plus directs.

 


 

Mais d’autres petites ou grandes allégeances au chef-d’œuvre de Kubrick sont disséminés dans Wall-E. Le pod dans lequel le robot est expulsé du vaisseau, ainsi que la scène dans le vide stellaire qui s’en suit, rappellent directement les intenses moments de silences spatiaux de 2001. Quand Eve recueille Wall-E dans ses bras, on pourra penser à la récupération du corps de Frank Poole par Dave Bowman. Et ce ne sont là que les références les plus évidentes.

 

 


 

 

Les Temps modernes de Charlie Chaplin

C’est aussi une inspiration incontestable et l’une des principales revendiquées par Andrew Stanton. Charlie Chaplin est la figure tutélaire qui plane sur le personnage de Wall-E. Et c’est en particulier le rôle joué par le vagabond dans Les Temps modernes qui s’approche le plus de l’histoire de Wall-E. Electron libre dans le travail à la chaîne, Charlot se perd dans les rouages pour mieux casser la machine. Par des concours de circonstances il sera même pris pour un leader syndicaliste. Le meneur de la rébellion, très involontairement, c’est exactement ce que sera aussi Wall-E.

 

 

Même si, au final, tout ce que veulent Charlot et notre robot, c’est pouvoir partir sur les routes main dans la main avec l’élue de leur cœur. Ce n’est pas la première fois que Pixar se réfère de Chaplin, et d’ailleurs il semble parfois qu’aucune comédie américaine ne peut s’empêcher de lorgner vers la copie du génie du burlesque. Cependant, le choix courageux d’une œuvre en grande partie muette est l’un des moyens les plus justes et brillants de rendre hommage à Chaplin, tout en adaptant ses thèmes au cinéma de notre époque.

 

 


 

 

 

Le Mécano de la Général de Buster Keaton

Dans toutes les interviews, Andrew Stanton prend bien soin de toujours associer Chaplin et Buster Keaton parmi les sources majeures de Wall-E. Confirmant en cela le fait que les deux pionniers sont aujourd’hui très fréquemment portés au même niveau (et donc très haut dans l’estime des cinéphiles de la planète). Le Mécano de la Général, souvent considéré comme le sommet de la carrière de Buster Keaton, possède aussi plus d’un point commun avec Wall-E.

 

 


 

 

Comme le petit robot, Johnnie Gray se lance par amour dans une entreprise délirante (pour ne pas dire suicidaire). Ici il s’agit de récupérer la locomotive dérobée par l’armée adverse en pleine Guerre de Sécession. Le contexte du film ne prête pas à sourire, mais le désordre soigneusement engendré par Keaton transforme ce qui devrait être horrible en sommet de la comédie. Triomphe de l’art cinématographique muet et de l’individu face à la masse et à la technique, les héros de The General et de Wall-E sont avant tout de fieffés romantiques.

 

 


 

 

 

Hello, Dolly ! de Gene Kelly

Wall-E possède l’une des ouvertures les plus frappantes de ces dernières années grâce au parallèle improbable entre d’impressionnantes visions de désolations et l’une des chansons interprétées par Michael Crawford dans Hello, Dolly. Plus d’une fois au sein de Wall-E, les espoirs du dernier robot de notre planète seront suspendus à des extraits du film de Gene Kelly (en tant que metteur en scène).

 

 


 

 

Et lorsque ce ne sont pas directement des extraits de Hello, Dolly qui sont diffusés, c’est la voix de Louis Armstrong qui vient nous chanter La Vie en rose (certes pas un extrait du film avec Barbra Streisand, même si le grand trompettiste apparaît dedans). L’aspect comédie musicale n’est donc pas à négliger dans Wall-E, jusqu’à la sublime scène de danse spatiale entre le petit robot et EVE. Cela correspond aussi à une volonté des créateurs de faire de ce dessin animé une œuvre de 7e art totale, qui rendrait hommage à (presque) tous les principaux genres.

 

 


 

 

 

Play Time de Jacques Tati

Descendant de Chaplin et Keaton, Jacques Tati a toujours adoré lancer son M. Hulot dans les méandres de la technologie pour la faire exploser de l’intérieur. Déjà entamé dans Mon oncle, cette démarche innocemment anarchique est poussée à son paroxysme dans Play Time. La première partie du film noie Hulot dans l’absurdité de la ville moderne. Dans la seconde moitié, un restaurant tout neuf va tomber en miette devant la nature joyeusement chaotique des humains.

 

 


 

 

Hulot n’est pas le seul élément déclencheur, mais il est le catalyseur, totalement involontaire. Comme Wall-E, il ne fait que passer, à la recherche de l’élue de son cœur (ici une jolie touriste) avec sa maladresse et son aspect anachronique. Sur son chemin la spontanéité et une gaieté communicative fleurissent. Autre point de comparaison avec Wall-E, Play Time est une superproduction, ambitieuse et précise, qui s’avère au final une ode simple, humble et évidente à la vie et au bonheur.

 

 


 

 

 

Nausicaä de la vallée du vent de Hayao Miyazaki

Un dessin animé écologiste et aérien, situé dans un monde post-apocalyptique, difficile de ne pas penser à la fresque d’Hayao Miyazaki. Certes, la végétation abonde dans Nausicaä, mais elle est devenue la principale menace de l’humanité. En poussant un peu l’interprétation, on pourrait comparer les robots aux insectes (même s’ils ne sont jamais vraiment dangereux chez Pixar) et Wall-E à Nausicaä, celui qui est le lien entre les espèces.

 

 


 

 

Une cohabitation possible sur une Terre renaissante ? C’est exactement le message chez Miyazaki et chez Andrew Stanton. A noter que dans Wall-E, comme dans le plan final de Nausicaä, l’avenir du monde est suspendu à une petite pousse d’arbre. Enfin, référence esthétique, le générique de fin de Wall-E n’est pas sans faire écho aux frises qui ouvrent Nausicaä et Laputa.

 

 


 

 

Ce petit tour d’horizon est bien sûr très incomplet, les clins d’œil sont innombrables au sein de Wall-E. Ici une scène qui rappelle Vol au-dessus d’un nid de coucou. Là, la voix de Sigourney Weaver pour incarner l’ordinateur de bord de l’Axiom. Ailleurs, le T-rex de Toy Story. Soudain, le son de démarrage d’un Apple. Dans Wall-E il y en a pour tout le monde, tous les bagages culturels et cinématographiques. Une énième preuve de l’universalité de Pixar.

 

 


 

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