Walter Hill : The last man standing

Patrick Antona | 7 janvier 2006
Patrick Antona | 7 janvier 2006

Premières bagarres dans la cour des grands…

Walter Hill est né à Long Beach, paradis Californien, le 10 Janvier 1942. De son enfance et de ses études suivies à l'université de l'État du Michigan, il gardera un profond amour du western, qu'il avalait en double-programme tous les samedis, mais celui aussi des belles voitures et du rock'n'roll. Après un passage dans le monde du travail industriel, peut être là où s'est forgé son attrait pour les amitiés viriles et fortes en gueule, il devient un second assistant à la mise en scène en 1967. Et les plateaux hollywoodiens qu'il fréquente attestent déjà des influences qui seront les siennes pendant de nombreuses années, Bullit et L'affaire Thomas Crown en l'occurrence où il se lie d'amitié avec Steve McQueen. Mais c'est en tant que scénariste que Walter Hill gagne ces galons dans le monde du cinéma américain, tout comme d'autres jeunes loups de l'époque, Michael Cimino et John Milius. Ce dernier deviendra d'ailleurs un associé de première et ils seront souvent amenés à travailler ensemble par la suite.

Oeuvrant exclusivement dans le polar, Walter Hill accouche des scripts du Piège (1973) de John Huston, de La toile d'araignée (1975) de Stuart Rosenberg, mais surtout de celui du Guet-apens (1972) de Sam Peckinpah. Il partagera d'emblée avec l'immortel réalisateur de La horde sauvage le goût des films d'action virulents à la violence graphique et stylisée, prenant le spectateur à l'estomac. Mais c'est plutôt du côté de Robert Aldrich et de Don Siegel qu'il faut trouver l'inspiration de ces deux premiers films en tant que metteur en scène, Le bagarreur en 1975 et Driver en 1978. Réalisé d'après son propre script, Le bagarreur se situe dans le monde interlope des combats de rue, en pleine Grande Dépression Américaine, même époque choisie par Aldrich pour son Empereur du Nord en 1973. Le film est une réussite et un des meilleurs rôles d'un Charles Bronson pas encore abonné aux interprétations de Justicier à répétition. Autre talent que l'on sent déjà poindre dans son premier film, Walter Hill sait, comme Sergio Leone ou John Ford, deux autres de ses maîtres à penser, se servir de « trognes » pour en faire des figures quasi-mythologiques, à l'image du chauve et redoutable Robert Tessier, adversaire de Charles Bronson.

Jessie James : Le guerrier qui sommeille en lui…

Bifurcation ensuite vers le film de gangster avec Driver (1978) où le couple improbable Ryan O'Neal / Isabelle Adjani a du mal à faire sortir le film des ornières. Reste quelques belles cascades (qui ont fait le succès du film en France) et des images soignées d'asphalte brillant et mouillé. Mais c'est avec son film le plus ambitieux et le plus personnel que Walter Hill deviendra un des grands du cinéma d'action, nous sommes en 1979 et ce film c'est The warriors aka Les guerriers de la nuit. Croisement habile entre le récit historique de Xenophon (L'anabase) et le film de bandes, The warriors constitue une date et devient un classique, malgré une gestation chaotique et une censure aux aguets. En plus de son activité de réalisateur-scénariste, Walter Hill devient à partir de cette date le coproducteur d'une des sagas les plus réussies de la SF, la série des Alien. Ne se sentant pas à l'aise dans le genre fantastique, il laisse avec génie les rênes du projet au quasi-débutant Ridley Scott, préférant écluser ses thèmes de prédilection.

Reprenant à son actif l'héritage des grands du western, Walter Hill s'attaque avec succès au mythe de Jesse James dans The long riders (Le gang des frères James) en 1980, portrait sans concession des derniers « exploits » du hors-la-loi, dont les scènes de cavalcades infernales et de fusillades au ralenti se mesurent sans aucun complexe avec celles de Peckinpah. Auréolé d'un casting trois étoiles incarné par des frères (les Carradine, les Keach, les Quaid), The long riders marque aussi la première collaboration de Walter Hill avec celui qui deviendra son compositeur attitré, le guitariste Ry Cooder. Par contre Sans retour est un échec au box-office en 1981. La critique n'y a vu qu'un ersatz de Délivrance alors que le récit violent et haletant de cette patrouille de gardes nationaux traqués dans les marais du Mississippi s'inscrit dans la mouvance critique d'une Amérique en crise suite à la guerre du Vietnam. Le dernier quart d'heure du film, avec ces coups de baïonnettes, demeure le passage le plus intense et le plus violent du cinéma de Walter Hill.

De Eddie à Schwarzy : La course aux dollars…

Pour se remettre en selle, il ressort la recette du « buddy movie » alors complètement éventée à l'époque, et la redynamise en faisant de la combinaison blanc taciturne / noir tchatcheur l'ingrédient indispensable de nombreux films des années 80. Avec 48 heures (1982), polar urbain nocturne et tendu, Walter Hill tient non seulement son plus grand succès mais révèle Eddie Murphy, qui devient quasi-instantanément une superstar avec ses répliques à l'emporte-pièce envoyées à la gueule des « faces de craie ». Le film engendrera toute une série de copies à la pelle, dont une et pas des moindres sera L'arme fatale en 1987. Voulant sûrement rééditer son désir de porter une fable à l'écran, à l'identique de The Warriors, Walter Hill se fourvoie complètement avec Les Rues de Feu en 1984, avatar hasardeux des films rock'n'roll des 50's matiné de baston, desservi par une histoire quelconque et un Michael Paré bien trop fade. Mais il faut mettre à l'actif de Walter Hill son talent impayable pour dénicher de nouvelles têtes avec la révélation de Willem Dafoe dans le rôle du « bad guy » Raven.

Pour se remettre en selle après cet échec, Walter Hill signe un énième remake de Brewster's millions (Comment claquer un million de dollars par jour) avec Richard Pryor et John Candy puis un plus intéressant Crossroads (Les chemins de la gloire) en 1986. Ce dernier, nouvelle variation sur la damnation de Faust mais située à la Nouvelle Orleans, est un hommage sensible et réussi envers le Blues, magnifié par une superbe partition de Ry Cooder. En 1987, les retrouvailles avec son vieux compère John Milius accouche d'un tonitruant Extrême préjudice, sa version moderne de La horde sauvage où s'affronte à coups de flingues Texas Rangers, narco-trafiquants mexicains et mercenaires de la CIA. Le film présente le casting de seconds couteaux par excellence des années 80 : Michael Ironside, Clancy Brown, William Forsythe épaulant avec conviction le duel entre Nick Nolte et Power Boothe. Malheureusement, le public ne suit pas et Walter Hill est obligé de ressortir les vielles recettes pour le reconquérir. Au duo blanc / noir de 48 heures succède l'association est / ouest de Red heat (Double détente) en 1988, pur produit issu de la perestroïka. Comédie d'action réussie, grâce aux vannes que s'envoient Jim Belushi et un Arnold Schwarzenegger plus monolithique que jamais et à de nouvelles cascades en bus, Double détente se donne le luxe de damer le pion au box-office au troisième épisode de Rambo, qui n'a pas vu le vent venir.

Dernier recours : Les contes du grand ouest…

À partir cette époque, Walter Hill se lance dans l'aventure TV avec la série des Contes de la crypte diffusée sur HBO à partir de 1989, coproduite avec Joel Silver, Robert Zemeckis et Richard Donner. Recueil d'anthologies d'horreur adapté d'un célèbre comic-book, Les contes de la crypte se déclineront pendant sept saisons brillantes, le passage sur le câble permettant de recourir au gore et au sexe avec plus de liberté, Walter Hill en réalisant lui-même trois épisodes. La série donnera naissance à deux long-métrages pour le cinéma, Demon knight en 1995 et Bordello of blood en 1996. Mais parallèlement à une activité télévisuelle plus que florissante, la carrière cinéma du réalisateur commence à accuser une sérieuse perte de vitesse. Après avoir tourné Johnny belle gueule en 1989, polar banal avec Mickey Rourke, qui lui aussi entamait sa descente aux enfers, Walter Hill dû se résoudre à la solution de facilité en sortant une inutile séquelle à son « hit » 48 heures, 48 heures de plus en 1990. Avec Eddie Murphy en roue libre qui commence sérieusement à se répéter et Nick Nolte dans son éternel costume d'ours mal léché, le seul maigre plaisir que l'on puisse avoir à la vision de ce film de série réside en ces bikers flingueurs et déjantés et Brion James et sa gueule impayable.

Voyant l'impasse dans lequel il se fourvoie, Walter Hill essaie de redresser la barre avec son projet suivant, Les pilleurs, chasse au trésor violente très inspirée du Trésor de la Sierra Madre de John Huston (pour qui Hill avait travaillé…), où s'affrontent avec acharnement blancs et noirs, Bill Paxton et William Sadler d'un côté, Ice Cube et Ice T de l'autre. Mais ni ce film ni son suivant, la « biopic » Geronimo, scénarisé par John Milius encore, western révisionniste et pro-indien, ne connaîtront de grands succès publics. Pire encore, Wild Bill réalisé en 1995, nouvelle biographie crépusculaire de celui qui fut considéré comme un des héros de l'ouest, avec Jeff Bridges dans le rôle-titre, se prendra une veste au box-office et se verra distribuer en direct-to-video à l'étranger. À la même époque, sensible au talent de John Woo, Walter Hill tente d'adapter The killer avec Richard Gere à la place de Chow Yun-Fat (sic !) et Denzel Washington dans celui de Danny Lee mais le scénario restera dans les tiroirs.

Par contre celui de Guet apens sera à la base d'une nouvelle version, adaptée par Walter Hill et réalisée de manière routinière par Roger Donaldson en 1993, avec le couple vedette Alec Balwin / Kim Basinger, seul attrait de charme d'un remake qui ne se justifiait pas. Walter Hill s'en trouve réduit par la suite à verser son obole à Bruce Willis, réalisant en 1996 un nouveau remake de Yojimbo d'Akira Kurosawa, transposé cette fois-ci dans l'univers des gangsters et bootleggers des années 30. Si Last man standing (Dernier recours en VF) aligne un nombre conséquent de fusillades et de cadavres, il n'apporte rien de neuf au genre et ne permet en rien à Walter Hill de se renouveler. Mais l'insulte suprême viendra avec le projet Supernova, ambitieux film de SF qui se transformera au grès des changements de production et de multiples reshoots (auxquels Jack Sholder et Francis Ford Coppola ont participé !) en une complète déconfiture artistique que Walter Hill refusera de cautionner : le film signé par Thomas Lee, le « Alan Smithee » du 21° siècle, sortira dans l'anonymat le plus complet en 2000.

Ne trouvant plus grâce aux yeux des producteurs, le dernier grand représentant du cinéma viril se ressourcera avec Undisputed (Un seul deviendra invincible) en 2002, série B de luxe où se castagnent avec conviction Wesley Snipes et Ving Rhames, tout en retrouvant ses bases culturelles avec la série TV Deadwood, vision réaliste et âpre du Grand Ouest américain qu'il scénarise et co-réalise. Remis en selle par le succès de ce programme, Walter Hill enchaîne directement sur la mini-série Broken trail, encore un western, qui devrait être diffusée en 2006. Mais c'est son chef d'œuvre des années 70, The warriors, qui le remet sous les feux de l'actualité cinéma du moment, avec la supervision du remontage pour l'édition DVD Collector, ainsi que de l'élaboration du jeu vidéo tiré du même film, alors qu'un remake est en cours de gestation avec Tony Scott aux mannettes ! Décidément, les vraies légendes de l'Ouest (hollywoodien) ne meurent jamais et c'est d'ailleurs quelqu'un de bien vivant qui a été l'invité vedette d'une rétrospective complète de son œuvre à la Cinémathèque de Paris au mois de novembre / décembre 2005.

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