Harry Potter - Du livre au film

Isabelle Banos | 29 novembre 2005
Isabelle Banos | 29 novembre 2005

Qui est le phénomène d'édition et de société à échelle planétaire en passe de devenir l'emblème du siècle ? Ni beau ni musclé, pas particulièrement intelligent, il ne maîtrise pas le « kamehamea », ne fait pas partie des Pokémon, charme plus que Barbie, son pouvoir est capable de rivaliser avec la force de Star wars, il n'enchaîne pas les tubes sur MTV et ne joue pas dans Friends !

Harry, le conte d'une fée

Plume fabuleuse d'un phénomène fantastique, Joanne Kathleen Rowling envoûte la terre entière en créant un engouement sans précédent pour un petit garçon aux cheveux noirs qui émerveille les têtes blondes. Tous les Pottermanes connaissent sur le bout de leurs baguettes l'histoire de la discrète J.K. Rowling. Une petite écossaise renfermée, portant l'uniforme et d'épaisses lunettes, assise au fond de la classe « aussi loin à droite qu'on pouvait l'être sans être assis dans la cour de récréation » qui nourrissait le désir de devenir écrivain. Dès l'âge de 6 ans, la petite Joanne écrit des histoires, vit dans un monde de totale rêverie, force sa soeur cadette à jouer dans son monde imaginaire et dévore les romans de Jane Austen, de Jessica Mitford et les pièces de Shakespeare.

Son adolescence est marquée par la maladie de sa mère, atteinte de sclérose en plaques, et du décès de sa grand-mère, Kathleen, dont elle a repris le prénom. Poussée par ses parents, elle étudie le Français à l'Université d'Exeter, puis à la Sorbonne à Paris. Ses profs se souviennent d'une blonde étourdie, qui dort en classe et oublie ses exams. Son premier employeur est Amnesty International, où elle occupe un poste d'assistante de recherche sur les atteintes aux droits de l'homme dans les pays d'Afrique francophone : « J'étais - et je suis toujours - totalement inadaptée à ce genre de travail, je suis désorganisée et désordonnée. Je me demande encore comment ils ont pu se débrouiller avec mon travail ! ». En 1991, elle envisage avec son boyfriend de l'époque de vivre à Manchester. C'est en rentrant à Londres en train après un week-end sur place à rechercher un appartement qu'Harry Potter et l'idée d'une série de sept livres sortent de son imagination. Le train ayant pris du retard, elle a tout le temps d'imaginer Ron, Nick-Quasi-Sans-Tête, Hagrid et Peeves.

Mais l'événement déterminant dans la poursuite de l'écriture de la saga Harry Potter est le décès brutal de sa mère. Anéantie, Rowling décide de changer de vie et quitte l'Angleterre pour le Portugal, son manuscrit dans ses bagages. Elle enseigne l'Anglais dans un institut linguistique et rencontre Jorge, un journaliste de télévision qu'elle épouse. En 1993, ils auront une fille, Jessica. Malheureusement, le couple se sépare violemment et Rowling repart pour l'Angleterre avec son bébé de quatre mois. De retour au pays, mère seule, Rowling connaît la pauvreté et la précarité. Vivant de l'aide sociale, elle décide pourtant coûte que coûte d'achever le manuscrit d'Harry Potter. L'anecdote est célèbre, Rowling écrit dans les cafés, sa fille à ses côtés dans une poussette. Une fois parvenue à son but, elle relie les trois premiers chapitres du manuscrit et l'envoie aux agents littéraires qui les lui rééxpédient tous, excepté un seul. Devenu son agent, Christopher Little galère durant un an pour trouver un éditeur, la majorité ayant refusé. En 1997, Bloomsberry publie Harry Potter à l'école des sorciers.

Pourquoi la saga des Harry Potter envoûte-t-elle littéralement les enfants de 7 à 77 ans ? Comment Rowling parvient-elle à captiver un nombre sans cesse croissant de lecteurs ? La potion magique de l'enchanteresse tiendrait, selon ses propres affirmations, à « une bonne dose d'humour, des personnages forts, une intrigue en béton et la peur ». Outre que les ingrédients sont plutôt bien dévoilés, la recette tient également à d'autres filtres élaborés avec brio. D'abord, une pointe de réalité. Bien évidemment, à travers le personnage éponyme dont elle a su en faire un anti-héros, orphelin malheureux auquel s'identifient sans peine les jeunes lecteurs assidus. Ensuite, un soupçon d'ironie. S'adressant avant tout aux enfants, J.K. Rowling adopte sur un plan strictement narratif le point de vue de ses jeunes héros, faisant des adultes des êtres peu compréhensifs, étroits d'esprit et tyranniques. Enfin, une pointe de génie. En effet, à l'école des sorciers, en 1997, Harry Potter a 11 ans et termine ses vacances. L'année suivante en 1998, dans la chambre des secrets, Harry en a 12, et ainsi de suite. Soit sept livres correspondant aux sept années scolaires d'Harry Potter. Rowling a su adapter l'évolution de ses tomes magiques au rythme biologique et scolaire des enfants.

Harry, un ami qui vous veut du bien ?

Pour des millions de lecteurs (et de parents), bénie soit J.K. Rowling. L'écrivain talentueux a su redonner aux enfants le goût de la lecture et les plonger dans un univers propice à la fertilité de leur imagination. Les jeunes de huit à treize ans, constituant le coeur du lectorat, rôdaillent moins près de leurs consoles vidéo, préférant se brancher sur les ondes magnétiques du petit magicien (quoique la sortie récente du jeu vidéo risque de changer encore la donne). Il ne faut pas plus de deux ou trois jours aux fans les plus assoiffés pour s'abreuver des centaines et des centaines de pages dépourvues d'illustrations d'un opus de la série. Le virus culturel ne cesse de se propager. L'épidémie se répand dans les établissements scolaires où l'oeuvre est étudiée pour ses qualités littéraires, le style narratif accessible et captivant d'un récit qui regorge de néologismes, de références mythologiques ou historiques, et révèle une maîtrise remarquable de la dramaturgie. Aujourd'hui, offrir un livre de J.K. Rowling est un geste d'encouragement (peu onéreux) à la lecture, ses ouvrages ayant d'autant plus le mérite de ne pas être des dérivés du grand ou du petit écran.

Harry et ses petites contrariétés...

Le succès du bouquin a aussi engendré ses potins. Premier bug en l'an 2000 pour Rowling et première bave de crapaud : la plainte déposée par Nancy Stouffer qui accuse J.K. Rowling d'avoir plagié ses écrits. Selon cet auteur américain, Rowling aurait copieusement puisé dans son roman publié en 1984, The Legend of the Rah ans the Muggles, dans lequel elle relate les péripéties magiques d'un jeune garçonnet prénommé Larry Potter. L'affaire fait la une des plus gros tabloïds et Stouffer voit ses écrits réédités, référencés sans vergogne dans les rayons à proximité de ceux de Rowling. En septembre 2002, la justice américaine déboute Stouffer et la condamne à des dommages et intérêts pour falsification de documents.

Seconde polémique, bien plus sérieuse cette fois, concernant l'essence même de Harry Potter. Dans plusieurs pays, une multitude de parents, enseignants, sociologues et politiques se sont joints aux mouvements chrétiens (dont le Pape en personne) pour dénoncer le caractère diabolique de l'oeuvre de Rowling, jugée dangereuse pour la jeunesse, et qui malgré son merveilleux recèle aussi sa part d'ombre. En d'autres termes, comment ne pas mettre le doigt sur une certaine réalité, construite sur le fait que chaque jour, des millions d'enfants se plongent de façon innocente dans la sorcellerie, l'ésotérisme et le mystérieux ? Soupçonnée d'avoir vendu son âme au diable, d'avoir profité du vide spirituel actuel et de l'expansion du paganisme, J.K. Rowling refuse toujours de se prononcer.

Plus glamour, les derniers bavardages hollywoodiens portent sur Daniel Radcliffe, l'incarnation d'Harry Potter au cinéma. Les papotages vont bon train au sujet de la morphologie de l'acteur, dont le physique mûrit plus vite que ne grandit au fil des pages le gringalet à lunettes. Certains harryphiles n'en finissent plus de suggérer à la mère de Potter une amourette avec une jolie sorcière rencontrée lors d'une partie de Quidditch, pour le septième et dernier volume de la série. Rowling qui prend la chose avec amusement, rassure son public sur une évolution psychologique crédible d'Harry tout en laissant flotter le mystère sur ses hypothétiques amours à venir. Du côté de la Warner (producteur et distributeur du film), donner un nouveau visage à Harry Potter ne semble pas se confirmer, tandis que Radcliffe lui-même semble incertain quant à son avenir « je ferai le cinquième, mais après qui sait ? ». Bref, c'est stress et paillettes.

Harry et la coupe… du monde

Devenue plus riche que la Reine d'Angleterre, décoré par le Prince Charles du titre d'Officier de l'Ordre de l'Empire Britannique, entrée dans le top 10 des personnalités les plus influentes au monde, la frêle J.K. Rowling détient à elle seule de prestigieux records. À ce jour, les tirages colossaux de ses ouvrages se chiffrent à plus de 300 millions d'exemplaires et affichent des recettes dépassant le milliard de dollars. Publié dans une soixantaine de langues, Harry Potter se vend aussi bien en Occident qu'en Asie ou en Orient.

Au cinéma, crédité de 102 millions de dollars pour son démarrage le 18 novembre dernier, Harry Potter et la coupe de feu vient tout juste d'exploser le box-office américain, flirtant avec les démarrages déjà historiques de Spider-man (114 millions de $), Star wars Épisode III : La Revanche des Sith (108,4 millions de $) et Shrek 2 (108 millions de $). Bien que ravie de l'adaptation cinématographique de son personnage épique, Rowling avoue elle-même avoir le vertige dans le tourbillon des chiffres et la vague de frénésie de ses fans.

Actuellement, l'écrivain se consacre bien évidemment à l'achèvement de la série des Harry Potter et soutient des associations dont elle se sent proche par son histoire (One Parents Families, qui agit en faveur des familles monoparentales; MS Society Scotland, contre la sclérose en plaques, et Amnesty International). Rowling a également écrit deux autres livres, Le Quidditch à travers les âges ainsi qu'Animaux fantastiques, dont l'intégralité des bénéfices sont versés à l'association Comic Relief qui ne lutte pas pour un monde comique mais, contre la pauvreté dans les pays africains.

 

 

 

Des actions à l'image de la personnalité de Rowling, empreinte de discrétion, d'émotivité et de passion. Celle qui se décrit comme la personne la plus timide et la moins marrante au monde, « je suis plus drôle sur le papier que dans la vie quotidienne », a réalisé, à travers Harry Potter, une sorte de thérapie salvatrice sous-jacente à un travestissement littéraire. En effet, Harry, Hermione et Neville sont inspirés de certains traits de sa personnalité « j'ai donné à Harry beaucoup de mes émotions (...) Hermione, c'est presque ma copie conforme à l'âge de 11 ans ».

Secrète et réservée, Rowling ne s'exprime que très rarement dans les médias et entretient habilement le doute au sujet du terme de la saga ou d'un éventuel 8e tome. À l'approche des derniers épisodes de Harry Potter, les réflexions s'animent (ou s'enveniment) autour de l'éventualité d'une issue tragique pour le personnage principal. Réponse dans les années à venir sous le titre de Harry Potter et... Suspense haletant, débats échauffés, effervescence sans précédent enveloppent en tout cas plus que jamais celle qui fit d'un petit magicien binoclard un sorcier bien-aimé.

Sylvie Rama

La critique de Harry Potter et la coupe de feu de Julien Welter


Le Tapis rouge de l'avant-première en vidéo

 

La conférence de presse de Harry Potter et la coupe de feu

 

Harry Potter en dessins

 

 

 

Les Tests DVD Harry Potter...

 

        

Tout savoir sur Harry Potter et la Coupe de feu

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