Rencontres internationales du cinéma des antipodes

Audrey Zeppegno | 3 novembre 2006
Audrey Zeppegno | 3 novembre 2006

Les rencontres internationales du cinéma des antipodes de St trop, nous ont invité au voyage.. Embarquement immédiat pour tous les passagers à destination de la 7ème édition de ce Festival de perles rares, glanées à l'autre bout du monde, entre l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Sous le soleil, pas forcément, mais les desideratas météorologiques sont bien peu de choses face à la passion du défricheur Bernard Bories, collectionneur invétéré de bobines aux paysages de carte postale animés d'un talent fou qui ne demande qu'à traverser les frontières. Au terme de ce périple : des avant-premières, une compétition de courts-métrages, des documentaires, des fictions aussi diversifiées que leurs terres natales et des tables rondes. Bref, tout ce qui relève d'une manifestation du genre cinéphile explorateur, avec en prime ce supplément d'âme qui mériterait une reprogrammation en salles, à l'instar de la Semaine de la critique ou de la Quinzaine des réalisateurs.

 

 

En temps normal, la cité des gendarmes et des gendarmettes comble les sociologues en quête d'autochtones bigarrés, tirés à quatre épingles par les artificiers de la jeunesse éternelle. Hors saison, cette faune se réduit de moitié. Les beautiful people de la jet-set migrent vers d'autres carrés VIP. Ne reste plus que les amateurs d'une certaine douceur de vivre automnale et les puristes du kitsch qui refourguent leur came strassée aux touristes de la dernière heure. La place des lys se vide et les boulistes cohabitent avec d'autres types de fanatiques, des squatteurs de salles obscures, grands consommateurs de pellicules insolites, emmenés cette année par un jury euphorique, composé de Patricia Lovell, Evelyne Bouix, Agathe de la Boulaye, Nicolas Rey, Manuel Blanc, Mathieu Simonet et Alexis Trégarot. Aux détours d'un lapsus révélateur de l'ambiance enivrante qui règne en ces lieux, Michel Blanc fait une apparition expresse. On ne saura jamais pourquoi il est venu, si ce n'est pour témoigner de la vive émotion de notre hôte, et détendre davantage l'atmosphère, dont la légèreté détonne avec la tonalité noire obscure de la première salve de films projetés.

 

 

Le soleil brille peut-être plus aux antipodes, mais il n'empêche que le drame l'emporte. Tour d'horizons lointains des jeunes loups ayant frayé les tropiques pour nous faire voir le monde à travers leurs regards. De L'Incarnation planante du pouvoir du septième art qui remonte à la genèse de ses représentations en empruntant des voies expérimentales (Elizabeth Foley), au deuil inachevé d'un père et de sa fille qui ont du mal à cicatriser (Danya de Beth Armstrong).

 

 

Coup de projecteur sur Everything goes, liquidation totale d'un mariage bien entamé, laminé par la routine popote, où les grandes rasades d'alcool noient le cadavre des noces consommées et l'insouciance d'une idylle dans la fleur de l'âge. Quand Hugo Weaving, le vilain garçon de Matrix, cuve son vin pour mieux faire le grand vide marital sous la direction d‘Andrew Kotatko, ceux qui ont le malheur de chiner son mobilier indésirable, bradent du même coup leurs belles espérances. C'est satirique à souhait et ça picote sur la langue. Âcre mais jouissif car tellement vrai dans le fond.

 

 

Dans le thème, famille je vous hais, The Brother de Harrison Chadd tire le portrait acerbe d'une smala sous hautes tensions, rongée par la jalousie intra-utérine. Les rancoeurs qui éclatent en rajoutent sur le côté tape-à-l'œil mais elles font tilt. Rassurant et perturbant à la fois, c'est-ce qui arrive au désespoir lorsqu'il se nappe d'une valeur universelle. On a vu plus réjouissant. Le jury, en particulier, leur a préféré le délirant Nothing special d‘Helena Brooks, un conte absurde focalisé sur un pauvre hère s'évertuant désespérément à se terrer dans l'anonymat le plus insignifiant pour échapper aux divagations de sa foldingue de mère. Une illumination jubilatoire qui s'est partagée les faveurs de ces connaisseurs es cinéma avec le récit de guerre teinté d'humour noir : Tama tu/Tama tu. Voilà pour ces courts de factures inégales qui valent toujours mieux que les incursions égotistes des élèves de la Femis. Un peu de sang neuf ne fait jamais de mal !

 

 

Et lorsque ces talents en puissance se mettent direct au long, cela nous renvoie en pleine gueule des uppercuts de la trempe de The Farmer oyster. Un coup d'essai signé Anna Reeves, adorable australienne francophone, qui s'avère être un véritable coup de maître. Inouï de beauté à tous points de vue, ce premier film tourné en six semaines dans les décors à peine croyables des ostréicultures nichées aux environs de Sydney, nous transporte à mille lieues du confinement douillet de nos mornes vies citadines. L'épiphanie de ces rencontres, sacrée du prix du public et de la révélation féminine, sidère par sa maîtrise plastique, ses plans qui tiennent du mirage, et l'interprétation flamboyante de ses principaux interprètes qui brûlent littéralement la pellicule. Retenez bien ces deux noms : Diana Glenn et Alex O' Lachlan, ils risquent d'emboîter le pas à Mel Gibson, Nicole Kidman, Naomi Watts et tant d'autres comédiens aussie, pour peu que des producteurs et distributeurs à l'âme de guerriers se risquent à parier sur ce petit bijou qui ne demande qu'à s'expatrier.

 

 

Croisons les doigts et souhaitons une belle carrière à ces talents à l'état brut qui méritent toute notre attention, et enfonçons-nous entre-temps dans l'univers étrange de Lost things. Déclinaison ciné un rien aménagée de la série à succès Lost, ce film frisson de Martin Murphy balance les puceaux d'American pie sur une plage abandonnée. Sauf qu'à la place des coquillages et crustacés, la joyeuse troupe acnéique cohabite avec un essaim de corbeaux annonciateurs de sombres destins et de mauvais esprits. Lorsque le paradis sur terre prend des allures infernales, la joyeuse sauterie vire au cauchemar et le spectateur feindrait presque d'y trembler s'il n'y avait les mimiques limites de ses têtes blondes inexpérimentées. On y croit sans y croire, mordant à pleines dents dans cette ambiance inquiétante, pour finir par s'y amuser faute de crédibilité. Dommage que le soufflé ne retombe, on aurait bien trembloté en regagnant les sommets de notre antre.

 

 

Faute de ressentir cette délicieuse chair de poule qui nous hérisse le poil, il ne nous reste plus qu'à vibrer au rythme frénétique de The World's fastest indian. L'adrénaline combinée aux grands sentiments nous y emballe le palpitant. Ce film de clôture de Roger Donaldson, tourné majoritairement en Nouvelle-Zélande, Anthony Hopkins le considère comme la crème des crèmes de sa filmographie. De quoi allécher n'importe quel cinéphile dilettante, et tout spécialement les férus de gros bolides, qui frémiront face au récit vivace de ce passionné de mécanique qui traverse le globe envers et contre toute considération physique pour entrer dans les annales des records de vitesses. Ajoutez des brassées de grands sentiments aux bouffées d'adrénaline, saupoudrez le tout de la performance excellentissime d'Hopkins et vous passerez un bon moment avec de une bonne dose d'évasion en bout de course.

 

 

Se souvenir des belles choses. L'excursion tropézienne fût de courte durée, mais ces rencontres ont tout ce que l'on attend d'un festival de ciné. Pas une once de rabat-joie blasés, l'amour de productions méconnues fleurant bon l'exotisme insolite en guise de cheval de bataille, et les larmes aux yeux de son principal instigateur lors de la cérémonie de clôture. La passion quoi, pure et dure ! Trop souvent en voie d'extinction pour être saluée. Chapeau bas ! Et longue vie à ces rencontres qui méritent toute l'attention que l'on puisse leur porter.

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