Jamie Foxx – The right man in the right place

Johan Beyney | 8 février 2005
Johan Beyney | 8 février 2005

Il vient de recevoir le Gloden globe du Meilleur acteur pour sa performance dans Ray, où il incarne avec un mimétisme sidérant le genius de la soul. Ce rôle lui vaudra sans doute la même récompense à la cérémonie des Oscars, éventuellement doublé de l'Oscar du Meilleur second rôle masculin pour Collatéral. Oubliés Samuel L. Jackson et Denzel Washington, Jamie Foxx est désormais la nouvelle coqueluche afro-américaine d'Hollywood. On regrettera qu'elle ne puisse être sa nouvelle coqueluche tout court....
Si le jeune acteur se retrouve aujourd'hui sous les feux de la rampe, son ascension fulgurante pourrait laisser croire qu'il vient à peine de surgir ex-nihilo dans le cinéma américain. Or, sa carrière d'acteur cumule déjà quinze années au compteur.

Né en 1967 à Terrel au Texas, Jamie Foxx commence à étudier la musique – et plus particulièrement le piano – dès l'âge de cinq ans. Sans ambition particulière, il avoue qu'il aurait dû finir dans cette ville, à travailler pour l'entreprise de photo. « Par chance, la jeune fille que je comptais épouser voyait quelqu'un d'autre. Je me suis dit : "Hey, je ferais aussi bien de partir d'ici, essayer de me rendre compte de ce qui se trame dans le monde". Heureusement que c'est arrivé». Grâce à cette jeune fille, et à une autre de ses petites amies qui l'avait poussé à s'inscrire à un Club de Théâtre, Jamie Foxx va intégrer la télévision. Ces anecdotes, qui réduisent sa vocation d'acteur au hasard semblent résumer sa carrière : une suite d'heureuses opportunités.
Il joue d'abord dans la série Roc puis, dès 1990, dans le show télé In living color, où il s'amuse à construire des personnages aux côtés des frères Wayans. Ces premiers succès lui ouvrent les portes de la télévision et il aura son propre show – le Jamie Foxx Show – en 1996.
Entre temps, il est passé par la case cinéma en apparaissant dans Toys de Barry Levinson. Une expérience qui remet en question ses qualités d'acteur : « A la télé, on essaie d'occuper l'espace. On doit créer quelque chose à partir du vide. Dans un film, au contraire, vous devez être petit. Quand je me suis vu dans mon premier film, je me suis dit “Qu'est-ce que c'est que ce bordel?”. J'en faisais trop. [...] Alors j'ai dit : “Je ne suis pas si bon que ça. Je ne devrais peut-être pas être ici” J'ai commencé à regarder les gens qui faisaient ça bien. J'ai observé Denzel Washington, Laurence Fishburne, Al Pacino. J'ai appris à jouer en regardant des films».

Bien heureusement, les portes des studios ciné ne lui sont pas restées fermées et, pour son retour sur grand écran, il se retrouve avec des partenaires de choix : Uma Thurman (Entre chiens et chats, 1996) et Samuel L. Jackson (La couleur de l'arnaque, 1996). Il s'ancrera définitivement dans le paysage hollywoodien en incarnant un quarterback mémorable dans L'Enfer du dimanche (Oliver Stone, 1999), pour lequel il écrit et interprète deux chansons. Il enchaîne alors des rôles plus discrets dans Piégé d' Antoine Fuqua (2000, inédit en France à juste titre) ou Les maîtres du Jeu de Damian Nieman avec Sylvester Stallone.
Mais c'est Michael Mann, l'une des grandes références du cinéma américain, qui va révéler son talent d'acteur de composition, en lui proposant d'interpréter dans Ali le rôle de Drew « Bundini » Brown, le conseiller du boxeur légendaire. La transformation physique et le travail sur la voix accomplis pour ce rôle font enfin de lui un acteur reconnu. Hasard ou coïncidence, le rôle d'un chauffeur de taxi aux mains d'un tueur à gages dans Collatéral (toujours de Michael Mann) – pourtant initialement proposé à Adam Sandler – finit par lui échoir. Ce personnage lui permet de montrer encore une fois l'étendue de son talent et lui vaut ses premières nominations importantes en tant qu'acteur.
Sa performance dans Ray de Taylor Hackford est déjà sacrée par la critique. Pianiste et acteur de composition confirmé, le rôle du célèbre jazzman semblait lui revenir de droit. En s'appropriant le phrasé et la gestuelle de Ray Charles, Jamie Foxx propose un personnage hallucinant de vérité (pendant le tournage, il portait des lentilles qui le rendaient aveugle pour faciliter son jeu) et s'offre ce qu'il est convenu d'appeler un « rôle à Oscar ».

 


Mais en incarnant Ray Charles, Jamie Foxx n'entend pas seulement faire avancer sa carrière, mais également la cause des Noirs Américains. En effet, après Ali et Ray, Jamie Foxx apparaîtra dans Rédemption, un feuilleton qui raconte l'histoire de Stan « Tookie » Williams. Cet homme, chef du gang « Crisps and bloods » de Los Angeles, arrêté et condamné à mort, s'est ensuite si bien racheté qu'il a plusieurs fois été pressenti pour le Prix Nobel de la Paix. L'acteur compte ensuite s'attaquer à une personnalité moins consensuelle, puisqu'il a déclaré à plusieurs reprises vouloir racheter les droits sur la vie du boxeur Mike Tyson.
Dans un genre moins polémique, on le verra bientôt dans Jarhead, le prochain film de Sam Mendes, Furtif de Rob Cohen, avant de le retrouver sous la direction de Michael Mann pour l'adaptation de Deux flics à Miami.

 

Si sa carrière s'est effectivement construite sur des hasards et des coups de chance, il semble aujourd'hui que Jamie Foxx ait enfin pris son destin en mains.

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