À part Alien, Blade Runner, Thelma et Louise, Gladiator… quels sont les meilleurs films de Ridley Scott dont on ne parle plus assez ?
En 46 ans de carrière et 29 films (le 30ème, The Dog Stars, arrive), le réalisateur Ridley Scott est certainement devenu incontournable dans le paysage hollywoodien. Touche-à-tout et hyper actif (neuf films en dix ans), le cinéaste britannique est également entré dans le top 10 des meilleurs sujets de débats-engueulades depuis quelques années, notamment Prometheus et Alien : Covenant.
Ridley Scott, qui a récemment enchaîné Napoléon en 2023 et Gladiator 2 en 2024, a pourtant quelques films un peu oubliés dans sa filmographie. Tout le monde aime le jeu des « ce film est sous-côté », donc voici notre petite sélection de 5 films qui méritent plus d’amour et d’attention.
LEGEND
Sortie : 1985 – Durée : 1h34
Presque Tristan et presque Iseut
En 1985, Ridley Scott se remet doucement de l’échec cuisant de Blade Runner, qui n’obtiendra son statut de film culte que bien après son exploitation en salles. Mais c’est un nouveau fiasco qu’il doit affronter en guise de consolation au moment où son Legend sort sur les écrans.
Si ce film fantastique est le quatrième long-métrage du réalisateur qui se sera auparavant fait remarquer avec le succès d’Alien en 1979, il est l’un de ses projets les plus anciens. En effet, dès le tournage de son premier film Les Duellistes, sorti en 1977, Scott imagine les prémices de ce conte mythologique. À cette époque, il peine à monter son adaptation de Tristan et Iseut, et le fait que le scénariste et auteur William Hjortsberg soit tenté de coucher sur papier son projet de conte arrive comme une aubaine.
Tim Curry fait encore plus fou que dans le Rocky Horror Picture Show et Ça
Si cette histoire aussi merveilleuse que sombre ne rapporte que 23,5 petits millions au box-office après en avoir coûté 25, elle reste une curiosité dans la carrière de son réalisateur et de ses interprètes. C’est juste avant de s’envoler avec Top Gun qu’un jeune Tom Cruise incarne ici Jack, ce jeune premier valeureux prêt à défier les forces du mal pour sauver sa belle et préserver des licornes. Un rôle de prince charmant à la Disney assez unique dans le parcours de l’acteur. Face à lui, Mia Sara trouve en la princesse Lily le rôle de sa vie. Et que dire de Tim Curry, éternel transformiste du cinéma, qui incarne ici un glaçant démon au design aussi majestueux que terrifiant ?
Legend est une pépite de noirceur merveilleuse, au ton parfois insaisissable (ou raté, peut-être), mais dont les décors enchanteurs, les créatures mi-charmantes mi-dérangeantes et la mise en scène qui mime à la perfection les gravures de Gustave Doré en font un objet hypnotisant. Difficile à aimer sans réserve, certes, mais surtout impossible à oublier.
HANNIBAL
Sortie : 2001 – Durée : 2h05
Suite au succès phénoménal du Silence des agneaux en 1991 (du box-office jusqu’aux Oscars), tout le monde voulait faire une suite, à commencer par l’écrivain Thomas Harris. Et quand le livre Hannibal est finalement sorti en 1999… tout le monde a été refroidi, notamment le réalisateur Jonathan Demme, le scénariste Ted Tally et Jodie Foster.
Quand le producteur Dino De Laurentiis est venu lui proposer le projet pendant le tournage de Gladiator, Ridley Scott a accepté, à condition de pouvoir changer la fin du bouquin (grâce aux scénaristes David Mamet et surtout Steven Zaillian, rien que ça). Anthony Hopkins a signé, Julianne Moore a remplacé Jodie Foster, et avec un très joli budget de quasi 90 millions (contre 20 pour Le Silence des agneaux), le film Hannibal était lancé. Et sans surprise, il a déçu, frustré, rebuté le public et la critique, et a inévitablement été comparé au Silence des agneaux (et a perdu).
Pourtant, Hannibal mérite mieux. C’est la suite du Silence des agneaux mais les cartes ont été complètement redistribuées. Lecter n’est plus un animal en cage mais un prédateur en liberté. Tout le monde le recherche, et tout le monde s’y perdra. Grâce à la musique de Hans Zimmer, le décor de l’Italie, la photo de John Mathieson et la mise en scène de Ridley Scott, le film devient une sorte de conte cauchemardesque. Si Le Silence des agneaux était un jeu cérébral, Hannibal est sensuel et vénéneux, et se rapproche des corps – que ce soit la cervelle de Paul Krendler ou la peau et les lèvres de Clarice et Hannibal à la fin.
Ridley Scott jongle entre amour et violence, avec quelques sommets de cruauté (les morts de Pazzi et Mason) et d’érotisme (la scène contre le frigo), mais sans jamais perdre de vue ses personnages. Parce qu’à la fin, Hannibal et Clarice sont encore plus fascinants, complexes et beaux que dans Le Silence des agneaux. Et oui, Julianne Moore est excellente, et n’a pas à rougir face à Jodie Foster.
Les Associés
Sortie : 2003 – Durée : 1h56
Plutôt apprécié, Matchstick Men, a.k.a Les Associés, est néanmoins rarement cité parmi les meilleurs films de Ridley Scott. Il faut dire qu’il est coincé entre les deux fresques historiques guerrières La chute du faucon noir et Kingdom of Heaven. Écrit avec son frère par Ted Griffin, un scénariste qui enchainait alors les coups d’éclat (Vorace et Ocean’s Eleven, what else ?), le film est souvent considéré comme un divertissement inoffensif, remarquable pour la performance de ses comédiens.
Et il faut bien avouer qu’il tire en grande partie son intérêt de son génial duo principal. À vrai dire, Scott et sa légendaire directrice de casting Debra Zane mériteraient un Oscar uniquement pour avoir proposé à Nicolas Cage le rôle d’un arnaqueur rongé par les tics. Sans surprise, le dieu du cabotinage s’en donne à coeur joie, proposant quelques dérapages mémorables (la scène de la pharmacie !), tout en se découvrant une sensibilité touchante. Et il est plus que bien accompagné, puisque l’excellent Sam Rockwell apporte ce qu’il faut de rigueur à l’intrigue.
Et une excellente Alison Lohman
Cependant, il serait injuste de s’en contenter. Avec son histoire d’arnaque, de sentiments et de contrôle, ainsi qu’avec son twist certes facilement détectable, mais néanmoins passionnant, Les Associés dépeint un monde contemporain impitoyable, où la moindre forme de faiblesse est exploitée et où les belles histoires tout droit sorties d’un rêve hollywoodien ne sont que des constructions visant à détrousser ses habitants.
Plus qu’un petit tour de passe-passe narratif, c’est donc aussi une démonstration d’ironie assez mordante, soulignée par une mise en scène impeccable et la photographie de John Mathieson (Gladiator), toute en nuances de blanc. Scott rappelle la place du cinéma grand public dont il est devenu un porte-étendard et livre in fine l’un de ses films les plus désillusionnés. Il s’insère donc très bien entre La chute du faucon noir et Kingdom of Heaven.
CARTEL
Sortie : 2013 – Durée : 1h57
Lors de sa sortie en 2013, Cartel est un échec critique et public aussi énorme que l’excitation qui entoure le projet à l’origine. Il faut dire que l’association entre Ridley Scott et Cormac McCarthy (auteur des romans La Route et No Country for Old Men) a de quoi faire rêver, le cinéaste prenant les rênes de l’unique scénario original de l’écrivain. Contrairement aux oeuvres précédemment adaptées du romancier, Cartel décontenance. Et pour cause : dans ce contexte mafieux où un avocat (Michael Fassbender) décide de se lancer dans le trafic de drogue à la frontière du Mexique, on est très loin des clichés attendus du genre.
Certes, Cartel regorge de personnages hauts en couleur (on ne s’est toujours pas remis de la coupe de cheveux et des chemises de Javier Bardem), mais la vulgarité supposée de ce milieu, tant mise en valeur par un cinéma bigger than life, est contrastée par des dialogues incessants. Bavard, le film l’est assurément. Mais c’est aussi là qu’il fascine, car Scott y puise une misanthropie et un nihilisme jusqu’au-boutiste.
Désillusionnées, les figures de Cartel embrassent le fait d’être des silhouettes, des coquilles vides qui interprètent des rouages de la grande machine capitaliste (d’où l’importance ironique de son casting cinq étoiles, de Brad Pitt à Cameron Diaz). Leurs commentaires sur le fonctionnement inéluctable du monde regorgent d’une violence sourde, que Scott finit par mettre en scène avec son sens aigu de l’image-choc.
La parole devient geste, et de cette rencontre émergent certaines des meilleures scènes récentes du cinéaste (la décapitation de ce motard lancé à pleine vitesse dans le désert, le funeste destin de Brad Pitt…). Le long-métrage mue alors en totale tragédie grecque, clairement mal aimable, mais fascinante.
EXODUS
Sortie : 2014 – Durée : 2h30
Étrillé par le grand public, décevant au box-office et accusé (à juste titre) de white-washing, Exodus : Gods and Kings a tout du péplum raté dans les grandes lignes, d’autant qu’il souffre indéniablement d’un problème de taille : un montage absolument chaotique. Mais s’il est aussi oublié, à peine une dizaine d’années après sa sortie, c’est aussi parce qu’il est volontairement à contre-courant des tendances du divertissement hollywoodien de son temps.
Quelques mois après le triomphe des Gardiens de la Galaxie et de Captain America 2, en pleine invasion de super-héros, papy Ridley revient au spectacle du vieil Hollywood par excellence avec sa fresque biblique forcément comparée à celle de Cecil B. DeMille. Pourtant, pas question pour le cinéaste de se lover dans une nostalgie stérile ou de jouer les gardiens du temple. Avec Exodus, il entendait bien adapter les grandes épopées qui ont marqué l’âge d’or du cinéma américain à une technique et une sensibilité contemporaines, comme pour prouver que les symboles aux fondements de la culture occidentale transcendent les modes et les interprétations.
Quitte à se mettre à dos une partie du public et comme le réalisateur le fera plus tard avec Le Dernier Duel et Napoléon, Scott et ses trois scénaristes extraient de l’histoire originale une suite de mythes, qu’ils remanient à leur guise. Ici, ils rationalisent à peu près chaque aspect du Livre de l’Exode et articulent leur intrigue autour d’une sorte de duel théologique dans l’ombre d’un Dieu intransigeant. Une lecture à la fois très critique et pleine de fougue de l’Ancien Testament, qui explicite plus que jamais le rapport complexe du metteur en scène à la religion.
Enfin, c’est aussi sur le plan de la technique que Scott modernise le péplum biblique, notamment en ajoutant littéralement de la profondeur à la recette. Peu s’en souviennent, mais la 3D d’Exodus était parmi les plus spectaculaires de son époque, surtout lorsqu’elle ajoutait des nuances de détails à des tableaux archi-classiques des grands récits bibliques. Aux décors ahurissants de DeMille, Ridley Scott et son équipe substituent un mélange des procédés résolument contemporain, qui font encore forte impression aujourd’hui.
Considérez-vous que « Mensonges d’Etat » et « Le Dernier Duel » soient des films sous-estimés ?
Le seul film que je n’ai jamais vu est « Traquée ». L’avez-vous vu ?
Pourquoi vous avez oublié Les Duellistes, Thelma et Louise…?
Cartel était vraiment pas ouf juste la scène final de Brad Pitt qui est sympa.
Exodus pareil pas terrible du tout malgré son gros budget et chouette casting.
Moi j’aurais également cité « lame de fond » avec Jeff Bridges…. extraordinaire !
Quelle horreur Cartel, 2 heures de non film à s’auto satisfaire de ses répliques misanthropes, sombres et nihilistes parce qu’apparemment c’est sympa et des ses personnages qui n’en sont pas parce qu’apparemment c’est cool. Une purge remplie de vide vendue comme un grand film grâce à des dialogues sur-écrits. Beurk.
The Counselor dans mon top 5 des meilleurs Ridley Scott, une véritable perle noire nihiliste, la scène de la Ferrari avec Cameron Diaz est génialement vulgos. Bien meilleur que son surestimé American Gangster.
Exodus, là par contre j’ai du mal. Bon là je m’avance sur un terrain glissant mais je n’ai que du mépris pour l’ancien testament pour des raisons très perso en lien avec mon (ex) entourage évangélique, mais plus faire pour simple, actuellement les pires fondamentalistes chrétiens (américains, brésiliens, canadiens, français etc) radicaux s’inspirent des écrits de ce bouquin et justement je ne trouve pas que Scott critique véritablement, pendant une partie du film il donne l’impression en jouant sur la possible folie de Moïse mais la fin est pourtant claire…Puis en mettant de coté l’aspect politico-religieux, je trouve ça représentation de l’égypte antique très décevante par rapport aux Gladiator pour la Rome, les croisades de Kingdom of Heaven ou même l’Angleterre médiévale de Robin des Bois, il ne filme même pas les monuments, les pyramides etc il n’y a aucun gigantisme, alors qu’il va le faire dans Napoléon. Par contre j’adore la scène des crocodiles ou des criquets. Très hargneuse.
Pourquoi tout le monde oublie Black Rain ?!
Scott est littéralement paumé dans son délire entre ses versions salles et ses director’s cut…
Il ferait bien d’aller prendre des leçons de montage chez Michael Mann.
Défendre Hannibal, Exodus et Cartel, ça demande beaucoup de courage, chapeau
@Mathilde T Hannibal j’avoue ne plus trop me rappeler du film, ca fait si longtemps… Dans mes souvenirs ca commençait pas si mal mais ca finissait en gros bordel à la limite du nanar, faudrait que je le revoie un des ces jours pour voir si cette impression est justifiée ou non. Et oui par contre c’est vrai que j’avais complètement oublié Le Dernier Duel qui effectivement était pas mal du tout, bien plus réussi que Prometheus ou House Of Gucci. La preuve donc qu’il est encore capable de réaliser des choses intéressantes. En fait mon problème avec Scott est plus global, j’ai l’impression qu’il a été un peu surcoté toute sa carrière grâce à Alien mais oui j’ai peut-être un peu exagérer en parlant de la retraite c’est vrai 🙂 Par contre je ne disais pas du tout ça à cause de son âge : Spielberg continue à faire beaux films, Coppola vient de terminer le grand film SF qu’il rêvait de faire depuis des décennies, Scorsese vient de fêter ses 81 ans mais reste le meilleur metteur en scène en activité et son Killers of The Flower Moon est un chef-d’œuvre absolu… L’âge n’est pas du tout synonyme de mauvaise qualité. Ridley Scott devrait peut-être s’orienter vers des projets plus modestes car ils me paraissent plus intéressants mais son prochain sera Gladiator 2 et franchement ça me fait un peu peur. On verra bien…. Et sinon oui tout à fait d’accord sur le constat global sur les films, on a plus beaucoup d’entre-deux entre les blockbusters décérébrés et les films d’auteurs de festival. les films de l’entre-deux disparaissent ou finissent sur les plateformes. Les derniers qui restent sont probablement ceux des réalisateurs dont on parlait justement : les Spielberg, Ridley Scott, Scorsese… Sauf qu’ils sont malheureusement tous très âgés ce qui n’augure rien de bon pour la suite car je préfère de loin Oliver Stone, Scorsese, Pollack, Lumet ou Wells que les Nolan, Villeneuve & Cie d’aujourd’hui.