Crime à froid : le rape & revenge qui a inspiré Tarantino et affolé la censure

Mathieu Jaborska | 2 août 2022 - MAJ : 02/08/2022 13:02
Mathieu Jaborska | 2 août 2022 - MAJ : 02/08/2022 13:02

De tous les rape and revenge qui ont pullulé après La Dernière Maison sur la gauche, le plus scandaleux est peut-être Crime à froid, film d'exploitation crapuleux qui a fait forte impression à un certain Quentin Tarantino.

Né plus ou moins de La Dernière Maison sur la gauche et de ses imitateurs, le sous-genre du rape and revenge est emblématique du cinéma d'exploitation des années 1970, de sa cruauté, de son voyeurisme, de sa misogynie et dans une moindre mesure de son ambigüité. Sa formule (une femme subit un viol, échappe à ses agresseurs puis se venge dans des gerbes de sang), s'est très vite débarrassée de l'austérité glaciale du classique de Wes Craven pour en appeler aux plus bas instincts masculins.

Et elle a atteint son paroxysme un an à peine après la sortie de La Dernière Maison sur la gauche, en 1973, dans une petite série B suédoise réalisée par Bo Arne Vibenius sous pseudonyme. Connu sous de multiples titres, selon les pays et les versions, comme They Call Her One EyeThe Swedish Vice-Girl, Thriller - A cruel Pictures et Crime à froid en France, elle poussait déjà le modèle dans des extrêmes qui lui ont garanti une petite réputation et ont inspiré certains metteurs en scène américains. Plongée dans un long-métrage si cynique qu'il en devient presque hypnotique.

 

Crime à froid : photoUn titre plutôt honnête

 

De Bergman au bis

Certes, La Dernière Maison sur la gauche et son succès ont véritablement lancé la mode du rape and revenge. Mais avant lui un autre réalisateur ébauchait son principe : Ingmar "Idole des profs de ciné" Bergman. Eh oui, dans La Source, un couple de paysans venge sa fille, assassinée et violée par des bandits. C'est justement aux côtés de Bergman que Bo Arne Vibenius se fait un nom en 1968, en tant que réalisateur de seconde équipe sur L'Heure du loup et assistant-réalisateur sur le chef-d'oeuvre avant-gardiste Persona.

Lorsqu'il passe à la réalisation, il s'essaie... au film familial avec Hur Marie träffade Fredrik. Mais la critique lui reproche des similitudes trop flagrantes avec Hugo et Joséphine, sur lequel il a été réalisateur de seconde équipe. Lui qui avait emprunté ici et là de l'argent pour couvrir les frais après avoir essuyé un refus de financement de la part du Film Institute suédois, il se retrouve dans la panade économique. Quand il réapparait en 1973, c'est donc pour renflouer ses caisses.

 

Hur Marie träffade Fredrik : photoHur Marie träffade Fredrik, pas exactement la même ambiance

 

Et y a-t-il meilleur gagne-pain que le cinéma d'exploitation ? Il se lance donc dans l'écriture et la mise en scène d'un "truc plein de sexe et de violence", selon ses propos rapportés par Coeval Magazine, sous le pseudonyme de Alex Fridolinski. Avec comme principal objectif de flatter à peu près toutes les pulsions masculines pour rembourser ses dettes.

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commentaires
Benasi
03/08/2022 à 07:42

Je viens de lire une bio sur Tarantino et à aucun moment ce film est évoqué.
A contrario de Faster Pussycar ! Kill ! Kill !

Flash
02/08/2022 à 22:06

Vu il y a très très longtemps, j’avais pas aimé et je me suis toujours demandé ce que les inserts pornos faisaient là.

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