The Tree of Life : pourquoi Terrence Malick est plus fort que Jésus et Jurassic World ?

Simon Riaux | 15 mai 2022
Simon Riaux | 15 mai 2022

Honoré par la plus prestigieuse récompense cinématographique, The Tree of Life de Terrence Malick a agacé, passionné, décontenancé. Un peu plus de dix ans après la découverte de ce film à l’influence considérable, on se demande pourquoi il demeure un jalon fondamental du cinéma international. 

Aujourd’hui, l’influence du film est incontestable. À peu près tous les genres et types de cinéastes auront tenté de s’approprier sa grammaire lumineuse. Les publicités pour divers produits de luxe et autres parfums, désireuses de dupliquer son ton élégiaque, des auteurs de premier rang, à commencer par Alfonso Cuarón ou Alejandro González Iñárritu, mais aussi des œuvres plus grand public. C’est le cas de The Dig, de Simon Stone, disponible sur Netflix depuis 2021, qui recycle de nombreux outils de langage fournis par Malick. 

Le règne plastique de l'auteur est devenu à ce point tutélaire qu'il se fraie un chemin jusque dans les discours promotionnels des blockbusters, Zack Snyder affirmant s'en inspirer durant la promotion de Man of Steel, de même que J.J. Abrams au cours de celle du Réveil de la Force. Pour autant, Tree of Life demeure dans l'esprit de nombreux spectateurs un sommet d'emmerdement pontifiant, un prototype de cinéma intellectuel et inaccessible, emblématique d'un entre-soi bourgeois et élitiste. Un à priori qui a tout du cliché prêt à l'emploi.

Pourquoi faut-il le dépasser, et pourquoi le film de Malick constitue-t-il bien une borne essentielle de notre époque ?

 

The Tree of Life : photo, Brad Pitt, Tye Sheridan"Regarde, y a un réal de blockbuster en galère qui pleure dans le soleil, c'est beau, fils"

 

BIG BANG SUR TAPIS ROUGE 

Quand il débarque sur la Croisette en 2011, Malick est alors un auteur mystérieux, pour ne pas dire franchement légendaire. L’artiste n’a pas réalisé plus de quatre films en quarante ans, a disparu des radars pendant presque vingt, déjoué tous les écueils de l’industrie ainsi que les tropismes désenchantés de sa génération et s’apprête à dévoiler son œuvre somme, dont la genèse se sera étalée sur plusieurs décennies.  

Le sort – absurde – fait à Lars von Trier va cristalliser un certain agacement autour de cette figure de commandeur déjà quasi sacrée. La traduction incorrecte d’une provocation énoncée pendant la conférence de presse de son Melancholia lui vaut d’être écarté du festival, quand enfle la rumeur que sans ce fiasco, son film eût été une palme évidente. Le duel des auteurs n’aura pas lieu, et la petite musique selon laquelle le danois a été injustement dépossédé de sa consécration résonnera longtemps dans les oreilles cinéphiles. 

 

The Tree of Life : photoUne palme enfumée par la polémique

 

Si personne ne va crier au complot, cette atmosphère délétère installe, au moins pour un temps, l'idée que la consécration de Tree of Life est un sacre par défaut, et que peut-être, il ne mérite pas tant d'honneur. À cela s'ajoute, pour la France, une défiance d'une fraction de la presse culturelle, qui se sent un chouïa trahie par l'auteur. En effet, si l'influence du christianisme sur son cinéma aurait fait se signer un aveugle, le rôle prépondérant de la nature, la formation de philosophe de Malick, sa thèse consacrée à la condition de l'être chez Heidegger et Schopenhauer permettent encore à l'exégète bouffeur de curé d'y voir un vaste humanisme panthéisme, embrassant jusqu'au religieux, mais s'en affranchissant largement.

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commentaires
Birdy en noir
16/05/2022 à 08:22

C'est le genre de film qui s'apprécie en temps qu'oeuvre. On comprend pas forcément tout, mais le compare pas à un autre. C'est une expérience, un ressenti, un approfondissement thématique personnel qui résonnera forcément differemment pour chacun.
On peut même adorer des passages, ne pas en comprendre d' autres, mais les aimer aussi, ne pas en aimer d'autres, et à la fin rester perplexe quand on nous demande : "alors verdict?"
Et puis il a cette forme de promesse respectée ou non suivant chaque sensibilité : vous êtes venu voir un chef d'œuvre, vous devez l'aimer en tant que tel. Ça agace certains. Malick a un don, il semble capable comme Kubrick de cerner l'humanité. De la disséquer. Mais par le prisme de sa théologie, bien souvent, ou au minimum d'une approche introspective font ne sont pas capables tous les spectateurs, surtout lors d'un 1er visionnage.
Je conseille donc à chacun de se le revoir, de planer autant que possible, et peut être, sa lumière vous réchauffera comme aucun autre. Ou bien vous ferez une bonne sieste, c'est bien aussi.

Terryzir
15/05/2022 à 15:17

Il y a Malick, et il y a les autres.
Point.

alulu
15/05/2022 à 11:03

Complètement hermétique aux tics de Malick.

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