Films

L’Exorciste 2 : L’Hérétique – pourquoi c’est une suite fascinante, et pas un nanar démoniaque

Par Antoine Desrues
14 mai 2023
MAJ : 21 mai 2024
L'Exorciste 2 : L'Hérétique : photo

Souvent considéré comme une suite indéfendable, L'Exorciste 2 : L'Hérétique est pourtant un sommet de géniale bizarrerie à réhabiliter.

Lors de sa sortie en 1977, L'Exorciste 2 : L'Hérétique possède le plus gros budget jamais alloué à un film de la Warner Bros, c'est-à-dire la bagatelle de 14 millions de dollars. Si la major dépense sans compter, c'est qu'elle est bien décidée à réitérer le succès monstrueux du chef-d’œuvre traumatique de William Friedkin, sorti quatre ans plus tôt.

Malheureusement, c’est là que tout dérape. L’avant-première new-yorkaise de L’Hérétique est une pure bérézina, où les rires du public s’imposent comme les prémisses d’un bouche-à-oreille désastreux. Le film est encore aujourd’hui considéré comme l’une des pires suites de tous les temps (rien que ça), mais sa bizarrerie conceptuelle l’amène pourtant à être désormais reconsidéré. Coup de chance, c’est pour ça qu’on est là !

 

L'Exorciste 2 : L'Hérétique : photo, Linda BlairIls m'entraînent au bout de la nuit...

 

Un film qui a le sheitan

Tout d’abord, il faut considérer la réception de L’Exorciste 2 à l’aune de l’attente gigantesque qu'il a suscitée. Si William Friedkin est le premier à refuser le projet, il ne manque pas d’affirmer par sa mégalomanie si caractéristique que personne ne saura passer après son diamant noir. Dans le même ordre d’idée, William Peter Blatty (l’auteur des romans dont sont adaptés les longs-métrages) voit d’un mauvais œil le film. À la sortie de celui-ci, les deux hommes ne se font pas prier pour tirer à boulets rouges sur le résultat final. Friedkin affirme qu’il s’agit de "la plus grosse merde qu’il ait jamais vue", tandis que Blatty riposte en décidant de mettre lui-même en scène L’Exorciste 3.

Néanmoins, là où les attaques acerbes des deux artistes pourraient se comprendre si elles visaient un quelconque yes-man, impossible de balayer l'oeuvre d’un revers de main quand on sait que John Boorman y est à la barre. L’illustre réalisateur britannique a développé au fil des ans un style unique, assumant un rapport au sublime qui peut autant se traduire par la cruauté de la nature (Délivrance) que par des élans ouvertement kitsch et fantasques (Zardoz, Excalibur).

 

Exorciste 2 (L') : l'hérétique : photoAttention, Duckface

 

Dans le cadre d’un tel film fantastique, le choix de Boorman a du sens au vu de sa capacité à façonner la menace du Malin comme un danger insaisissable et bien plus grand que tous les êtres humains qu’il emporte dans son sillage. Pourtant, L’Hérétique décontenance volontairement par la sobriété affichée de sa première séquence, exorcisme assez banal et bien moins flamboyant que celui du film original, où le cinéaste se contente de lire le désespoir dans le regard de la jeune femme possédée.

Cependant, ce choix s’avère être une note d’intention claire avec le dispositif du film. À vrai dire, Boorman déploie une mise en scène qui cherche à être l’opposée de celle de Friedkin. L’Exorciste est un film sur le débordement, sur un démon qui espère se déverser hors des corps et de l’œuvre en elle-même, au point de la contaminer par des images subliminales. L’Exorciste 2 est un film sur l’intériorité, qui se confronte à l’impossibilité de mettre en images un Mal indescriptible, qu’il traite comme une cocotte-minute qui semble flotter dans sa diégèse.

La démarche est d’autant plus belle que Boorman hérite d’un concept casse-gueule : comprendre les circonstances de la mort du père Merrin (Max Von Sydow) à la suite des événements du premier film. L’Hérétique a le devoir de visiter des angles morts, des interstices qu’il aborde comme la matière première de son cauchemar ambulant.

 

L'Exorciste 2 : L'Hérétique : photo"Admirez mon cosplay Jeanne D'Arc !"

 

Voyage au bout de l'enfer

Forcément, un tel postulat ne peut que décevoir, surtout pour la suite d'un film qui a bouleversé le champ du cinéma d’horreur de l’époque. Loin des maquillages impressionnants et des effets train fantôme de L’Exorciste, John Boorman s’évertue à dépeindre une inquiétante étrangeté insidieuse, fortement épaulée par la musique malaisante d’Ennio Morricone.

Au fil de ses scènes, son rapport à un quotidien américain lambda ne sert qu’à mieux pervertir les images d’Épinal qu’il met en avant. On en veut pour preuve cette vision hallucinée des gratte-ciel new-yorkais, où le ciel ensoleillé semble pourtant s’abattre sur ses personnages comme une chape de plomb. Boorman s’amuse à nous oppresser par le cadre, ce qui fonctionne encore mieux quand sa scénographie se permet de petits décalages inattendus, à l’instar de ce balcon auquel il manque un pan de barrière. Par ce simple retrait, l’angoisse prend possession du décor, avant que la menace perçue ne serve à l’une des meilleures scènes du film.

 

L'Exorciste 2 : L'Hérétique : photo, Linda Blair"Il est bizarre ce sol, il est pas palpable"

 

Cela étant dit, toutes ces belles envies de réalisation ne peuvent pas complètement résister à certains soucis inhérents au projet, comme la simple présence de Linda Blair, de retour dans la peau de Regan. La jeune actrice avait su convaincre à l’époque du film de William Friedkin, mais Boorman peine ici à la diriger au détour de dialogues pas toujours très incarnés.

Oserait-on dire que c’est l’une des raisons qui poussent d’ailleurs le cinéaste à fuir l’horreur très froide de la ville pour repartir en Afrique, terre originelle du démon Pazuzu où avait enquêté le Père Merrin. C’est là que le protagoniste du film, le Père Lamont (excellent Richard Burton), accepte de se perdre au fil de ses pérégrinations. De la vision imposante d’un temple caché au sommet d’une montagne à l’hallucinant costume chamanique porté par James Eearl Jones, L’Hérétique lâche les chevaux avec bonheur dans sa seconde moitié, et développe une dimension mystique absolument saisissante.

 

L'Exorciste 2 : L'Hérétique : photo, James Earl JonesDark Mufasa

 

En réalité, on a même l’impression que le lâcher-prise du réalisateur est revendiqué par sa caméra aérienne, qui fend les airs pour mieux nous donner le vertige. Amorçant à sa manière les travellings dingos de Sam Raimi sur Evil Dead, L’Exorciste 2 se transforme en voyage sinueux et incertain, qui embarque le spectateur en même temps que son héros. Difficile d’en vouloir à tous ceux qui ont choisi de rester à quai face à cette proposition déroutante.

Mais au final, en échappant à l’aspect plus frontal du film d’origine dans sa peinture du Mal, John Boorman se montre presque plus terrifiant dans sa manière de créer un sentiment d’attraction-répulsion. Si L'Exorciste cherchait à chasser le malin, L'Hérétique s'en rapproche dangereusement, et exploite des codes de montage typiques de John Boorman (à commencer par de magnifiques superpositions) pour expérimenter un dialogue entre ses personnages et le surnaturel.

 

L'Exorciste 2 : L'Hérétique : photoI bless the rains down in Africaaaa !

 

Fried(mis)kin

Alors certes, L’Exorciste 2 peut profondément déplaire aux vues de son imagerie kitsch, et celle-ci en souffre quelque peu dans son dernier acte grand-guignolesque, qui réinvestit la maison du premier film pour mieux la désintégrer. Pour autant, il est fascinant de voir Boorman jongler avec ses plans et ses séquences comme s’il manipulait plusieurs plans d’existence à la fois, renforçant par là même le sublime désarmant de son approche.

On ne peut pas enlever au long-métrage sa singularité, oserait-on même dire sa bizarrerie caractéristique d’un auteur auquel on a donné carte blanche sur un énorme budget. D’ailleurs, l’échec de L’Hérétique s’accorde, étonnamment ou non, avec la fin d’une époque de cinéma. Alors que le film sort sur les écrans en 1977, il se révèle au monde la même année que Star Wars, qui demeure l’un des prototypes du blockbuster moderne.

 

Exorciste 2 (L') : l'hérétique : Photo L'Exorciste 2Trauma en surimpression

 

Sans grande surprise, la concordance des deux événements a poussé des majors comme Warner à moins confier des projets aussi importants que L’Exorciste 2 à des auteurs aussi prestigieux, capables d’emmener des suites a priori calibrées dans des directions inattendues.

En fait, la malhonnêteté intellectuelle de William Friedkin par rapport au film de John Boorman n’en est que plus ironique aujourd’hui. Le réalisateur de French Connection est le premier à regretter l’évolution de l’industrie hollywoodienne et son manque de risques, mais il a lui-même contribué à tuer dans l’œuf l’exemple parfait du blockbuster expérimental, qui avait justement fait le pari de prendre complètement à revers les acquis de son propre film. Rien que pour ça, il serait temps de réhabiliter L’Hérétique !

La suite est réservée à nos abonnés. Déjà abonné ?

Lisez la suite pour 1€ et soutenez Ecran Large

(1€ pendant 1 mois, puis à partir de 3,75€/mois)

Abonnement Ecran Large
Rédacteurs :
Tout savoir sur L'Exorciste 2 : L'Hérétique
Vous aimerez aussi
Commentaires
13 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Demonic

Désolé de vous dire ça mais l’exorciste 2 est une suite avec :

1 – Un scénario sans queue ni tête qui part dans tous les sens mais n’aboutît à rien .

2 – Un jeu très inégal.

3 – des scènes bizarres et sans vraiment de rapport entre elle.

4 – Le montage ( pendant les scènes de rêves qui nous montre l’Afrique ) qui tourne dans tous les sens et te donne un putain de mal de tête à faire vomir.

5 – Un démon ( Pazuzu ) qui est censé être le même démon que celui du premier film .
Mais dans ce film , il prend l’apparence d’une sorte de double de Regan maléfique. On peut aussi le voir sous la forme de sauterelles ( sans aucun doute l’animal le moins effrayant et le pire choix que l’on pourrait faire pour représenter un démon ).
Le point d’orgue étant que à la fin , le père Lamont n’exorcise pas Regan . Et non ! Il va arracher le cœur de la doublure de Regan maléfique et c’est fini ( ? )

Flash

Autant le premier m’avait scotché sur mon siège, autant celui-là m’a laissé de marbre.

captp

Ce que j’aime le plus chez EL c’est son audace .
Merci Antoine pour cet insensé mais prodigieux acte de bravoure.

Daniel

Le démon est un criquet. Voilà… c’est à ce moment là que j’ai arrêté de regarder.

Michael myers 80

Cette suite je l’ai trouvé qui’l y a un autre style, Régine est plus âgé Elle à peu près 16ans le scénario est d’une ridicule perte de temps pas de scène d’exorcisme allo ça s’appelle l’exorciste 2 , le prête n’est pas digne de cette mission pour affronter le diable, linda Blair moins convaincante et même elle oublie comme sa possession n’a pas eu lieu, non mais sérieux ça parait que c’est pas friedkin qui est derrière la caméra ou même blatty qui va tourner le 3e opus qui est vraiment la suite de 1973 même ambiance et plus sombre et angoissant vous ne serait pas déçu mais l’exorciste 2 n’est pas mauvais pour autant mais ce n’est pas le meilleur pour info 3 suite de l’exorciste vont sortir en salle pour 2023

Pat Rick

En effet c’est un excellent film et je le préfère à celui de Friedkin.

ZakmacK

Ça me donne envie de le voir du coup ! Rien que pour le costume de james earl Jones.

Mkm

ouch exercice très risqué de tenter de rehabiliter ce film… je me souviens de ma tete en ramenant la vhs louée et le gérant me disant « j’avais prévenu… »

Benjo

On est forcément un peu surpris, voir déçu, au 1er visionnage tant le film n’a rien à voir avec son prédécesseur. Le 1er était un pur film d’horreur alors que cette suite tient plus du thriller fantastico/psychologique. Pour l’avoir revu plusieurs fois par la suite, en sachant à quoi m’attendre, j’ai appris à l’apprécier et à redécouvrir un peu plus ses qualités à chaque visionnage.

sylvinception

@Tonton : leur demander d’être sérieux… n’exagérons pas. 🙂
(Même Friedkin pense que c’est un étron, cette suite…)