The Fountain : et si c'était la meilleure BO du monde ?

Geoffrey Crété | 22 janvier 2022 - MAJ : 22/01/2022 14:37
Geoffrey Crété | 22 janvier 2022 - MAJ : 22/01/2022 14:37

Pourquoi The Fountain, de Darren Aronofsky, a marqué les esprits malgré son échec en salles ? Notamment parce que la musique de Clint Mansell est fabuleuse.

Il y a beaucoup, beaucoup de raisons d'aimer The Fountain. Dans cette fable qui entrecroise les Mayas, l'amour, la mort et la fontaine de Jouvence, il y a l'histoire déchirante de Hugh Jackman et Rachel Weisz, le récit d'un deuil impossible, la bataille entre la foi et la science, l'ambition démesurée de Darren Aronofsky. Et la musique de Clint Mansell.

Après la musique incontournable de Requiem For A Dream, qui a hanté les lecteurs mp3 et les lecteurs radio-cassette-CD de toute une génération, Clint Mansell composait une autre BO fantastique. Jamais mieux épaulé que par Darren Aronofsky, qu'il a accompagné de Pi à Noé, le musicien livrait une décharge d'émotion et de vibrations.

Pourquoi c'est la meilleure BO du monde, sans aucune exagération bien sûr.

 

The Fountain : Photo Hugh JackmanEcran Large vs hérétique (qui n'aime pas The Fountain)

 

QUI A FAIT la musique de the fountain ?

La musique selon Clint Mansell a commencé loin des plateaux de cinéma. Comme Danny Elfman, qui avait commencé avec les Oingo Boingo, il a débuté sa carrière dans les années 80, dans le groupe Pop Will Eat. Chanteur, guitariste, compositeur, il a tracé sa route jusqu'à croiser celle de Trent Reznor, demi-dieu derrière Nine Inch Nails, via son label Nothing Records. Une rencontre décisive, qui a même amené Mansell à participer à l'album culte de NIN, The Fragile.

En 1996, Clint Mansell quitte Pop Will Eat Itself et s'installe à New York, pour se lancer en solo. Une idée vite balayée par le hasard, ou plutôt le destin : sa rencontre avec Darren Aronofsky, via un ami commun. Ils se comprennent vite dans leur amour de la musique électro, du hip-hop et de John Carpenter, et leur désamour des musiques des films classiques.

 

Requiem for a Dream : PhotoMélodie pour horreur

 

En toute logique, Clint Mansell compose la musique du premier film d'Aronofsky, Pi, totalement fauché mais très remarqué en 1998. Dans la foulée, il y a Requiem for a Dream, qui change tout pour les deux hommes.

Propulsé par le succès de Requiem for a Dream, Clint Mansell a composé des BO en tous genres. Le thriller Calculs meurtriers de Barbet Shroeder, le film d'aventure Sahara, l'adaptation du jeu vidéo Doom, L'Affaire Farewell de Christina Carion, Stoker de Park Chan-wook, High-Rise de Ben Wheatley, Ghost in the Shell version Hollywood, ou encore les films de science-fiction Moon et Mute de Duncan Jones. Il a également composé la musique du jeu vidéo Mass Effect 3.

Mais il a surtout accompagné Darren Aronofsky jusqu'à Mother, avec The Wrestler et Black Swan. Sans lui, il a rarement autant marqué les esprits avec ses musiques.

 

Black Swan : photoMélodie pour horreur bis

 

FONTAINE de talents

Clint Mansell n'était pas seul pour composer la musique de The Fountain. Il a à nouveau collaboré avec Kronos Quartet, quatuor à cordes qui a travaillé sur Requiem for a Dream. Et il a également fait appel à Mogwai, groupe écossais de post-rock qui a par la suite marqué les esprits avec la BO de la série Les Revenants. Un beau et étonnant trio de talents donc.

Et l'équipe musicale aurait pu être encore plus détonante puisque Darren Aronofsky avait une autre idée : embarquer David Bowie dans l'aventure. Le réalisateur imaginait une troisième chanson autour de Major Tom, l'astronaute au centre des chansons Space Oddity et Ashes to Ashes.

 

The Fountain : photoBowie chez lui, en pyjama, quand le téléphone sonne

 

Mansell expliquait à Ain't it cool news : "David devait être impliqué dans la musique. L'idée était que David prenne des morceaux de la musique, les retravaille à sa manière, en espérant qu'il ajoute sa voix. Après on aurait pu utiliser son travail tout au long du film et peut-être arriver à une chanson pour le générique de fin. C'était en gros l'idée. Ça n'a jamais marché. J'ai rencontré David plusieurs fois, et on a regardé le film. Je ne sais pas vraiment pourquoi ça n'a rien donné, mais ça n'a rien donné. David ne pouvait pas ou ne voulait pas. Je n'en sais plus plus".

Par ailleurs, Antony Hegarty, chanteur d'Antony and the Johnsons, a enregistré une chanson pour le générique de fin, que Darren Aronofsky a choisi de ne pas utiliser. Le morceau a été réinterprété uniquement au piano, par Randy Ke, pour devenir Together We Will Live Forever - qui accompagne effectivement les crédits.

 

The Fountain : Photo Rachel Weisz"Vous êtes bien sur la messagerie de Mr Bowie. Veuillez..."

 

S'IL NE FALLAIT EN GARDER QU'UNE

Difficile de ne pas célébrer la BO de The Fountain avec son bouquet final : Death is the Road to Awe. Plus de 8 minutes de crescendo, qui réunissent toute la puissance du film dans un climax hallucinant et halluciné, pour tout conclure, tout réunir et tout terminer (l'histoire, le livre d'Izzi, la quête, l'aventure, le deuil, et le thème musical lui-même). C'est une apothéose parfaite, qui prend la forme d'une montée sensationnelle, et même terrassante dans une salle de cinéma où tout vibre (les sièges comme les cœurs).

Dans cette ascension finale, qui tranche avec la douceur de la musique jusque là, la saturation est à tous les niveaux. À l'écran bien sûr, avec des effets visuels et des explosions de couleurs folles, quitte à frôler le mauvais goût et le kitsch vu que Darren Aronofsky y va sans garde-fou ; mais dans les oreilles également, avec un volume qui emporte tout, et hérisse les poils - comme ceux de l'arbre.

L'utilisation des pauses est notamment remarquable, créant d'abord un interlude, puis une explosion finale étourdissante, qui ouvre sur un générique de fin magnifique - grâce à la musique, mais également le design en fond, qui remet en scène le big bang puis la construction des galaxies et des étoiles, comme un parfait point final pour cette histoire de vies, de morts et de renaissances.

 

The Fountain : photoDécollage imminent

 

Death is the Road to Awe est le best of de la BO. C'est le morceau qui rassemble tous les autres - la douceur de The Last Man, la brutalité de Holy Dread !, le lyrisme de Xibalba. Et c'est celui qui réunit tous les artistes - Clint Mansell bien sûr, avec les percussions notamment, les cordes de Kronos Quartet, et les choeurs de Mogwai.

L'idée de construire un thème au fil d'un film, pour le révéler à la toute fin, n'a rien d'extraordinaire, mais elle colle parfaitement à The Fountain, grand puzzle sensoriel et thématique qui s'assemble durant 90 minutes environ. Pour les âmes sensibles qui ont été emportées par le trip de Darren Aronofsky, c'est un moment magique, puissant et fabuleux. Pour les autres, c'est la preuve définitive et douloureuse que The Foutain n'est pas pour eux.

 

 

(NON) MERCI HOLLYWOOD

Le monde va tellement mal depuis que Hollywood a réutilisé et réarrangé la musique de The Fountain dans la bande-annonce de Je suis une légende, pour accompagner Will Smith qui tabasse des monstres-vampires sur fond d'explosions, dans un New York post-apocalyptique. Stop.

 

 

Tout savoir sur The Fountain

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Troudku
05/02/2022 à 16:08

Clint Mansell est un dieu. The Fountain est un chef-d'oeuvre. Vu en salle à l'époque j'en ai encore des souvenirs frissonnants.

Kyle Reese
24/01/2022 à 15:13

@hasgarn

Je te rassure, je vais retenter très prochainement le coup. Je crois en fait l’avoir vu en vo non sous titré ou sous titre anglais. Ceci explique peut être cela. Quand à Dujardin c’était une boutade, je trouve juste qu’il lui ressemble sur la photo sinon rien à voir. J’aime énormément Jackman, rarement décevant .., d’ailleurs m’a-t-il déjà déçu ? Je ne crois pas.

captp
24/01/2022 à 12:07

un putain de film sur l'amour, la vie ,le deuil sans nous faire la leçon de catéchisme de the three of life.
réécouter la musique m'a fait remonter toute les émotions qu'il m'a provoqué.

The Moon
24/01/2022 à 01:47

Pour ceux qui on vécu l'expérience en salle a l'hiver 2006 savent...
@444
Tu as tout dit.
Le film d'Aranofsky le plus puissant...

Brosdabid
23/01/2022 à 17:41

J adore ce film et sa BO (Surtout la partie conquistador) mais requiem m avait encore plus marqué et resté jusqu au bout sur mon MP3

Hasgarn
23/01/2022 à 14:44

@ Kyle Reese :
arrêter d'hésiter, tu vas passer à côté d'une expérience folle.
Et franchement, comparer Dujardin et Jackman, faut pas, faut vraiment pas.
Imagine le plus comme une version plus fucked up de Old Logan, tu en seras plus proche

fuck
23/01/2022 à 12:12

Lol. Clint Mansell n'arrive même pas à la cheville voir le petit doigt de pied de Ennio Morricone, John Barry, Georges Delerue et Maurice Jarre.

JR
23/01/2022 à 12:12

@Simmons, oui, c'est vrai pour moi aussi.

@Kyle, je comprends que le film puissent laisser de côté, mais tu peux ré-écouter la BO.

Vu/écouté en concert de C. Mansell à Paris il y quelques années (sans Mogwaï mais ça marchait totalement), j'en ai encore des frissons.

Simmons
23/01/2022 à 10:50

Meilleure BO du monde : Conan le barbare - Basil Poledouris

444
22/01/2022 à 23:22

Un film exceptionnel et une BO qui m'aura laissé en sanglot à la fin de la séance Bouleversé, anéanti. Jamais revécu une telle expérience de cinéma depuis.

Plus
votre commentaire