La Mouche : le chef-d'œuvre éternel du body-horror par David Cronenberg

Antoine Desrues | 1 mai 2021
Antoine Desrues | 1 mai 2021

En sublimant le sous-genre qui l'a fait connaître, David Cronenberg a signé avec La Mouche un film d'horreur aussi traumatisant qu'intemporel.

Au début des années 80, le producteur Kip Ohman s’intéresse à l’idée de remaker La Mouche noire de Kurt Neumann, classique de la science-fiction horrifique lui-même fondé sur la nouvelle de George Langelaan. Après avoir songé à un jeune Tim Burton pour prendre les rênes du projet, c’est finalement le géant David Cronenberg qui hérite de la bête, après avoir lâché le film Total Recall, confié à Paul Verhoeven.

À vrai dire, on vient ici de résumer le plus sobrement du monde les tâtonnements d’un long-métrage miraculé, qui a circulé dans de nombreuses mains avant d’atterrir dans celles du réalisateur de Frissons et de Vidéodrome. Or, La Mouche est non seulement l’un des plus grands films de son auteur, mais surtout la rencontre évidente d’un artiste avec son sujet. Après avoir revu intégralement le scénario de Charles Edward Pogue, Cronenberg a fait de l’œuvre un concentré de ses obsessions, et un monument du sous-genre horrifique auquel il a donné ses lettres de noblesse : le body-horror.

 

Photo Jeff GoldblumEt bon appétit bien sûr !

 

La chair et le sang

Si le body-horror est défini par la représentation de corps transformés et mutants, il porte en son sein l’une des peurs les plus fondamentales de l’humanité : celle d’une perte de notre nature propre, et par extension de notre identité. Et c’est exactement ce qu’explore en filigrane La Mouche, au travers de son personnage principal Seth Brundle. Il est d’ailleurs bon de prendre un instant pour saluer le casting parfait de Jeff Goldblum, dont la joyeuse bizarrerie infuse avec brio l’ambiance déstabilisante du long-métrage. L’acteur y incarne donc un scientifique qui, lors d’une soirée, décide de révéler à la journaliste Veronica Quaife (Geena Davis) le fruit de ses recherches sur la téléportation.

Alors que Cronenberg aurait pu se réduire à faire de son protagoniste un petit geek asocial, il le traite surtout comme un enfant surexcité, au point où son enthousiasme parvient non seulement à séduire Veronica, mais aussi à la convaincre de documenter ses expériences. Malheureusement, le scientifique perd patience et teste lui-même sa machine, en se rendant compte trop tard qu’une mouche se trouvait dans le télépod lors du transfert de matière.

 

Photo Jeff GoldblumUn duo qui fait mouche

 

À partir de ce postulat, le génie de David Cronenberg réside dans sa manière de construire son film sur l’idée même de l'opposition et du contraste. Si la musique orchestrale d’Howard Shore convoque le cinéma d’horreur bis des années 50, les images de La Mouche effarent par la modernité des techniques employées. Plutôt que de jouer sur le hors-champ ou des jeux d’ombre pour dissimuler les potentielles imperfections de son monstre naissant, le cinéaste nous envoie en pleine face le travail démentiel de maquillage et de prothèses de Chris Walas (déjà à l’œuvre sur Scanners ou encore Les Aventuriers de l'arche perdue).

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commentaires
Gregdevil
01/05/2021 à 22:01

L'un des seuls films de sf avec Alien que j'ai pu faire voir à ma femme.
Une master piece dans l'histoire du cinéma de genre.

Tellement maîtrisé, réaliste et comme dit Kyle l'alchimie entre le couple Glublum/Davis est extraordinaire.
Que d'emotion dans ce film.

JayT
01/05/2021 à 19:37

Pas mieux que les commentaires précédents. Ce film est porté par la grâce. Qu'il s'agisse de l'alchimie du couple, des effets spéciaux ou de l'horreur brutale de la déchéance de Brunelle comme du rêve à la maternité, ce film est aussi beau que triste, effrayant que tragique. Un très grand Cronenberg aussi inspiré que la partition de Shore.
J'avoue aussi apprécier la suite du regretté Chris Walas certes inférieure en tous points mais loin d'être aussi pourrie que sa sinistre réputation.

lulu
01/05/2021 à 15:28

Je l'ai revu il y a pas si longtemps et c'est toujours aussi bon. Jeff goldblum est fantastique et les effets pratiques sont d'une telle beauté qu'on en sort nauséeux par certain moment (la phase intermédiaire avant qu'il ne se transforme complètement waouh) .

Mx
01/05/2021 à 13:44

LE meilleur cronenberg pour moi, à ranger aux cotés de dead zone, a history of violence, frissons, rage ,mes 5 cronenberg favoris.

Ray Peterson
01/05/2021 à 11:25

La fin d'une période pour Cronenberg. Je ne sais pas pourquoi mais comme Elephant Man (dans un autre style) ce film me fait toujours chialer à la fin. Quand un animatronic arrive à te faire verser des larmes à la fin, c'est vraiment que le film a réussi à te porter jusqu'au bout.

Sinon, c'est grâce à ce film que j'évite les bras de fer.

Kyle Reese
01/05/2021 à 10:25

Grand souvenir traumatisant. Le couple Davis/ Goldblum est superbement tragique. Le plus grand rôle de l’acteur. Même lorsqu’il n’est plus physiquement à l’écran, remplacé par le monstre en animatronique de la mouche lors de la dernière étape de transformation, son humanité y est toujours présente. Un très grand film, peut être le plus grand de son auteur, que je redoute de revoir un jour. Car Cronenberg a le don de me mettre dans un état plutôt dépressif après la vision de certains de ces films.

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