Il porte des troncs comme d’autres des fétus de paille. Il dézingue des armées entières armé de son mythe et son couteau. Ses pectoraux font la taille d’un petit yack. Il peut zigouiller une milice privée à lui seul et le tout, en rigolant. C’est John Matrix, c’est Arnold Schwarzenegger et c’est le héros de l’inoubliable Commando.
On revient sur ce film culte, qui a marqué son époque et en demeure un emblème indépassable.
Un homme-tronc d'un genre nouveau
AMERICA FUCK YEAH
1985 est une année particulière pour le cinéma d’action américain, marquée par Rambo II : La mission et Commando. Tous deux vont devenir symbolique de leur temps, d’une certaine philosophie du divertissement américain, qui témoigne du regard que le 7e Art porte sur la société qui l’a engendré.
Quand Sylvester Stallone prend le contrôle de la suite des aventures de John Rambo, c’en est fini du désespoir et de l’amertume du film original. L’acteur devenu superstar aplanira d’ailleurs les aspects les plus politiques ou critiques du script rédigé par James Cameron, pour obtenir une sorte de film de guerre à rebours. Les USA, comme remis de la gueule de bois contestataire des années 70 et de leur Nouvel Hollywood, s’autorisent à rejouer un conflit au goût amer pour le transformer en victoire symbolique, tant pour le héros défait que pour le public.
On aura souvent analysé Rambo II à l’aune de son ton belliqueux et impérialiste, voire triomphaliste, quand Commando est perçu comme une sorte d’énorme blague à la limite de l’auto-parodie. Mais le film de Mark Lester, pour léger qu’il paraisse, va pourtant beaucoup plus loin dans son portrait d’une Amérique toute-puissante.
À bien y regarder, rien, jamais, ne paraît pouvoir altérer la domination de John Matrix sur son environnement. Pas le moins du monde torturé par son passé de super-soldat comme son collègue renvoyé au Viêtnam, toujours partant pour en découdre, au contraire d’un John McClane, le héros total interprété par Arnold Schwarzenegger est plus un principe qu’un personnage. C’est un sourire triomphal, serti de deltoïdes, qui ne fait jamais qu’avancer, avancer pour conquérir, sans qu’aucun obstacle n’entame sa vista, sa puissance, ou sa réussite.
Une force loin d’être innocente, qui témoigne également de la perception que les Etats-Unis ont d’eux-mêmes. Invincibles, ils n’ont même plus à mettre en scène la victoire, qui est acquise. Parallèlement, les tensions politiques en Amérique du Sud sont à ce point considérées, par le pays, le public (et le reste du monde) comme de simples broutilles, qu’en proposer une vision caricaturale à souhait et totalement déréalisée passe crème de chez crème.
Et c’est bien le premier ingrédient de cette madeleine de Proust enduite de créatine. Elle nous rappelle un âge d’or ou de muscles, où le cinéma US se vivait à la manière d’un conte de fées bodybuildé. Un conte de fée où prince charmant, bonne fée et dragon étaient interprétés par un unique surhomme : l’inoxydable Schwarzy.
Arnold, son mythe et son couteau
PERFECTO MUSCULO
Mais si Commando est instantanément entré dans l’histoire du cinéma d’action américain, c’est en grande partie grâce à son interprète principal, qui est alors au sommet de sa puissance physique, et s’impose rapidement comme une icône teutonico-tutélaire. Physiquement impressionnant, l’ancien-culturiste incarne une force de la nature incontestable, un être dont la puissance est telle que jamais la mise en scène ne traduit ne serait-ce qu’un semblant de menace.
Cet über-mensch guerrier est si évidemment supérieur à tous ceux qui l’attaquent que les chorégraphies des innombrables fusillades ne s’embarrassent même pas de nous le montrer en train de viser. Matrix matrixe l’ennemi, cela va de soi. Une volonté de puissance jubilatoire, qu’Arnold Schwarzenegger est le seul, l’unique à pouvoir porter à l’écran, sans tout à fait rompre la suspension d’incrédulité du public.
La pop culture ne s’y trompera pas, et va presque instantanément considérer ce personnage comme un totem, rapidement sacralisé par ceux qui représentent alors les arbitres du bon goût en la matière, à savoir Les Simpson. En 1991, dans le 12e épisode de la saison 2, apparaît un personnage qui deviendra instantanément culte : Rainier Wolfcastle, acteur musculeux à l’accent autrichien, véritable prolongation de Schwarzie et de John Matrix. Dès lors, des fausses bandes-annonces radios de GTA aux faux trailers ouvrant Tonnerre sous les tropiques, impossible de ne pas sentir la patte de l’increvable John Matrix.
Il faut dire que si l’acteur incarne bien cette anatomie triomphante, on décèle aisément chez lui quelque chose de narquois, une dimension rigolarde, à laquelle ne nous avaient préparés ni Conan le barbare ni Terminator. Dès 1988 et Double détente, le Chêne Autrichien assumera plus volontiers de s’aventurer sur le terrain de la comédie, jusqu’à s’y immerger dans Jumeaux ou Un flic à la maternelle. Mais sur le papier, on ne s’attend pas forcément à ce que Commando et sa glorification des biscottos accueille aussi volontiers le sourire ravageur de la star. Une invitation à la marrade que les années n’ont fait que souligner.
"Bon ok, je vous remets un peu de bazooka"
BONBON À LA VIANDE
Car avec le recul, Commando s’est retrouvé au croisement de plusieurs genres et de plusieurs visions du cinéma. La plus évidente et la plus criante est bien sûr celle du nanar qui tâche, totalement innocent de ses aspirations vers le grand-guignol et y fonçant tête baissée. Il faut dire qu’à quelques encâblures d’Hollywood, du côté de Hong-Kong, la révolution du cinéma d’action se prépare. Comme on en parlait dans ce dossier, quand The Killer débarquera sur la Croisette en 1989, il rendra impossible le visionnage au premier degré le visionnage du film ou de ses cousins germains, de Portés disparus à Delta Force.
Car tout enivré de son sentiment d’invulnérabilité, ce cinéma d’action réjouissant était à deux doigts de faire sous lui. Mannequins en mousse, cris d’agonies improbables, explosions surdimensionnées aux embrasements absurdes, armadas de figurants démantibulés en moins de deux... absolument toutes les cases du too much sont cochées, et plus d’une fois. Cet appétit pour la grandiloquence et l’exagération, tantôt conscient, fréquemment indépendant de la volonté propre du métrage, lui confère une atmosphère de fantaisie improbable.
Un état d'esprit renforcé par cet invraisemblable festival de punchlines ("J'ai menti", "FAUX !", "J't'ai promis que je te tuerai le dernier, j'ai menti", "Une lame dans une gorge d'enfant, ça s'enfonce comme dans du beurre"), aussi couillonnes en français que dans la langue de Shakespeare, elle renforce encore le sentiment d'hallucination qui nimbe désormais le film.
Enfin, les années passant, un peu à la manière de Top Gun, une frange du public s’est demandé si derrière la virilité cartoonesque et exacerbée du film, ne s’était pas glissée, consciemment ou non, une forme d’homo-érotisme inattendu. Les allusions sont innombrables, allant de symboles affleurant plus ou moins à même la pellicule (Arnold et son tronc bien raide), l’emphase perpétuelle sur les muscles saillant des personnages masculins... ou carrément des répliques ahurissantes (“John, c’est pas entre les deux yeux que je vais te buter, je vais te buter entre les couilles !”).
Il ne manquait plus qu'une côte de mailles
Et que dire du sort réservé au méchant, Benett (Vernon Wells), habillé d’un mauvais cosplay de Freddie Mercury et complaisamment empalé sur un tuyau vaporeux, dans un dernier râle qu’on soupçonne d’être de plaisir. Tour à tour menaçant et ridicule il ressemble souvent à une sorte de caricature homosexuelle, trop bête pour être malfaisante.
Attiré par son ancien frère d’armes Matrix, comme le voulait jadis le code Hays, il ne peut exister qu’en menaçant l’équilibre de la famille nucléaire (kidnapper la fille du héros sera sa seule opportunité d’obtenir le combat aux airs de parade nuptiale qu’il ambitionne). Un affrontement où la tension sexuelle semble continue, jusqu'à cette ultime tirade de Matrix : "Crache ta vapeur, sale pourriture".
Film d’action décomplexé, porté par une puissance nanarde cosmique, Commando serait-il aussi un manifeste gay dissimulé ? Non, sans doute pas. D’ailleurs, le réalisateur Mark Lester s’est toujours défendu d’avoir enrobé son métrage d’un sous-texte sexuel. Mais, dans l’hyper-virilité poussé aux limites de la parodie, dans le ton jusqu’au-boutiste, voire absurde, de ses personnages, et parfois dans sa bêtise, le récit exprime peut-être un certain inconscient. Qui déborde. Et quand ça déborde, ça dépasse.
Emblème de son époque, véritable turbine à memes, pastiche inconscient et exploration d’une virilité hypertrophiée, pas toujours sûre de ce qu’elle nous raconte, Commando demeure un délicieux bonbon à la viande, impérissable souvenir des années 80.
La suite est réservée à nos abonnés. Déjà abonné ? Se connecter
Un film culte du début à la fin. On ne s’ennuie jamais. Oui c’est un nanars…a ne pas confondre avec navet.
La scène dans les jardins du palace sont juste magiques. Personne n’a fait mieux dans le genre 100 contre 1.
J’adore le. Ne réveillez surtout pas mon Ami…il est mort de fatigue
– Tu te souviens Sully, je t’avais dit que je te tuerais le dernier.
– C’est vrai Matrix c’est ce que t’as dit
– Je t’ai menti
Un des rares films que je préfère voir en VF qu’en VO, je trouve que la VF apporte un charme supplémentaire.
Ouh pineeeeeeeze !
J ai use la vhs jusqu a la corde je crois bien : ‘)
Ca doit bien faire 20 ans que je ne l ai plus vu. Mais c est du telephone. Du debut a la fin, il vaut mieux que je m abstienne de le revoir pour ne pas gacher le bon souvenir que j en ai.
Une parodie de Rambo.
On parle de Stallone et la copie foireuse de Terminator, du moins l affiche ? J ai nomme Cobra ? J ai revu il y a peu le milieu du film en allemand et mon Dieuuuuuuuuuuuuuu quelle horreur.
Dire que lorsque j etais jeune et beau, je croyais que c etait l adaptation de l anime. Le choc avait deja ete rude a l epoque !
Es c’était pas beau le lancée de cabine téléphonique et je te tiens dans le précipice avéc mon bras gauche et en plus face au méchant de mad max 2 ! Quel pied !!!ça fait du bien ! Même si ça a un peu vieilli
LE MUST DU MUST!
(interdit de critiquer!!!!!!)
» – Benett?? J’te croyais??…
– Mort ?? Tu t’es gouré ! »
J’ai pas le premium pour lire l’article, mais rien que vos commentaires à tous m’ont fait chaud au coeur et donné envie de le remater une 521e fois 😀
– T’as la trouille mon salaud ? Bah tu devrais. Parce que le béret vert que t’as en face va te buter la gueule !
– J’avale deux bérets verts au petit-déjeuner. Et justement, j’ai très faim !
@Bubble Ghost
Je valide à 1985%. L’OST transcende les images.
J’écoute le MAIN THEME (title) depuis des années juste avant d’aller chez mes beaux-parents.
Sans oublier le morceau de fin légendaire The Power Station – We Fight For Love
Meilleur film d’action de tous les temps , je m’en lasserais jamais je crois
Des répliques bien senties, des idées à mourir de rire, le lama et la glace au début du film… La parfaite série B.