Gerard Butler : les 5 meilleurs mauvais rôles du bourrin de Greenland

Simon Riaux | 7 août 2020 - MAJ : 07/08/2020 17:53
Simon Riaux | 7 août 2020 - MAJ : 07/08/2020 17:53

Étrange et attachante carrière que celle de Gerard Butler, éminent bourrin hollywoodien. Maître du demi-blockbuster et autres productions intermédiaires, maudit dès qu’il approche des mastodontes hollywoodiens, le comédien à la ganache rugueuse charrie avec lui l’imaginaire des années 80 et de leur ode à la testostérone. 

Ne reculant devant aucun bourre-pif et ne craignant jamais de froncer les sourcils, l’acteur s’est parfois aventuré sur les rives flatulentes du nanar, perdu dans les embruns du film tout pété, toujours avec un réjouissant premier degré. Divertissant jusque dans ses échecs, Gerard Butler est de ces artistes dont on chante les louanges entre deux orgies de saucisson snacké au whisky, et dont même les échecs se dégustent, tels de glorieux rots de bidasse. 

Alors qu'il revient, à l'affiche de Greenland, le Dernier Refuge, explorons donc ensemble les meilleurs mauvais rôles de Gerard Butler. 

 

photo, Gerard Butler"Azy Ecran Large, fais péter ton article, là"

 

DRACULA 2001 

Matrix est passé par là, donnant à tous les producteurs opportunistes des fantasmes de cuir, de cascades câblées et de ralentis à gogo. Greffez ces ingrédients au mythe de Dracula, confiez-le tout à un vieux soudard de la série B, passé par tous les postes de technicien possible, et abandonnez dans ce bazar un jeune comédien tenant là son premier rôle conséquent. 

On se demandera bien sûr qui a trouvé malin de confier le rôle du plus légendaire suceur de sang à un acteur dont les qualités ne sont pas synonymes de mystère ou de subtilité, mais le résultat est si inattendu qu’on bénit cette absurdité. Tous les trucs de ce bon Gégé sont déjà là. De l’accent fluctuant (cachez donc cette Écosse que je ne saurais voir), à une mine toujours ahurie, jusqu’à un sourire trop déformé par ses canines en plastique pour ne provoquer l’hilarité, tout ici fait pencher le film vers la parodie involontaire. 

La beauté de l'entreprise tient également dans la jeunesse du virevoltant Gégé, qui pouvait alors légitimement croire qu'il était en voie de devenir un jeune premier hollywoodien. Le poil humide, la truffe au vent et la pupille aux aguets, il se trimballe ainsi avec un premier degré qui n'a d'égal qu'une confondante naïveté. Cette équation s'avère charmante, de maladresse et de fraîcheur, deux éléments qui seront également au centre d'un certain Le Fantôme de l'opéra, dans lequel Gégé se prendra pour un grand tragédien, avec la finesse d'un chiot se dépatouillant d'un fusil automatique.

 

photo, Dracula 2001"C'est moi, le bug de l'an 2000"

 

L’ABOMINABLE VÉRITÉ

Avez-vous déjà lâché un ourson cocaïné au milieu d’une ruche énervée par un orage ? Probablement pas. Le spectacle, d’une rare violence et à l’issue incertaine, a de quoi traumatiser les esprits les plus cruels. C’est peu ou prou le programme de L’Abominable Vérité, qui voudrait insérer un gros Butler dans le moule d’une comédie romantique présidée par Katherine Heigl. Absolument rien ne va dans ce film et dans le rôle qu’y tient l’acteur, et c’est ce qui en fait un si joli plantage. 

Pourtant, tout commençait à peu près bien, entre cette productrice de télé et son collègue, macho revendiqué, mâle alpha option burne stellaire. Mais rapidement, le film se prend les pieds dans son tapis au poil. N’assumant jamais le fond de son personnage masculin, le scénario doit le ramener artificiellement sur les côtes de la bienséance, tandis que Gerard paraît ne pas savoir quoi faire de son boule dans ce rôle où il n’a personne à taper. 

Mal à l’aise dans la comédie, en souffrance dès qu’il doit sourire, l’acteur est à la peine, et on sent que plus d’une fois, le désir de distribuer des tartes aux phalanges le titiller. Mais non, il doit se fader ce programme dans lequel il n’a pas sa place... et plus son malaise grandit plus celui du spectateur se mue en fascination morbide. 

 

photo, Gerard Butler, Katherine HeiglGerard, manifestement content d'être là

 

QUE JUSTICE SOIT FAITE

Que voilà un curieux bousin. Le vigilante movie est traditionnellement un genre très conservateur, dans lequel un innocent entreprend de pallier le laxisme judiciaire en transformant son prochain en terrine de cartilage. Sauf que celui qui nous intéresse veut jouer sur les deux tableaux en faisant de son vengeur un génie du mal admirateur de Maman j’ai raté l’avion, que devra finalement combattre le gentil Jamie Foxx. 

Voilà déjà un pitch aussi schizophrène qu’audacieux, mais quand on le confie à Gerard Butler, qui a, rappelons-le, subi une ablation de la subtilité des années plus tôt, le high concept se transforme en carambolage savoureux. Ne sachant jamais s’il est gentil ou méchant, Butler fait de son mieux et cabotine avec la grâce d’un labrador lâché en Technival. Il faut le voir, le regard simultanément vide et singeant une colère dantesque, proférant des menaces improbables, avant de zigouiller des cols blancs depuis sa cellule de prison. Pour non-sensique que soit cette proposition, elle demeure un des plus étonnants grands écarts pratiqués par l'acteur. Face à lui, Jamie Foxx paraît sincèrement inquiet, comme s'il craignait à tout moment que son partenaire de jeu ne se jette sur lui pour lui mastiquer les globes oculaires, conférant à leurs confrontations un soupçon de folie pas si douce.

Mieux encore, condamné, à jouer un inventeur/ingénieur brillantissime, il fait son possible pour nous faire croire à la disruption de ses neurones agités. Mais là aussi, l’échec est patent, sans compter que jusque dans les inflexions de sa voix gutturale, on sent notre héros mieux armé pour peler vivant la racaille que la piéger à coups de trappes mécano-quantiques. Le kamoulox est proche, le n’importe quoi patent et la joie nanarde abonde. 

 

photo, Gerard Butler"Il peut aller se rhabiller Joaquin Phoenix avec son Joker de crasseux là"

 

GODS OF EGYPT 

Vilipendé dès ses premières images, le film possède néanmoins de solides défenseurs. Et la prestation de notre vaillant Gégé n’y est sans doute pas pour rien. À une époque où le “whitewashing” (remplacer des personnages d’une culture donnée par des équivalents ou comédiens blancs) est une des nombreuses pratiques résolument remises en question, celui du film atteint de tels sommets de n’importe quoi qu’on serait tenté d’y voir une aberration presque poétique. Bien sûr, transformer la mythologie égyptienne en partouze Benetton demeure (très) discutable, mais quand le résultat s'avère un tel hommage au LSD, comment ne pas y voir un de ces craquages hollywoodiens finalement bien inoffensifs ?

Car quand on découvre ce dieu des forces destructrices, jurant comme un docker d’Édimbourg, la peau luisant tel un cochon de lait laqué au saindoux, le muscle suintant l’alcool frelaté, le vertige est cosmique. Mieux encore, visiblement pas très certain de comment interpréter la puissance divine, Gege se donne un programme simple, basique, que l’on pourrait résumer par l’axiome suivant : “Dieu fort, Dieu crie”.  

Et franchement, voir Holy Gerard beugler comme un veau, ça n’a pas de prix, surtout quand son accent écossais revient faire des siennes. N’oublions pas non plus que notre divin bourrin a les honneurs d’une direction artistique génialement improbable, qui fait de lui un curieux mélange de chevalier du zodiaque et de boule à facettes, renforçant encore la démence de sa performance, qui s'achève littéralement dans un festival de sudation dorée.

 

Photo Gerard ButlerScottish of Egypt

 

GEOSTORM 

Cette fois, Gégé se lâche, et pour cause, il est l’inventeur d’une station orbitale capable de modifier la météo à l’envi. Sauf que ce n’est pas de bol, quelqu’un a bidouillé son travail de super cador de l’espace et des nuages, provoquant une série de cataclysmes numériques d’un grandiose mauvais goût. 

Dans ce pudding sauvage, l’artiste donne tout ce qu’il a sous le pied, et on le remercie de si peu s’économiser pour l’amour de nos zygomatiques. Toujours plus enclin à décapsuler des mâchoires qu’à résoudre des problèmes mathématiques, notre golgoth à la couenne de porc laineux est un effet spécial à lui seul. Qu’il se prenne la tête avec les têtes d’ampoules de Washington, joue à la bagarre avec une station spatiale ou rentre les poils à toutes les lois de la physique en vigueur, on en a pour notre argent. 

Doté de la psychologie d’un pot d’amphétamines, notre héros ferait passer le Bruce Willis d’Armageddon (dont il est le décalque) pour un exégète de Sainte Thérèse d’Avila. Gangréné par des effets spéciaux conçus sous Windows XP, le film n’a plus qu’à laisser à Space Gégé les commandes, et ce dernier s’exécute avec la grâce d’un parpaing dans un accélérateur de particules. 

 

Photo , Gerard Butler"Je vais tous vous faire la tempête"

 

Choix cornélien que d'arrêter cinq explosions en vol, tant el famoso Gégé nous aura offert de rires sincères ces quinze dernières années. N'oublions pas, s'ils ont échappé à cette sélection, combien il fut spectaculaire dans Machine Gun, ou l'histoire d'un gros bras reconverti dans l'évangélisme meurtrier, synonyme aux USA d'engagement humanitaire. De même, l'injustement oublié Ennemis jurés, formidable nanar réalisé par Ralph Fiennes, lui donna l'opportunité de réunir Shakespeare et Call of Duty avec une sobriété digne d'un DJ berlinois en fin de carrière. Autant de propositions exquises, de loupés délicieux, et de perlouzes filmiques inoubliables.

Comme on l’expliquait dans ce dossier consacré à sa carrière et à son aura singulière, Gerard Butler fait partie de ces formidables bourrins que l’amateur de divertissement décomplexé ne peut qu’aimer d’amour. Et marque ultime de sa réussite en la matière, il parvient à réussir même ses ratés. 

 

photo

photoGerard, à jamais dans nos coeurs

commentaires

BourrinEtDemi
09/08/2020 à 12:58

Les chiens aboient. La caravane passe.

Olivier637
08/08/2020 à 15:20

Pas touche à Gégé. Il est tellement à fond dans tous ses films qu’il fait toujours plaisir à voir. A aucun moment on peut le taxer de venir simplement toucher son chèque (coucou Bruce Willis et tant d’autres d’ailleurs) et c’est ce qui le rend précieux.

#team_Gégé

Gaet
08/08/2020 à 10:18

Gerald Butler, ou le plaisir coupable de la série B des années 2000.
Toujours un bonheur de regarder un de ces films, le type tu peux pas ne pas l’aimer il « butlerdise » les méchants à tour de bras avec une telle finesse de brute que t’es obligé de passer un bon moment.

Même quand tu t’attend sans détour à une daube, c’est un des seuls acteurs qui transforme ça en faisant appel à ton cerveau reptilien devant sa bourrinerie bien velue en bon moment!
Hopa Butler!

Yamcha
08/08/2020 à 00:48

On peut le voir aussi s'initier à la castagne médiévale dans 'Prisonniers du temps' de Richard Donner.

Pseudonaze
07/08/2020 à 22:43

Merci à Gérard Butler de perpétuer l'héritage de la Canon, Menahem Golan et Yoram Globus te salue !
Et n'oublions pas que cette saveur c'est Butler !

Baballe
07/08/2020 à 21:33

@dady rich
On sauvera aussi rocknrolla même si c'est un film chorale.

Cklda
07/08/2020 à 19:22

Vous êtes durs avec ennemis jurés. C’est pas donné tous les jours qu’un TPE soit diffusé au cinéma.

Daddy Rich
07/08/2020 à 18:39

Je viens de me refaire la trilogie "La chute de..." et j'avoue avoir pris une sorte de plaisir coupable!
C'est du Chuck Norris des années 2000, mais tout comme INVASION USA ou DELTA FORCE, ça continu de faire bander!
Après, je suis de ceux qui pensent que le mec aurait pu générer une autre carrière... Car si ce n'est 300 et Criminal Squad, le reste n'est franchement pas glorieux!

Simon Riaux - Rédaction
07/08/2020 à 17:07

@Saiyuk

On l'adore Gégé, et on n'a certainement pas envie de le faire passer pour un Seagal du pauvre.

Saiyuk
07/08/2020 à 17:06

Pour ma part j'ai adoré machine gun, de plus criminal Squad et 300 sont très bons.
On a pas affaire à DiCaprio mais de la à vouloir le faire passer pour un Seagal du pauvre...

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