Gerard Butler : un magnifique thermomètre à nanar qu'on aime d'amour

Simon Riaux | 4 novembre 2017
Simon Riaux | 4 novembre 2017

Geostorm vient de sortir et semble déjà compter parmi les plus beaux échecs de son acteur principal, Gerard Butler.

Il faut dire que Gerard Butler s’est progressivement transformé en thermomètre à nanar d’une rare précision, transformant tout ce qu’il touche ou presque en excrétion filmique. Et pourtant, l'acteur demeure un des artistes les remarquables et attachants travaillant actuellement à Hollywood.

Revenons sur une carrière et un performeur hors normes.


 

THIS IS SPARTA

Rares sont les comédiens à avoir accédé à la gloire à la faveur d’une unique réplique et pour ainsi dire, avant même que le film dans lequel elle s’inscrit ne soit visible. C’est pourtant ce qui est arrivé à Gerard Butler en 2006, quand des millions de spectateurs découvrent, ébahis, les premières images de 300 de Zack Snyder.

Bien sûr, on commentera abondamment le rendu de ce film dont la direction artistique, directement issue du comics éponyme, sidère. Evidemment, on s’attardera sur les ambitions épiques du récit, sur la violence glorifiée que le trailer annonce et sur l’électricité belliqueuse qui exsude déjà de la chanson de geste trempée dans la testostérone que compose Zack Snyder. Mais ce qui fascine, le véritable effet spécial du film, c’est la trogne déformée par la fureur de Gerard Butler, devenu icône virile sitôt son « This is Spartaaaaaaaa » projeté dans tous les multiplexes du monde.

 

Photo Gerard Butler

 

Et c’est également lui qu’on retient du film, cœur palpitant d’un récit certes stimulant, mais où le règne du numérique déréalise souvent les exploits chorégraphiques du metteur en scène. C’est sa rage qui confère à l’ensemble sa puissance, sa voix rocailleuse qui empoigne le spectateur à la gorge pour ne plus le lâcher. 

Méconnu du grand public malgré Le Fantôme de l'opéra, Lara Croft : Tomb Raider - Le Berceau de la vieLe Règne du feu ou encore Session 9Gerard Butler a tout pour devenir le héros d’action qui fait cruellement défaut à Hollywood, qui s’apprête à sombrer dans la lessiveuse super-héroïque.

 

Photo Gerard Butler

Le Fantôme de l'opéra

 

Des hordes de fans scandent son nom, certains vénèrent déjà un nouveau héros qui sent bon la gonade contrariée, un deltoïde humain détrempé de scotch, un joyeux bourrin prêt à fondre sur ses ennemis avec la puissance tellurique d’un Schwarzenegger et la franchise prolo d’un Stallone.

Sauf qu’une décennie plus tard, rien ne semble s’être passé comme prévu. Gerard Butler est toujours là, on est encore prêt à lui confier la tête d’une superproduction (GeostormGods of Egypt), mais l’aspirant roi est devenu un improbable thermomètre à nanar, à la carrière génialement embarrassante. C’est qu’à défaut d’être un tacticien hollywoodien de haut vol ou un artiste de génie, il s’est imposé comme un personnage hautement improbable, et un comédien diablement attachant.

 

Photo Gerard Butler

 Gods of Egypt

 

SHOOT FIRST, THINK NEVER

Si on se pâme évidemment pour les Cate Blanchett, Brad Pitt, Emma Stone ou NIANIANIA, il n’est pas indispensable d’être un bon acteur pour survivre  à Hollywood, pas plus que le talent n’est indispensable pour gagner les faveurs du public. Keanu Reeves n’a jamais été fichu de froncer ne serait-ce qu’un sourcil, Emma Watson est en danger dès qu’il lui faut proposer autre chose qu’un sourire et on ne se souvient surtout de Pierce Brosnan comme de l’incarnation d’un prospectus contre les fuites urinaires et la digestion précipitée. Il en va de même pour Gerard, qui a beaucoup de mal à être autre chose que Butler.

En témoigne son accent écossais, qui a la fâcheuse habitude d’apparaître au milieu de ses répliques, comme lors des plus hilarantes séquences de Gods of Egypt où le dieu Set a souvent des airs de fermier des Highlands un peu trop porté l’eau tourbée.

 

Photo Machine Gun

Machine Gun

 

C’est peut-être ce qui explique l’orientation un peu calamiteuse de sa carrière, au cours de laquelle il a enfilé les navetons avec une constance rare. De Machine Gun et son humanisme agrémenté d’ultra-violence à Que justice soit faite et son Géo Trouvetout facho, Gerard se plante presque à tous les coups. Et même quand il se radine du côté de chez Ralph Fiennes, qui se pique d’adapter Shakespeare (une valeur sûre !) dans Ennemis jurés, l’entreprise tourne rapidement à la catastrophe Z, plus proche de la parodie aperçue dans Last Action Hero que de l'adaptation prestigieuse d'un Kenneth Branagh.

 

Ennemis jurés

 

Oh il ne se laisse pas aller Gerard, et ce n’est pas parce qu’il ressemble à votre cousin Harold, celui qui fait volontiers du mortier avec les mâchoires de ceux qui l’énervent tout en vouant une passion coupable à une demi-douzaine de ses moutons, qu’il ne va pas tâter de la comédie romantique. Le  résultat sera, bien entendu, sidérant d’horreur. En témoignent L'Abominable Vérité, où il officie comme il peut aux côtés de Katherine Heigl (autre compteur Geiger à navet), Le Chasseur de primes avec Jennifer Aniston, ou encore Love Coach avec Jessica Biel. P.S. : I Love You a ses fans, mais il y joue un mort.

Des comédiens médiocres à la carrière aussi touffue qu’oubliable, le cinéma en regorge, les dégorge, et les oublie. Pourquoi donc Gerard Butler demeure-t-il un type si indécrottablement populaire ? La réponse est simple, et il faut pour la comprendre en appeler à la jurisprudence Van Damme.

 

 L'Abominable vérité

 

BRAVE SCOTLAND

L’heure est venue d’aborder ce qui constitue peut-être le grand œuvre à Gerard, l’apex fumant de sa filmographie. Il s’agit bien sûr de La Chute de la Maison Blanche, actioner sur-bourrin et méga-vénère, où d’affreux coréens tentent de tuer le président de les Etats-Unis, avant qu’un garde du corps en descente de Budweiser n’accorde vigoureusement le divorce entre leurs têtes et leurs épaules.

On pourra arguer que le film a dû son succès à son premier degré qui renarde bon le fond de slip de Marine à la créatine, ou grâce à l’atmosphère si typiquement eighties qui en émane, mais ce serait une nouvelle fois faire peu de cas de la formidable prestation de Butler.

 

 

Comme d’habitude, il a bien du mal à exprimer d’autres émotions que « taper » et « taper fort », mais ce qui est prodigieux avec Gerard, c’est son investissement. Il n’y a littéralement pas une image du film où le spectateur n’a pas le sentiment que l’artiste est sur le point de déchirer l’écran, débarquer dans la salle et lui en coller une, avant de cracher dans son coca light.

Butler, aussi incapable de finesse soit-il, sait instinctivement se transformer en une boule de nerfs en sur-régime, toujours sur le point d’entrer en fusion. L’effet est assuré. Tantôt ridicule, toujours excessive, cette tension explosive donne à la fois le sentiment réjouissant que l’acteur donne tout, tout le temps, précipitant ses tripes au pied du public, tout en créant un léger décalage ; comme si nous regardions un grand gamin nous faire un clin d’œil à la manière de ces mômes qui jouent aux flics, aux voleurs, aux pirates.

 

Photo Gerard Butler

La Chute de Londres

 

Gerard Butler joue au bourrin en colère, jongle avec les bourre-pif, nous promet au détour de chaque réplique un uppercut furibard. C’est too much, c’est absurde, mais qu’est-ce que c’est bon. A tel point qu’il n’est pas rare de se demander devant telle réunion de super-héros en spandex, combien de temps le Gerard mettrait pour nous transformer tous ces types en purée.

Il suffit de jeter un œil à l’improbable Love Coach, où il fait tout son possible pour s’insérer dans le schéma de la comédie romantique saupoudrée de drama familial qui colle au paquet, pour saisir combien l’artiste est en dehors de son élément. Il semble se dissoudre dans un univers aux antipodes du sien, dans lequel il ne peut décemment raboter les membres inférieurs d’aucun personnage secondaire. Gerard est là pour jouer à poncer du terrorise, astiquer du délinquant, atomiser de l’hostile, et engloutir une petite salade de métacarpes en rotant son pâté aux stéroïdes.

Incroyable bonhomme à la singulière carrière, qui devient progressivement bien plus divertissant que les films qu’il traverse, Gerard Butler a des airs d’anachronisme bienvenu, comme si malgré les modes, les conventions et les mutations de l’industrie du divertissement, il n’était rien qui soit vraiment capable de résister à un Écossais et à ses poings.  

 

Photo Gerard Butler

commentaires

Gregdevil666
06/11/2017 à 22:43

Sympa comme article.

Butler = Seagal

Colonel Stuart
06/11/2017 à 19:58

Le Chuck Norris des années 2000!

Jula40
06/11/2017 à 19:03

Ah white house down... Je me souviens qu'un soir en cherchant un film a streamer, on était tombé dessus ce disant "tiens un film avec Butler, ça doit être sympa !". Et bien voilà le bon gros nanard de bourrin que vois t'y là !! Bon mea culpa, l'affiche aurait dû nous mettre la puce à l'oreille mais bon... Je savoure d'avance le moment ou je vais matter geostorm tiens !!

Rorov94
05/11/2017 à 20:03

Par contre @riaux, à ses yeux vous n'êtes qu'une fiente de pigeon sur son glaive...sachez-le!

Rorov94
05/11/2017 à 20:01

Tout simplement UN GRAND.

Mordhogor
05/11/2017 à 11:31

Tu as raison Drewp. Et puis bon, l'article dit que finalement, on l'aime bien.

Drewp
05/11/2017 à 00:12

Non mais Rocknrolla c'était y'a quasi 10 ans. Depuis, y'a eu genre 15 films, et probablement 90% de films vraiment pas bons (mais qui peuvent être amusants, selon les goûts de chacun, entre action et rom-com), et éventuellement des trucs qui peuvent plaire à pas mal de monde sans être réellement considérés comme réussis. Donc bon, sortir 2 titres parmi 20 films pour dire que non, l'angle de l'article est pas valide... Article qui encadre la sortie de Geostorm...

Faut arrêter avec les procès type "vous avez pas dû voir tous ses films". C'est du même niveau que "on n'a pas dû voir le même film puisque je l'ai aimé, et vous nous : c'est donc la seule explication". On parle d'avis, c'est comme une critique de film. J'imagine bien que certains aiment sincèrement Gods of Egypt ou Machine Gun, mais bon...

Mordhogor
04/11/2017 à 19:57

Yes, je fais comme gabaal et cooper, vous ne semblez pas avoir vu tous ses films... Il reste par contre un acteur fort attachant, bien plus que ne le sera jamais un Seagal ou un Norris. Il a quelque chose de plus proche de nous. Et ce n'est pas donné à tout acteur d'incarner un rôle aussi marquant, j'oserai même dire deux : Léonidas et Mike Banning (il m'éclate lui, il massacre par dizaines de méchants terroristes et ça soulage énormément, sans compter qu'il y a toujours des traîtres américains dedans pour compenser). Mais par pitié, relisez vous. Votre article est bourré de fautes, de coquilles, et certaines phrases sont pénibles à lire, bien plus que le pire des nanars de Mr Butler.
Sinon, même dans le fauché Beowulf, la légende viking, il parvenait à rendre le film plutôt attractif (dans mon souvenir, car ça commence à dater le dernier visionnage).

cooper
04/11/2017 à 18:11

rock'n rolla est un très un bon film et Butler est très bon dedans aussi.

Reallu
04/11/2017 à 17:30

Acteur a navet maintenant , meme gratuit ses films cest du perte de temps .a part 300 et que justice soit faite il a aucun bon films

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