Bad Boys 2 : le film ultime de l'immaturité pour Michael Bay

Simon Riaux | 8 janvier 2021 - MAJ : 08/01/2021 16:35
Simon Riaux | 8 janvier 2021 - MAJ : 08/01/2021 16:35

Regardé de haut par la critique, quand il n’est pas simplement ignoré, Michael Bay reste un des réalisateurs d’action les plus appréciés du grand public. Alors que Bad Boys for Life a cartonné, on s’est dit qu’il était temps de revenir sur une de ses créations les plus connues, reconnues, et pourtant inclassables.

Il s’agit bien sûr de Bad Boys II, le film de l’immaturité de Michael Bay.

 

photo, Will Smith"Si tu clignes des yeux devant le film, c'en est fini de toi Martoni !"

 

CHUTE LIBRE

Il en a gros Michael. Pearl Harbor devait amener à l’artiste la respectabilité et la gloire qu’il cherche depuis longtemps. Avec ce super-budget produit par Disney, il se frottait à la fresque historique, aux nobles sentiments, date de sortie charnière pour le box-office, à un grand spectacle patriote, à des salles potentiellement remplies de petits zaméricains zémus zaux larmes, et donc à une brouette d’Oscars.

Son destin était là, entre ses mains. Mais rien ne s’est passé comme prévu. Dézingué par la critique, lui reprochant de violer l’Histoire avec un canon de 12, de tartiner inlassablement une romance aussi sexy qu’une compétition de patinage artistique, et de ne rien comprendre à son propre film (en cause notamment, le plan ultra-gourmand tombant du ciel pour tuer des centaines d’Américains que le récit pleure en parallèle).

Tout cela eut été tolérable si le film avait trouvé son chemin jusque dans le cœur du public. Mais ce dernier va copieusement s’ennuyer, et finalement ne pas retrouver le panache hystérique du réalisateur de Rock ou Armageddon. La promo monstrueuse mise en place par Disney portera néanmoins ses fruits. Avec ses 449 millions de dollars amassés dans le monde, Pearl Harbor est dans le vert, mais la tornade attendue, fantasmée, n’est pas là.

 

photoWar Pudding

 

Le film remportera l’Oscar du meilleur montage sonore, comme pour bien faire comprendre à Michael Bay qu’il n’était certainement pas en mesure de se frotter à la crème des metteurs en scène de l’époque. À côté, la presse fait ses gorges chaudes des relations manifestement orageuses, sinon teintées de sexisme, qui règnent sur le plateau, entre le réalisateur et la comédienne Kate Beckinsale.

Michael Bay est exténué, humilié, et il va leur montrer, à tous ces pingouins en costard, de quel bois enduit de nitroglycérine il se chauffe. L'artiste a besoin d'un retour aux sources, un retour en grâce, un terrain connu d'où il pourra faire parler la mitraille. Bad Boys fut son premier long-métrage, dont il alla jusqu'à payer lui-même les explosifs qu'il jugeait indispensables à son climax, contre l'avis du studio. Voilà le terrain de feu sur lequel l'expérience, la hargne et le sens du n'importe quoi accumulés pendant toutes ces années vont pouvoir croître et se multiplier.

 

Bad Boys 3"Tu veux connaître ton prénom ? Envoie prénom au 82121 !"

 

LE MAUVAIS GOÛT SAUVERA LE GENRE HUMAIN

Avant même la place de l’action dans Bad Boys II, il faut causer un peu du statut de l’humour, ou plutôt du mauvais goût, brandi par le métrage comme un étendard. On a longtemps perçu Michael Bay comme le roi de performances néo-beaufs, ces films s’assumant comme des mélanges de panneaux publicitaires et de publicités pour lingerie rôtie à la bière. La chosification des femmes y était un pré-requis, la caricature des différentes cultures et ethnies composant la nation américaine était un ressort comique fondamental et la critique bourrine des élites était un mets de choix.

Mais, peut-être parce que Pearl Harbor a fait voler en éclat ce qui poussait encore le réalisateur à se tenir un peu, maquiller son amour du désordre en bourrinage simpliste, toutes les digues sautent dans Bad Boys II. Avec une évidence qu’on n’attendait pas, Michael Bay développe un goût, pas seulement pour une brutalité teintée de pipi-caca, mais un élan pour l’anarchie, et l’absurdité, qui dynamite chaque séquence.

 

photo, Will Smith, Martin LawrenceBon OK, Michael, on a tous compris que tu avais super envie de réaliser un gros boulard

 

Comment pourrait-il en être autrement dans un film qui s’ouvre par l’infiltration, puis le massacre, d’un groupuscule du Klu Klux Klan, par deux noirs américains, dézinguant du consanguin à coups de plombs puis de vannes dirigées vers le fondement de leurs adversaires. Bien sûr, la veine sexiste, voire misogyne de Michael Bay n’a pas disparu, mais elle semble désormais utilisée pour souligner le non-sens général, la bêtise d’un monde, qui ressemble de plus en plus à un canard sans tête courant au milieu d’une plage naturiste transformée en champ de mines.

Et quand Martin Lawrence pelote complaisamment un cadavre aux seins proéminents, interrompt une scène clef pour observer deux rats forniquant, ou que nos héros se livrent à une poursuite effrénée, l’idée n’est pas seulement de pirater le logiciel hollywoodien du grand spectacle, mais bien de mettre ses grosses patounes dans le cerveau du spectateur, et de tout casser là-dedans.

Bad Boys II n’a de respect pour rien, et certainement pas pour lui-même. Dans le cadre d’un blockbuster de studio, au budget massif, et à la durée plus que musclée, cette orientation fait figure de choix quasi-expérimental. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le film, comme No Pain No Gain qui lui vaudra enfin la reconnaissance, a pour écrin la ville de Miami. Temple de la vulgarité américaine portée jusqu'à son point de fusion, la ville est probablement la seule à pouvoir symboliser le désir cathartique, capitalisto-anarcho-destructeur de Bay, sans jamais être broyé par ce dernier, mais nourrie, à la manière d'une Babylone de pellicule, réclamant toujours plus d'outrages.

 

photoUne course-poursuite avec des voitures, des cadavres et un bateau

 

SHOW MUST GO ON COCAÏNE

Oui, l’action est continue, intense, massive. Mais ce ne sont pas vraiment ces qualificatifs qui permettent d’en saisir l’ampleur. Michael Bay a cassé au moins autant de décors dans Armageddon, et son Rock ne s’en laissait pas conter niveau fusillade. Quant à l’industrie hollywoodienne, elle s’évertue à sans cesse repousser ses limites, et ce n’est donc pas tant par la quantité ou la nature de ce qui est détruit à l’écran que le métrage marque la rétine.

On pointe souvent du doigt le montage peu rigoureux, voire illisible, des films de Michael Bay, leur éradication des enjeux, de l’espace. Mais ce qui pouvait très légitimement apparaître comme un énorme défaut prend ici une ampleur qui donne du sens au dispositif. On a parfois défini le cinéaste comme un artiste de l’horizontalité, à l’opposé d’une verticalité, d’une hiérarchie, qui permettrait une compréhension idéale de l’information, une gradation dramatique, bref d’établir une dramaturgie prenante pour le spectateur.

 

photo, Will SmithWill Smith, pour l'éternité

 

Bay vise le résultat contraire : générer un flux continu, qui ramène tous ses ingrédients à un même point, où se rencontreraient la folie pure, le trop-plein et le néant. Lorsque Will Smith flingue, que la caméra réalise une boucle acrobatique à 360° au milieu d’un gunfight destructeur, ou que plusieurs véhicules pulvérisent une favela sans que l'on comprenne jamais comment ils évoluent et quel est leur but exact, Michael Bay nous fabrique en direct une nouvelle case neuronale, une sorte de coffre à jouets mental où tout s’entasse avec frénésie.

Blague à base d’ecstasy, sauvetage d’otage, carnage chez les narcos et troussage de sœur, rien n’a de valeur au-delà du plaisir instantané de la technicité de l’image, de sa fulgurance ou de son outrance, tout s’entremêle, dans un geste presque nihiliste. Comme si Michael Bay dans un geste de remise en cause d’une brutalité hallucinante, préférait soudain rejouer à l’infini la jubilation de Vil Coyote abaissant le levier du détonateur qui le précipitera hors du cadre, plutôt que d’attraper ce fichu Bip-bip.

Pour toutes ces raisons, Bad Boys II constitue aujourd’hui encore le sommet du cinéma de Michael Bay, qu’il tenta de dupliquer (avec malice, mais infiniment moins de réussite) dans 6 Underground.

 

Tout savoir sur Bad Boys II

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Vous aimerez aussi

commentaires

Matrix r
12/01/2021 à 11:41

Pourquoi toujours résumer bay à un Real de 2nde zone? Bad boys reste un grand Buddy mobile d'action. Un indeboulonnable classique de l'action filmée a 100km/h la seconde. Dezinguez_le, il restera mieux apprécié du public que tous les Real portant le prénom Michael.

Plissken
20/01/2020 à 19:23

Faut payer ? "Mais la presse communiste reçoit déjà suffisament de subventions N'EST-CE PAS ?! *tousse* ! C'est une honte, on se croirait chez les bolcheviques !"

Neoelu
19/01/2020 à 10:43

@ Mera

Je trouve que les producteurs sont vraiment laches pour ne pas tenter ce genre de crossover, plutot que d'insister avec leur halloween 15 !

Neoelu
19/01/2020 à 10:40

@ Simon Riaux

Quel est le rapport avec les situations legales ?

Il suffit de trouver un accord ? Non ?

Neoelu
19/01/2020 à 10:38

@ Mera

Un crossover entre halloween et hellraiser serait completement stupide, en revanche un JvM serait badass.

J'aimerais egalement un versus entre freddy et chucky

Elvis
19/01/2020 à 09:37

Bad boys 2 , c est LE Film d action pur et dur .
Il y a tout dans ce film, et en plus l histoire tient la route .
17 ans après il reste encore frais dans nos mémoires et tient encore bien la route .
Regardez un endgame dans 17 ans , on verra .....

Mera
19/01/2020 à 09:35

Jason/Michael, Vendredi 13 + Halloween en gros ?
Pour l'instant, improbable. Vendredi 13 est chez Paramount et Halloween chez Universal/Blum. Dans les années 2000, je me souviens d'un projet délirant entre Halloween et Hellraiser, Helloween lol

Simon Riaux - Rédaction
18/01/2020 à 23:38

@neolelu

Je ne connais pas la situation légale de ces deux franchises et les dispositions de leurs ayants droits et suis donc incapable de vous répondre.

Neoelu
18/01/2020 à 22:58

@ Simon Riaux

vous n'avez pas repondu a ma question sur un hypothetique crossover entre jason et michael... Es-ce que cela est possible

Simon Riaux - Rédaction
18/01/2020 à 22:10

@Neoelu

Rien de haineux ici à l'encontre de Michael Bay.

Il n'est écrit nulle part que les Transformers seraient nuls.

Mais Pearl Harbor, c'est affligeant.

Plus

votre commentaire