The Walking Dead et autres zombies : le pire des clichés qu'on ne veut plus voir

Christophe Foltzer | 28 décembre 2020
Christophe Foltzer | 28 décembre 2020

Le zombie ne meurt pas. Pour le meilleur et pour le pire, d'ailleurs.

Depuis le début des années 2000 et le succès de 28 jours plus tard, la figure du zombie est de nouveau populaire - "C'est des infectés, pas des zombies !" (lecteur anonyme énervé, décembre 2020).

Depuis la sortie de L'Armée des morts de Zack Snyder, le bon vieux zomblard est de nouveau populaire - "Attendez, ils courent dans le film, ce ne sont pas les zombies classiques" (lecteur anonymé énervé 2, décembre 2020).

Bref, le genre a fait un retour en force et n'a plus quitté nos écrans depuis. Grâce (ou à cause, à The Walking Dead qui depuis trop longtemps, nous régale en intestins avariés et situations ridicules.

Mais le film de zombies est un genre codifié et, de ce fait, il respecte un certain nombre de règles qui, lorsqu'elles se figent, deviennent rapidement de gros clichés. Retour à Zombieland et Little Monsters l'ont encore rappelé. Reste l'espoir qu'un jour, on puisse en sortir pour retrouver un peu d'originalité. Voici donc une liste non exhaustive qu'on vous invite évidemment à compléter dans les commentaires.

 

Photo Jesse EisenbergLa fête de la saucisse, c'est maintenant

 

ÊTRE OU NE PAS ÊTRE ZOMBIE

Histoire de bien commencer les choses, pervertissons quelque peu l'exercice dès le départ et revenons à la définition classique du zombie : un corps humain décédé qui revient à la vie, sans conscience, dans le seul but de bouffer ses anciens camarades et dont la morsure est contaminante. Simple, basique.

Pourtant, dans sa tentative de se renouveler, le genre a rapidement brouillé les pistes en cherchant à tout prix la nouveauté et en modifiant quelque peu la créature. Jusqu'à son appellation d'ailleurs. Ainsi, dans 28 jours plus tard, ce ne sont pas à proprement parler des zombies, mais des infectés par le virus de la rage (même si, dans les faits, ils se comportent de la même manière). Dans The Walking Dead, on ne les appelle pas non plus "zombies", mais "walkers". Comme si personne n'avait jamais entendu parler du concept du zombie.

 

photoSympas ces Walkers, au final

 

Ça a l'air futile dit comme ça, mais ces appellations différentes montrent bien la volonté de chacun de se démarquer de la concurrence, d'avoir sa propre créature, qui au final ne déroge pas vraiment de l'entité initiale. Une recherche d'originalité constante qui, en niant la nature première de son monstre, en devient un véritable cliché. On ne sait pas pour vous, mais pour nous, un zombie reste un zombie, pas besoin de se la péter intello et de lui chercher un sobriquet un peu évolué. On ne sera pas fâchés s’il s'appelle partout pareil. Au moins, comme ça, il assumera son identité. Et c'est important d'assumer son identité et sa différence, surtout en ce moment.

 

danny boyle"Ne m'appelle pas Zombie OK ? Je suis un infecté d'abord."

  

LE MAILLON FAIBLE

L'apocalypse zombie, c'est comme une session de Team Building qui aurait mal tourné. Et, généralement, c'est toujours de la faute d'un gars un peu triste qui refuse de jouer le jeu et qui n'a pas l'esprit d'équipe. C'est d'autant plus embêtant lorsqu'il cache à tout le monde un petit détail, genre qu'il s'est fait mordre par un zombie.

 

Photo Michelle Rodriguez Y a toujours un gros boulet dans l'équipe

 

Parce que, on le sait, une morsure = la transformation directe. Alors, le cacher à ses potes, ce n’est pas super sympa, ça met tout le monde en danger et surtout, c'est se la jouer sacrément perso et en plus ça installe une sale ambiance. On ne compte plus les films qui utilisent ce ressort en nous faisant croire qu'il s'agit d'un bon gros suspense des familles, alors que l'on sait très bien à l'avance ce qu'il va se passer, qu'il y en aura forcément un qui va se faire choper et qui ne va rien dire.

Alors, quand en plus c'est une femme enceinte comme dans L'Armée des morts, c'est proprement scandaleux. Ce n'est pas parce qu'elle a un polichinelle dans le tiroir qu'elle doit tout de suite ne penser qu'à elle. Elles sont énervantes, ces femmes enceintes aussi...

 

Armée des mortsMais eux, ce sont des champions

 

VISER LA TÊTE

Pour buter un zomblard, faut lui bousiller la cervelle. C'est la règle, c'est comme ça depuis 60 ans alors on ne comprend pas trop pourquoi les personnages de ces films ne sont pas au courant. À croire qu'ils n'ont jamais vu un film de zombies de leur vie et qu'ils n'ont jamais eu Internet.

Il n'empêche que là, on touche à l'un des clichés les plus gênants aujourd'hui. Quand même ton petit frère de 3 ans sait qu'un head-shot règle le problème et que les scénaristes s'entêtent à nous infliger des séquences où les gars tirent partout alors que l'évidence est devant eux, c'est rageant.

 

ZombieRadical

 

D'autant que personne n'y croit plus aujourd'hui, tant c'est entré dans les codes de la culture populaire. Un tir dans la tête (ou en combo : tir dans le genou puis tir dans la tête), c'est la base et tout le monde devrait le savoir.

Sauf, bien sûr, dans les cas où ça ne fonctionne pas comme dans Le retour des morts vivants, Re-Animator ou encore tous les films italiens. Mais là, on est vraiment mal barrés. Et en plus, ils ne sont pas sports ces zombies, ils ne font rien que tricher aussi. Ce n’est pas joli-joli.

 

Retour des morts vivantsLa plaie

  

LES MILITAIRES SONT DES CONNARDS

Généralement, dans les situations de crise, on se dit qu'on peut se reposer sur l'armée pour remettre un peu d'ordre dans tout ce bordel. Sauf dans les films de zombies, évidemment, où là, ils passent en mode turbo-connards à la vitesse de l'éclair. On s'étonne d'ailleurs que les recrutements ne soient pas plus pointilleux.

Alors oui, on sait que du coup ça permet de faire une critique sur l'autoritarisme et le fascisme, comme dans Le Jour des morts-vivants ou encore 28 jours plus tard, mais quand même, les militaires méritent un meilleur traitement. Évidemment, les faire passer pour des crétins ou des victimes, c'est aussi montrer l'inéluctabilité et la surpuissance de l'invasion zombie, l'avancée inexorable du chaos, qui détruit notre civilisation et ses remparts les plus sûrs, mais quand même !

 

Jour des morts vivantsEngagez-vous qu'ils disaient

 

Un militaire pas trop débile, pas trop taré, qui n'a pas envie de prendre le pouvoir ou de laisser libre-court à ses pulsions les plus inavouables, ce serait sympa de temps à autre. Comme dans 28 semaines plus tard par exemple, mais sans la fin en méchoui par contre. Parce que bon, un militaire reste un militaire, certes, mais ce n'en est pas moins un être humain comme vous et moi.

Ah et si en plus, il pouvait savoir viser correctement, ce serait un plus non négligeable.

 

photo, Rose Byrne, Jeremy RennerMais y en a des biens

 

LES SCIENTIFIQUES SONT DES FOUS

Corollaire de la catégorie précédente, il ne fait pas bon être un scientifique dans un film de zombies. Déjà parce que vous avez une chance sur deux pour que tout soit de votre faute à l'origine et, franchement, ce n’est pas de bol.

Le scientifique, c'est un peu la cible facile, le bouc émissaire, le bon con qui n'a rien demandé à personne. Qu'y a-t-il de mal en effet à vouloir faire évoluer l'espèce humaine ? À découvrir de nouvelles choses, de nouveaux remèdes, de nouveaux vaccins ? On ne va pas quand même rester à l'âge de pierre uniquement pour vous faire plaisir hein, déjà que les alter-bobos nous cassent les noix avec leur refus de se faire vacciner...

 

Jour des morts-vivantsBon, c'est foutu pour le Prix Nobel, là

 

Le problème, c'est que le scientifique est un cliché qui a la vie dure et qui remplit parfois une double fonction. Origine de l'épidémie (parce que, la plupart du temps, il a vendu sa mère au grand capital), il est aussi celui qui, généralement, dépasse les limites de l'éthique une fois l'apocalypse déclenchée, en faisant plein d'expériences cheloues sur les humains comme sur les zombies. Et donc, il n'arrange que rarement les choses.

Et franchement, c'est dégueulasse de juger les gens uniquement sur leurs actions. Peut-être qu'il voulait encore plus nous aider, peut-être qu'il s'en veut et qu'il veut réparer sa bêtise ? Et vous, vous le jugez. Vous êtes vraiment des monstres.

 

Photo Glenn ClosePlus qu'un métier, une vocation : The Last Girl

 

ZOMBUS METAPHORICUS

Le problème avec les films de zombies, c'est que, la plupart du temps, ils pètent plus haut que leur derche. Nous, on veut voir de la barbaque en containers entiers et eux, ils veulent nous parler des injustices du monde. Oh ça va, hein ! Si on veut s'instruire, on regarde Hanouna !

 

Photo ZombieÀ mort le clientélisme

 

C'est une constante depuis que George A. Romero a parlé de racisme sans le faire exprès dans La Nuit des morts vivants, la figure du zombie est avant tout une métaphore politique et sociale de la condition humaine. Et là, on en bouffe à toutes les sauces : critique du consumérisme dans Zombie, du libéralisme et de George W. Bush dans Land of the dead - Le Territoire des morts, de notre apathie dans Shaun of the Dead, du manque d'amour dans Warm Bodies, voire carrément du viol dans Day of the Dead : Bloodline et de la tournante dans La Horde, on a l'impression que le zombie ne peut pas mastiquer gratuitement. Jamais.

Heureusement que les ritals sont là pour dire n'importe quoi avec L'Enfer des zombiesZombi 3 et à peu près toutes leurs zèderies dans le genre parce que bon, on n'est pas là non plus pour faire de la philo.

 

Photo Teresa Palmer, Nicholas HoultC bô

 

LE SACRIFICE AU GRAND COEUR

Là, c'est un peu le menu best of des clichés : il y a toujours un moment où le connard de service réalise qu'en fait, il aime bien ses compagnons et qu'il devrait sacrifier sa vie pour que les autres s'en sortent. Pardon ? Plait-il ? Où vous avez vu que ça marche comme ça la vie ?

C'est une constante dans l'approche judéo-chrétienne du genre, que le personnage le plus antipathique ait droit à sa petite rédemption, comme ça, il aura droit à son bout de Paradis lui aussi. Et avec le sourire. Et franchement, on n'en peut plus de ça, de ces gens qui se découvrent une conscience dans les ultimes secondes de leur existence.

 

Armée des mortsJe t'aime, moi non plus

 

Une apocalypse zombie, c'est le moment où toutes nos règles volent en éclats, où il n'y a plus aucune loi, où chacun ne pense qu'à soi et où on peut tout se permettre. Alors, pourquoi nous gonfler avec de bons sentiments ? On n'est pas à Disneyland non plus quoi ! Si monsieur (ou madame, y a pas de discrimination) a envie de la jouer perso et de dire un gros merde au reste de l'Humanité, ben ça le regarde, il a le droit. Faut pas s'étonner que tout parte en vrille actuellement.

Et puis vous allez voir qu'avec toutes ces conneries, Negan va finir par devenir gentil. Comment ça, c'est déjà le cas ?

Retrouvez notre dossier sur l'évolution du zombie récente, par ici.

 

Tout savoir sur Retour à Zombieland

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commentaires

Lin
29/12/2020 à 23:05

Faut pas oublier un bon film de zombies: world war Z et la série "Z" qui est pas mal, on attend la suite sur Netflix, et sinon la série santa clarita diet avec la zombie rigolote et gentille, nouveau concept!

[)@r|{
29/12/2020 à 20:18

Dans la catégorie ovni-zombiesque...
"Braindead", "Virus cannibale", "l'Emprise des ténèbres", "Dellamorte dellamore", "Demoni uno e due".
Gli Italiani non fanno solo pasta.

Ciao a tutti !

Avæ
29/12/2020 à 16:13

Cet article ma fait rire mais il ne faut pas tout mélanger non plus il y a certains films de zombie qui commencent gravement à me gaver parce que quand on tappe zombie on tombe sur des comédies (on dirait qu'il n'y a que ça) maintenant la boucle doit boucler sortez nous des vrais zombies pas des Verts avec un maquillage flingué on a compris que c'etais pour en rire au début mais on est fatigués ????.
Et le plus interréssant dans ces catégories c'est les être humains, peut importe infectés ou zombie la vrai question c'est les vivants, comment vont-ils survivre en cas de crise!!!
Ça me manque trop.

Guilaine
29/12/2020 à 12:13

A quand la 11e saison de thé walking dead ?

Fabulous
29/12/2020 à 11:00

Moi j'attends avec impatience l'adaptation en série de the last of us même si je fais parti des gens que la série risque de décevoir tant j'ai adoré le jeu vidéo.
Le point fort des zombies dans ce scénario est leur évolution au fil des années après la morsure, l'autres point intéressant sont les spores qu'ils ne faut pas respirer

Moi
28/12/2020 à 20:08

Vous oubliez le zombie qu'on sait qu'il va peut être nous bouffer mais qu'on ne veut pas tuer, on sait jamais : Zombie de Roméro, The Wakling Dead S02, Maggie, 28 Jours plus tard.

Et ne pas oublier le Zombie Bobo-gaucho-intello-Parisien-Vegan : La nuit à dévorer les morts

Nico
28/12/2020 à 19:52

Il est vrai que tout ça donne l impression d avoir fait le tour du sujet, du moins pour le moment. J attends le film de Snyder avec impatience ! Sinon excellent article à l humour plus que salutaire en ces temps difficiles

Carlito B.
28/12/2020 à 19:33

Article très sympa et bien écrit. Merci la rédac !

Et j'ai beau être un vieux, les zombies tout lent, ça m'a toujours fait ch..;er; Vive Danny Boyle et Zack Snyder pour avoir renouvelé tout cela (je sais, le Danny, c'est un film d'infectés...)

Andarioch1
28/12/2020 à 19:09

Moi ce qui m'agace, ce sont les râles des zombies, juste avant d'attaquer.
Un zombie c'est mort donc ça ne respire pas donc ça ne fait pas rrrrhhhrh avant de boulotter quelqu'un. D'ailleurs le tueur silencieux en autrement plus terrifiant, non?

TofVW
28/12/2020 à 18:21

Dans The Walking Dead, on dit "rôdeurs" en français, pas "walkers", merci.

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