Rambo III : on tape au fond parce que c'est pas ta guerre, avant la sortie de Last Blood

Simon Riaux | 14 octobre 2019
Simon Riaux | 14 octobre 2019

Sylvester Stallone est de retour à l’occasion de Rambo : Last Blood depuis le 25 septembre 2019. Le vétéran du Viêtnam va une nouvelle fois y massacrer plein de méchants, armé de son arc et de son gros couteau.

Devenue une des franchises emblématiques de la carrière de son interprète, la saga s’est transformée et a muté à travers les âges, au gré des changements de mode, des bouleversements politiques et de la carrière de Sly. Alors que le cinquième chapitre de cette fresque qui fleure bon la viande approche à grands pas, on revient sur les épisodes précédents.

On a attaqué les hostilités avec Rambo, avant de repartir au front avec Rambo II : La Mission. On ne lâche rien, et on déterre le légendaire Rambo III.

 

photoLe Tripaille Lama

 

POURQUOI C’EST ENCORE SA GROSSE GUERRE

Le colonel Trautman débarque en Thaïlande, et comme tout mâle blanc soixantenaire en goguette, le soldat est là pour apprécier une des spécialités locales qui attirent les Occidentaux par milliers. Le cœur battant la chamade, les lèvres palpitant d’une nervosité bien compréhensible, c’est le front perlant de sueur qu’il laisse libre cours à ce vieux fantasme réprimé par nos sociétés bien-pensantes : visiter un temple bouddhiste.

Il y retrouve le plus zen des tueurs de masse, cet assassin professionnel qui abrite en son sein un ourson de miel et d’innocence, ce bon vieux Rambo. John tient ici l’occasion de mener à bien ses deux passions : construire des temples badass (vous n’espériez quand même pas qu’il sache épeler "bouddhiste" hein ?), et taper des gens avec des bâtons, très fort. Du coup, quand son colonel préféré lui propose d’aller à ses côtés aider les rebelles afghans à triompher de la vilaine armée russe qui ne fait rien que les envahir, Johnny-Johnny refuse de l’aider, parce qu’il se fend la poire (et celle de son prochain) pépouze en Thaîlande.

 

photo, Sylvester StallonePetite leçon d'infiltration

 

Sauf que le Colonel n’est pas un homme de terrain, tant et si bien qu’il se fait capturer par de vilains Russes, qui prennent assez mal que l’Oncle Sam fournisse des missiles Stinger à ceux que l’URSS veut soumettre. Du coup, il le torture, mais ça ne l’empêche pas trop de faire des blagues à base de rectum. Il n’en fallait pas plus pour que notre héros, dit le Sanibroyeur de l’Est-Asiatique, s’envole pour l’Afghanistan histoire de vitrifier la région.

Les Russes étant très méchants, mais pas très malins, Rambo y va tranquilou-bilou, recrute au passage un clone pourri du commandant Massoud, forme les futurs talibans à la guérilla, apprend à un enfant super choupi comment tuer des adultes à coups de mortier, fait du baseball avec une chèvre morte, libère le Colonel et tue tout le contingent russe posté en Afghanistan. Heureux, repu, il peut enfin défaire son bandeau pour prendre un peu soin de cette jolie tignasse qu’il a scalpée sur le plateau de tournage d’Une nounou d'enfer.

 

photo

photoOn sait tous d'où viennent tes tifs, John.

 

BOX-OFFIST

Avec son budget hors promo de 58 millions de dollars, Rambo III est l’année de sa sortie le film le plus cher de l’histoire du cinéma américain (si on oublie l’inflation, Intolérance demeurant et de loin le délire le plus coûteux du 7e Art). Soit un budget, ramené aux variables actuelles, qui avoisinerait les 125 millions de dollars. L’investissement est colossal, mais n’oublions pas que Rambo II : La Mission fut un succès non moins colossal. Malheureusement, ce 3e épisode sera loin de réitérer son exploit.

Aux États-Unis, le film se fait laminer par Crocodile Dundee II, et en France, où il attire deux fois moins de spectateurs que le chapitre précédent, le blockbuster fait pâle figure face à L'Ours de Jean-Jacques Annaud. Le film n’est à l’évidence pas un bide, quantité de spectateurs demeurent marqués par la jubilation guerrière de Rambo II, mais tout indique que le métrage a bien du mal à séduire au-delà de ses fans et des amateurs de très gros spectacle. La dynamique n’est plus en sa faveur, son heure est passée.

 

photo"En plein dans le mille !"

 

Avec 189 millions de dollars amassés au box-office (soit quelque chose comme 410 millions aujourd’hui), ce troisième chapitre enregistre une baisse de rémunération de 26%, en dépit d’un investissement de départ très supérieur. Pas de quoi en faire un flop, mais ce revers est assez sévère pour mettre la franchise dans le coma pendant 20 ans.

 

TAPE AU FOND, JE SUIS PAS TA GUERRE

Œuvre cousine de Rocky IVRambo III partage avec cet autre totem de la carrière de Sylvester Stallone un versant à la fois mégalomane et candide, qui l’amène à réécrire non pas l’histoire, mais son présent. C’est ce qui en fait encore aujourd’hui un objet de curiosité et d’amusement, bien au-delà de sa nature de super nanar de luxe enduit de graisse de phoque de combat.

 

photo"Bon, ça a l'air quand même super compliqué à utiliser votre machin, là."

 

Tout d'abord, ce troisième chapitre restera un ambassadeur de la politique de production de la fin des années 80, dont la logique tient dans l'expression "Bigger and louder" (plus gros, plus fort). Sur l'affiche du film, L'armée russe paraît contenue entièrement dans un seul pectoral du Maître de Guerre, dont les proportions sont désormais celles d'un petit hippopotame slovène, son couteau ressemble à un glaive, il court plus vite que les balles et peut désormais cautériser des plaies ouvertes avec de la poudre à canon. Pas de doute, que des humains aient pu créer une bestiasse pareille accrédite la légende (peu connue il est vrai) selon laquelle les aspirateurs Dyson seraient conçus à partir des narines de scénaristes hollywoodiens.

L’URSS est à quelques mois de son effondrement et son délitement s’accélère. Qu’importe, le film fera du tigre de papier un empire du mal toujours plus puissant et menaçant. C’est avec un cynisme parfaitement irresponsable que la CIA arme les moudjahidines, dont une partie deviendra les talibans. À l’écran, ils sont assimilés au commandant Massoud, traité avec une condescendance rarement égalée. La saga est née de la conscience de l’horreur de la guerre et de ses conséquences, elle manque de se conclure avec ce chapitre qui regarde avec emphase un enfant apprendre le combat sous l’œil ému (enfin, mouillé) de Rambo.

 

photo"Ah bah non ça va en fait"

 

Rambo III est un sommet de cinéma ultra-patriotique, désireux d’apporter la lumière à un monde dont il ignore tout, voire qu’il méprise allègrement. On pourra s’agacer de tant de bêtise, de tant de crétinerie belligérante, mais il n’est pas interdit d’en rire, tant le métrage accumule les pires tares de son époque et les enfile à un rythme affolant. Des vannes faisandées (« dans ton cul ! »), au discours guerrier outré, jusqu’à la chorégraphie invraisemblablement pauvre des scènes d’action, tout fleure le torse bombé et le cerveau irradié.

Ce qui frappe quand on redécouvre Rambo III, c’est un curieux paradoxe, qui achève de le recuire dans une sauce nanarde épicée comme il faut. On sent bien les moyens dont bénéficie le film, comme en témoignent ses vastes décors (Carolco est allé reconstruire l’Afghanistan en Israël, histoire de bien taper les records galactiques d’absurdité), ses explosions cosmiques, le nombre de cascades (avec un body count plafonnant à 162 victimes, on imagine l’agenda dément des cascadeurs), l’usage immodéré de tanks et d’hélicos, mais la caméra parfois incapable de les enregistrer correctement.

 

photo, Sylvester Stallone"On est sûrs on est les gentils hein ?"

 

Les proportions sont folles et offrent une jouissance enfantine face à cet opéra de cassage de trucs très chers. Mais curieusement, la mise en scène (et notamment le montage) est cruellement à la peine. Peut-être ce rendu, qui donne au film des airs de parodie dès que l’action s’emballe, tient-il à la valse des réalisateurs et opérateurs. Après quelques semaines de tournage, Russell Mulcahy quitte le plateau et cède la place à Peter MacDonald. Du côté des opérateurs, ils seront quatre à se succéder. Un premier chope une infection intestinale qui l’empêche de continuer le tournage, un deuxième part avec Mulcahy, quand le troisième est promu réalisateur de seconde équipe.

Cause ou conséquence, les faux raccords pleuvent, les chorégraphies sont d’une simplicité effarante. L’absence de l’artisan George P. Cosmatos est criante, tandis que l’art du double climax et de la construction de James Cameron se fait salement sentir. Plaisir déviant (coupable diront certains), Rambo III témoigne si sincèrement de son époque et des vertiges d’un certain impérialisme reaganien, que le métrage demeure fascinant à bien des endroits.

 

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commentaires

miami 81
15/10/2019 à 12:25

Moi, je suis assez nostalgique des anciens Rambo.
Ils correspondaient bien à la décennie 80. A l'époque, je me souviens, c'était juste énorme.

Phil06
15/10/2019 à 08:39

La vanne sur Dyson est juste enorme les gars mdr!!

Merci @EL

Pat
22/09/2019 à 19:49

Ce film a ses défauts mais c'est un divertissement assez jouissif avec de bonnes scènes d'action très lisibles.

sylvinception
16/09/2019 à 14:07

"Le Tripaille Lama"

J'avoue... j'ai pouffé.

Opale
16/09/2019 à 12:31

Moi ce que j'adore c'est la photo de Rambo avec sa gueule pas possible en train d'utiliser l'énorme mitrailleuse et, juste en dessous, une pub bien propre de l'Armée de terre recrute!! Enorme, génial, anachronique, fou quoi...

Brasch-Eazy-E
15/09/2019 à 19:09

@Bad Taste

"Où ça ?"

(je te laisse l'honneur)

Dutch Schaefer
15/09/2019 à 18:28

En ce qui me concerne, j'ai toujours préféré ce 3ème opus au second!
C'est bien mieux réalisé et plus épique que le truc de Rambo 2 qui avec le recul ne vole pas plus haut (en terme d'histoire, que de qualité de réalisation!) qu'un bon vieux "PORTE DISPARU" avec le grand Chuck!
Revoyez les deux films à la suite... on en reparle! ;-)

Flash
15/09/2019 à 18:18

Rorov94@ j'aime bien ton second degré.

rorov94
15/09/2019 à 17:09

Une critique LIBÉ(like)
Où comment chercher de l'idéologie là où y'en a pas...
RAMBO 3 c'est un hommage à David Lean au vieux films d'aventures avec John Wayne.
Ce film est archi maîtrisé techniquement:la photo est à tomber par terre,Goldsmith livre la meilleure partition de la trilogie,les cascades sont DÉMENTIELLES...l'attaque du camp par l'hélico russe et le dernier quart d'heure sont des climax hallucinants!
Sans parler de la progression des perso'dans leur relationnel et/ou les situations dû au récit.
Des scènes tournées par Mulcahy sont restées au montage(celles de nuit,dans le camp,la grotte...)
CAROLCO à réinventé le blockbuster cette année là avec à ses côtés DIE HARD,ROGER RABBIT,UN PRINCE A NEW-YORK...
toute une époque!

lemon
15/09/2019 à 15:26

Je me demande encore comment j'ai pu me laisser entrainer au cinéma pour le voir (oui je suis moyen vieux) mais au final, pas mécontent.

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