Rambo III : on tape au fond parce que c'est pas ta guerre

Simon Riaux | 17 mai 2021 - MAJ : 17/05/2021 17:36
Simon Riaux | 17 mai 2021 - MAJ : 17/05/2021 17:36

Rambo III, ce soir à 21h15 sur C8.

Sylvester Stallone était de retour dans Rambo : Last Blood, le 25 septembre 2019. Le vétéran du Viêtnam y a une nouvelle fois massacré plein de méchants, armé de son arc et de son gros couteau.

Devenue une des franchises emblématiques de la carrière de son interprète, la saga s’est transformée et a muté à travers les âges, au gré des changements de mode, des bouleversements politiques et de la carrière de Sly. Alors que le cinquième chapitre de cette fresque qui fleure bon la viande a divisé la critique, on revient sur les épisodes précédents.

On a attaqué les hostilités avec Rambo, avant de repartir au front avec Rambo II : La Mission. On ne lâche rien, et on déterre le légendaire Rambo III.

 

photoLe Tripaille Lama

 

POURQUOI C’EST ENCORE SA GROSSE GUERRE

Le colonel Trautman débarque en Thaïlande, et comme tout mâle blanc soixantenaire en goguette, le soldat est là pour apprécier une des spécialités locales qui attirent les Occidentaux par milliers. Le cœur battant la chamade, les lèvres palpitant d’une nervosité bien compréhensible, c’est le front perlant de sueur qu’il laisse libre cours à ce vieux fantasme réprimé par nos sociétés bien-pensantes : visiter un temple bouddhiste.

Il y retrouve le plus zen des tueurs de masse, cet assassin professionnel qui abrite en son sein un ourson de miel et d’innocence, ce bon vieux Rambo. John tient ici l’occasion de mener à bien ses deux passions : construire des temples badass (vous n’espériez quand même pas qu’il sache épeler "bouddhiste" hein ?), et taper des gens avec des bâtons, très fort. Du coup, quand son colonel préféré lui propose d’aller à ses côtés aider les rebelles afghans à triompher de la vilaine armée russe qui ne fait rien que les envahir, Johnny-Johnny refuse de l’aider, parce qu’il se fend la poire (et celle de son prochain) pépouze en Thaîlande.

 

photo, Sylvester StallonePetite leçon d'infiltration

 

Sauf que le Colonel n’est pas un homme de terrain, tant et si bien qu’il se fait capturer par de vilains Russes, qui prennent assez mal que l’Oncle Sam fournisse des missiles Stinger à ceux que l’URSS veut soumettre. Du coup, ils le torturent, mais ça ne l’empêche pas trop de faire des blagues à base de rectum. Il n’en fallait pas plus pour que notre héros, dit le Sanibroyeur de l’Est-Asiatique, s’envole pour l’Afghanistan histoire de vitrifier la région.

Les Russes étant très méchants, mais pas très malins, Rambo y va tranquilou-bilou, recrute au passage un clone pourri du commandant Massoud, forme les futurs talibans à la guérilla, apprend à un enfant super choupi comment tuer des adultes à coups de mortier, fait du baseball avec une chèvre morte, libère le Colonel et tue tout le contingent russe posté en Afghanistan. Heureux, repu, il peut enfin défaire son bandeau pour prendre un peu soin de cette jolie tignasse qu’il a scalpée sur le plateau de tournage d’Une nounou d'enfer.

 

photo

photoOn sait tous d'où viennent tes tifs, John.

 

BOX-OFFIST

Avec son budget hors promo de 58 millions de dollars, Rambo III est l’année de sa sortie le film le plus cher de l’histoire du cinéma américain (si on oublie l’inflation, Intolérance demeurant et de loin le délire le plus coûteux du 7e Art). Soit un budget, ramené aux variables actuelles, qui avoisinerait les 125 millions de dollars. L’investissement est colossal, mais n’oublions pas que Rambo II : La Mission fut un succès non moins colossal. Malheureusement, ce 3e épisode sera loin de réitérer son exploit.

Aux États-Unis, le film se fait laminer par Crocodile Dundee II, et en France, où il attire deux fois moins de spectateurs que le chapitre précédent, le blockbuster fait pâle figure face à L'Ours de Jean-Jacques Annaud. Le film n’est à l’évidence pas un bide, quantité de spectateurs demeurent marqués par la jubilation guerrière de Rambo II, mais tout indique que le métrage a bien du mal à séduire au-delà de ses fans et des amateurs de très gros spectacle. La dynamique n’est plus en sa faveur, son heure est passée.

Avec 189 millions de dollars amassés au box-office (soit quelque chose comme 410 millions aujourd’hui), ce troisième chapitre enregistre une baisse de rémunération de 26%, en dépit d’un investissement de départ très supérieur. Pas de quoi en faire un flop, mais ce revers est assez sévère pour mettre la franchise dans le coma pendant 20 ans.

 

photo"En plein dans le mille !"

 

TAPE AU FOND, JE SUIS PAS TA GUERRE

Œuvre cousine de Rocky IVRambo III partage avec cet autre totem de la carrière de Sylvester Stallone un versant à la fois mégalomane et candide, qui l’amène à réécrire non pas l’histoire, mais son présent. C’est ce qui en fait encore aujourd’hui un objet de curiosité et d’amusement, bien au-delà de sa nature de super nanar de luxe enduit de graisse de phoque de combat.

 

photo"Bon, ça a l'air quand même super compliqué à utiliser votre machin, là."

 

Tout d'abord, ce troisième chapitre restera un ambassadeur de la politique de production de la fin des années 80, dont la logique tient dans l'expression "Bigger and louder" (plus gros, plus fort). Sur l'affiche du film, L'armée russe paraît contenue entièrement dans un seul pectoral du Maître de Guerre, dont les proportions sont désormais celles d'un petit hippopotame slovène, son couteau ressemble à un glaive, il court plus vite que les balles et peut désormais cautériser des plaies ouvertes avec de la poudre à canon. Pas de doute, que des humains aient pu créer une bestiasse pareille accrédite la légende (peu connue il est vrai) selon laquelle les aspirateurs Dyson seraient conçus à partir des narines de scénaristes hollywoodiens.

L’URSS est à quelques mois de son effondrement et son délitement s’accélère. Qu’importe, le film fera du tigre de papier un empire du mal toujours plus puissant et menaçant. C’est avec un cynisme parfaitement irresponsable que la CIA arme les moudjahidines, dont une partie deviendra les talibans. À l’écran, ils sont assimilés au commandant Massoud, traité avec une condescendance rarement égalée. La saga est née de la conscience de l’horreur de la guerre et de ses conséquences, elle manque de se conclure avec ce chapitre qui regarde avec emphase un enfant apprendre le combat sous l’œil ému (enfin, mouillé) de Rambo.

 

photo"Ah bah non ça va en fait"

 

Rambo III est un sommet de cinéma ultra-patriotique, désireux d’apporter la lumière à un monde dont il ignore tout, voire qu’il méprise allègrement. On pourra s’agacer de tant de bêtise, de tant de crétinerie belligérante, mais il n’est pas interdit d’en rire, tant le métrage accumule les pires tares de son époque et les enfile à un rythme affolant. Des vannes faisandées (« dans ton cul ! »), au discours guerrier outré, jusqu’à la chorégraphie invraisemblablement pauvre des scènes d’action, tout fleure le torse bombé et le cerveau irradié.

Ce qui frappe quand on redécouvre Rambo III, c’est un curieux paradoxe, qui achève de le recuire dans une sauce nanarde épicée comme il faut. On sent bien les moyens dont bénéficie le film, comme en témoignent ses vastes décors (Carolco est allé reconstruire l’Afghanistan en Israël, histoire de bien taper les records galactiques d’absurdité), ses explosions cosmiques, le nombre de cascades (avec un body count plafonnant à 162 victimes, on imagine l’agenda dément des cascadeurs), l’usage immodéré de tanks et d’hélicos, mais la caméra parfois incapable de les enregistrer correctement.

 

photo, Sylvester Stallone"On est sûrs on est les gentils hein ?"

 

Les proportions sont folles et offrent une jouissance enfantine face à cet opéra de cassage de trucs très chers. Mais curieusement, la mise en scène (et notamment le montage) est cruellement à la peine. Peut-être ce rendu, qui donne au film des airs de parodie dès que l’action s’emballe, tient-il à la valse des réalisateurs et opérateurs. Après quelques semaines de tournage, Russell Mulcahy quitte le plateau et cède la place à Peter MacDonald. Du côté des opérateurs, ils seront quatre à se succéder. Un premier chope une infection intestinale qui l’empêche de continuer le tournage, un deuxième part avec Mulcahy, quand le troisième est promu réalisateur de seconde équipe.

Cause ou conséquence, les faux raccords pleuvent, les chorégraphies sont d’une simplicité effarante. L’absence de l’artisan George P. Cosmatos est criante, tandis que l’art du double climax et de la construction de James Cameron se fait salement sentir. Plaisir déviant (coupable diront certains), Rambo III témoigne si sincèrement de son époque et des vertiges d’un certain impérialisme reaganien, que le métrage demeure fascinant à bien des endroits.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Miami81
18/05/2021 à 13:34

@rientintinchti. Vu les références que tu donnes pour critiquer intelligemment cette "daube propagandiste", je pense que tu n'as pas dû beaucoup connaître les années 80 et la sortie de ces films au cinéma. Sûrement qu'à ton époque, les films étaient plus intellectuels. Dans les années 80, ce sont des films qui attiraient leur public.
Sinon, si tu veux voir un film propagandiste, je te conseille Le scorpion rouge et on en reparle.

Rorov94M
18/05/2021 à 10:57

J'aime aussi :
Alan Moore,Laurent Obertone,Greg Toussaint,Rachel Khan,Marsault,Stephane Edouard,Orwell,Houellebecq,Jacquie et Michel(pour le style)...
Et je banni la néo-culture pseudo gauchiste, question d'hygiène.

Jasper Morrison
18/05/2021 à 10:30

@ rorov94M
Papacito. On parle bien du gros debilos d'extrême droite réac ??...Parce que a part choiner sur la condition difficile d'être un homme (un vrai avec des gros muscles) je vois pas ce qu'il a d'interressant a dire sur le ciné mais bon.

jorgio6924
18/05/2021 à 10:12

"Ça va être dur pour les encercler."

Magistral !
Un pur moment de cinéma ce film :D

Lumberjack
18/05/2021 à 10:09

Je suis éleveur de phoque de combat et je peux vous dire que dans l’écurie ça sent plus fort que le poney afghan !

jaroh
18/05/2021 à 01:22

J'aime ce film.

Rorov94M
18/05/2021 à 00:28

L'éloge de la force,du viril,du courage,du combat...
Un film vertueux.
Un film d'homme.

rientintinchti
17/05/2021 à 21:35

Quand je lis tous les commentaires qui s'acharnent à trouver des qualités à cette daube propagandiste en prenant pour prétexte une pseudo nostalgie eighties je me dis qu'il doit y avoir beaucoup de fans de fast and furious, de texas rangers (la série nullissime avec Chuck Norris) et de monster trucks. Bienvenue chez redneckland....

Hasgarn
17/05/2021 à 20:47

Rambo 3 possède quelques unes des répliques les plus hilarantes du cinéma :

- un « dans ton cul » de légende
«  c’est quoi ?
Une lumière bleue
Et ça fait quoi ?
Du bleu »
« Vous nous avez appris à ne pas sentir la douleur…
Et ça fonctionne ?
Non. Mais je ne vous en veux pas »
« A 2, ça va être difficile de les encercler »

Et rien que pour ces vannes, j’aime ce film

Psadva
24/11/2020 à 18:17

J' aimerais bien que l on mette rambo 4 il y beaucoup de demandes quand pouvons ? le voir en vidéo Pascale

Plus
votre commentaire