La Cité de la peur ressort en salles : découvrez Hamburger Film Sandwich, le film taré qui a inspiré Les Nuls

Simon Riaux | 6 juin 2019 - MAJ : 06/06/2019 11:28
Simon Riaux | 6 juin 2019 - MAJ : 06/06/2019 11:28

Ce mercredi 5 juin, La Cité de la peur a fait son retour au cinéma dans une version restaurée. L’occasion de revenir sur le film dont ce sont inspirés Les Nuls tout le long de leur carrière.

Il y a quelques jours seulement, le Festival projetait dans le cadre de son cinéma en plein air sur la plage de la Croisette la version restaurée de La Cité de la peur, potacherie culte des Nuls. À l’occasion de la célébration, Alain Chabat et Gérard Darmon proposèrent à un public hilare et nostalgique un happening en forme de carioca, danse emblématique du film.

 

Affiche

 

Et si la scène où les deux compères piratent littéralement le Festival de Cannes demeure pour beaucoup un sommet de comédie déjantée, peu savent que la carioca provient directement d’une autre œuvre. Il s’agit du Hamburger film sandwich (ou Kentucky Fried Movie dans la langue de Shakespeare), premier film de John Landis et de ceux qu’on n’appelait pas encore les ZAZ, appelés à révolutionner le cinéma comique américain.

Des Inconnus jusqu’à Kad et Olivier, le Hamburger film sandwich demeure une source constante d’hommage et de révérences, voire dans le cas des Nuls, d’énormes emprunts. L’occasion était trop belle de remettre ce classique complètement taré en lumière. Mais quelles sont les connexions entre cette folie douce de 1975 et l’univers des Nuls ?

 

photo, Alain ChabatLa carioca

 

HASTA LA CARIOCA

Danse brésilienne dont les premiers enregistrements remontent à la première moitié du XXe siècle, la carioca fait sa première apparition dans le film Flying Down to Mexico, ou Carioca, avec Fred Astaire, en 1933. Après quoi, la danse fut introduite en Occident, avec un succès relatif, avant de tomber en désuétude.

Et si Tino Rossi en signa une version française, il y a fort à parier que ce n’est pas tant cette traduction que parodient Les Nuls, ou du moins pas uniquement. En effet, la carioca tient un rôle tout particulier dans l’oeuvre matricielle dont ils se sont inspirés tout le long de leur carrière, et dont on retrouve des traces jusque dans La Cité de la peur.

 

photo"Oh oui youpie !"

 

En effet, le Hamburger film sandwich s’ouvre et se referme sur une carioca, dont la mélodie est bien sûr très voisine de celle accompagnant le numéro de Chabat et Darmont, mais on constate également que leurs paroles sont quasiment similaires. Enfin, les  deux morceaux y jouent à peu près le même rôle, sorte de marqueur désuet et suranné, conférant à ce qui les entoure une drôlerie contagieuse.

 

photoUne fausse bande-annonce restée dans pas mal de mémoires...

 

FAUSSES PUBS ET JTN

Mais  les ressemblances ne s'arrêtent pas là. Le Hamburger film sandwich est un film à sketches d'un genre bien particulier, puisqu'il s'amuse à singer une soirée type à la télévision américaine. Ainsi, on y retrouve quantité de fausses publicités, un faux journal télévisé, des reportages bidons, des présentateurs en carton, une météo foireuse, un film dans le film, ainsi que des bandes-annonces parodiques. Au gré de ces saynètes absurdes  mais parfaitement  ordonnées, le spectateur connaisseur des Nuls retrouvera bien des liens évidents.

Tout d'abord, comment ne pas voir, dans le ton faussement patelin et progressivement azimuté du journal télévisé un écho du célèbre JTN que présenteront Alain Chabat et Chantal Lauby ? Les personnages, leur écriture, leurs rapports, sont quasiment les mêmes. Dans La Cité de la peur, les innombrables flash infos, et autres commentaires (comme lors de la montée des Marches) sont autant de passages de flambeau.

 

photo"Je ne porte pas de pantalon. Film à 11 heure !"

 

A ce titre, il est clair que les fausses publicité constituent une matière première que Les Nuls ont reprise, remaniée à leur sauce, jusqu'à l'intermède savoureux de la "Mégane Palme d'Or, une voiture qu'elle est bien pour la conduire". De même, les humoristes auront plusieurs fois rendu hommage à une des trouvailles les plus ahurissantes de John Landis et des ZAZ, à savoir l'horoscope. Celui qui réserve un sort aussi funeste qu'inattendu aux gémeaux - Les Inconnus, de leur côté se sont sans doute inspirés de Danger Seeker pour leur célèbre Ushuaïa dans ton froc.

On trouve dans cette tonalité, faite de ruptures de tons volontairement grossières, de premier degré imperturbable et de jusqu'au-boutisme presque poétique, une boîte de pétri que les Français vont utiliser comme une véritable turbine à idées.

 

photoEt gare au gorille...

 

FAUX FILM ET VRAIES BLAGUES

Comment ne pas penser devant la fausse bande-annonce de Catholic High School Girls in Trouble ou le pastiche de film de Bruce Lee, au statut de Red is Dead, nanar horrifique cannois au coeur de La Cité de la peur ? La parenté est une nouvelle fois évidente, et souligne combien le Hamburger film sandwich est une oeuvre importante. 20 ans avant Quentin Tarantino, Landis se faisait déjà chef d'orchestre de la pop culture et formidable réarrangeur de formes.

 

 

 

Le film à sketches devient progressivement un tourbillon d'influences, de révérences et d'hommages, menés à toute berzingue et avec une énergie de sale gosse particulièrement revigorante.

De Dallas à 12 hommes en colère, en passant  par les aventures de Cousteau, jusqu'au porno mainstream, c'est bien tout le cinéma populaire qui pulse ici avec humour. Amusante connexion à travers les âges, Once Upon a Time in... Hollywood contient lui aussi quantité de films dans le film, dont le code génétique n'est pas toujours très éloigné de ceux qui nous intéressent ici.

 

photoUne parodie de Basic Instinct qui porte la marque des ZAZ

 

Sous prétexte de moquer la télévision, ce sont bien les genres et les modèles de la fiction qu'invitait le metteur en scène, et si ce n'est pas son travail de l'image qui a le plus influencé le trio des Nuls, il semble évident que l'écriture des ZAZ, elle, fut fondamentale. D'ailleurs, Abraham et Zucker, viennent du magazine MAD, autre influence revendiquée de Bruno CaretteAlain ChabatChantal Lauby et Dominique Farrugia.

Ainsi, depuis ce 5 juin, l'heure est venue de se remémorer La Cité de la peur et de se rappeler combien Alain Berberian parvint à synthétiser l'univers  irrésistible des Nuls. Et ce pourrait être aussi l'occasion de célébrer une des meilleures comédies jamais pensées, un des délires les plus accueillants et ludiques capturés  sur pellicule. Longue vie au Hamburger film sandwich.

Ah et tant que vous y êtes, le Hamburger film sandwich, après avoir été édité dans Les Introuvables de Wild Side est désormais disponible chez l'excellent éditeur Carlotta !

 

 

commentaires

Opale
07/06/2019 à 07:33

La cité de la peur... OMG quel film! Totalement culte! Je l'ai vu en avant première à Aix avec les Nuls dans la salle. Quel délire!! Grand souvenir. Puis j'ai un pote qui est figurant dedans c'est trop bizarre!^^Vu et revu des dizaines de fois, je trouve encore des petits détails, des clins d'oeil éparpillés par-ci, par-là. J'adore. J'ignorais en revanche la parenté avec HFS, ça me donne franchement envie de le revoir celui-là, merci!

Poulet
06/06/2019 à 21:42

Les Zaz ils sont un peu tombés dans l'oubli avec leur fin de carrière difficile mais Hamburger film Sandwich, Airplane, les Naked Gun et surtout le génial Top Secret pour se remonter le moral en riant à des gags absurdes après une journée difficile, c'était quand même le summum.

Ankytos
06/06/2019 à 18:52

Je ne réponds à personne (et critique donc encore moins) mais, parmi tous les sujets difficiles à évaluer avec un peu d'objectivité, l'humour l'est particulièrement. Chacun pense avoir de l'humour. Mieux : chacun pense posséder LE bon humour. Alors qu'en fait nous nous amusons tous de choses différentes, avec des connexions par-ci par-là. Il n'y a pas grille de lecture précise. Je n'ai pas les moyens d'expliquer pourquoi c'est si personnel, mais l'étrange mécanique de l'humour, à base de décalage, mélange de distance et de proximité y est sans doute pour quelque chose.
Ainsi, si on n'y prend pas garde, on a vite fait de juger idiots ceux qui rient de ce qui ne nous amuse pas ou juger sans humour ceux qui ne rient pas de ce qui nous plie en deux. A tout le moins, cet écart provoque-t-il notre incompréhension.
J'ai sûrement l'air un peu pompeux avec mes propos mais houlala ! Loin de moi cette idée ! Je sais n'avoir aucune compétence particulière sur le sujet. J'essaie juste de prendre du recul.
La cité de la peur a fait rire et fait rire encore beaucoup de gens (dont moi, j'avoue). Il est culte de fait, nombre de ses répliques sont passées dans le langage courant par exemple. En revanche, je comprends qu'on puisse ne pas être réceptif à cet humour (tout comme celui des ZAZ ou du Hamburger film sandwich) mais il est drôle "de fait" puisqu'il amuse tant de monde, au delà des avis personnels.
De même, je suis totalement hermétique à... mon dieu, au hasard... Laurent Gerra, Anne Roumanof, Adam Sandler et tant d'autres. Pourtant, de fait, ils font rire plein de gens. Qui suis-je donc pour décider qu'ils ne sont pas du tout drôles, dans l'absolu, méprisant par là leur public ?
Désolé, c'était encore trop long pour une petite remarque qui n'engage que moi.

Starfox
06/06/2019 à 14:13

C'est pas un peu bidon en fait "la cité de la peur" ? Non mais franchement ?

Les vannes tombent à plat je trouve. Ca me fait penser à l'humour absurdo-foireux qu'ont repris par la suite les robin des bois (non drôles également).

"Didier" dans lequel Chabat joue un clébard, c'était vraiment pas terrible non plus. Et il a eu le césar du premier film à l'époque avec ça non ?

Matt
06/06/2019 à 14:00

L'une des innombrables figures de styles des Nuls empruntée (entre autre) aux ZAZ est le running gag. Et pour un bon running gag, on ne peut que demander ceux de BIG JIM SLAAADE!!

Luigi
06/06/2019 à 13:14

Je trouves que le film des Nuls est vraiment surestimé,il y a des moments drôles mais de la a en faire un film culte bof!A voir évidemment si on ne l’a jamais vu !

Le Waw
06/06/2019 à 12:07

Hamburger film Sandwich quel merveille, par contre La cité de la peur. Faudra que je le revois.

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