Will Smith : pourquoi le prince de Bel-Air n'est pas devenu le roi d'Hollywood

La Rédaction | 24 mai 2019 - MAJ : 24/05/2019 20:09
La Rédaction | 24 mai 2019 - MAJ : 24/05/2019 20:09

Retour sur la carrière de Will Smith, ses réussites, ses échecs, et ce que ça raconte sur l'homme et l'acteur.

Regarder de près la filmographie d'un acteur surpuissant est fascinant dans ce qu'elle raconte de l'homme et de ses ambitions. Tom Cruise en est le modèle absolu, avec sa carrière passionnante en forme de psychanalyse, comme évoqué dans ce dossier.

Génie improbable d'Aladdin, superproduction pas très heureuse qu'il sauve en partie (notre critique ici), Will Smith en est un autre exemple. Du Prince de Bel-Air à Hancock, de Bad Boys à Suicide Squad, de Wild Wild West à After Earth, la rédaction s'est penchée sur trois décennies de succès (et ratés), pour partager un point de vue sur un acteur pas commes les autres.

 

 

 

LA NAISSANCE (LE PRINCE DE BEL-AIR)

En 1990, Will Smith est déjà une petite star du rap aux Etats-Unis, sous le nom de The Fresh Prince, aux côtés de DJ Jazzy Jeff. L'idée de la série germe d'abord dans l'esprit de Benny Medina, producteur de musique qui pense à une série adaptée de sa propre vie : il a grandi dans les quartiers pauvres de Los Angeles mais a découvert un autre monde en devenant ami avec un adolescent blanc et riche de Beverly Hills, dont la famille l'a finalement accueilli. 

Il change cette riche famille blanche en riche famille noire, et le propose à Will Smith, qui n'a alors jamais été acteur. Quincy Jones le convainc, le motive, et le pilote est tourné dans la foulée, en 1990. Le succès est tel que lorsque NBC annonce l'arrêt de la série, après trois saisons, les fans se mobilisent pour la sauver. Le Prince de Bel-Air connaîtra ainsi 6 saisons.

C'est la naissance de cette future superstar, monstre de charisme qui bouffe l'écran et ses partenaires (sauf quand Carlton danse). Will Smith, 22 ans, s'impose comme l'image du cool absolu, de ses fringues à son goût pour la musique. Il n'est ni le môme du ghetto, ni le coincé des privilégiés : il flotte entre les deux, a ses propres règles, et dépasse les clivages et clichés.

Alors que SeinfeldLa Fête à la maisonRoseanneCheersSauvés par le gong ou encore Mariés, deux enfants passionnent l'Amérique, il débarque comme un ouragan sur la grosse chaîne NBC. Il n'est pas le premier acteur afro-américain à entrer dans l'arène du petit écran (Cosby Show amuse déjà depuis 1984), mais il incarne un vent de fraîcheur auquel personne ne résiste.

 

photo Qu'est-ce que j'y peux, je suis plus cool que toi

 

LE DECOLLAGE SPATIAL (BAD BOYS, MEN IN BLACKINDEPENDENCE DAY)

C'est en regardant Le Prince de Bel-Air que Michael Bay tombe sous le charme de Will Smith. Le projet a alors été plusieurs fois remanié, et le rôle de Lowry refusé par plusieurs acteurs. C'est le premier film de Bay, il n'aime pas le scénario, et compte sur son duo d'acteurs pour improviser et donner de la vie à l'histoire.

Will Smith ne déçoit pas, et s'impose comme le nouveau prototype du héros américain, célébré dès la sortie du film (qui est un carton plein, avec plus de 141 millions au box-office pour un budget d'environ 20). Dès lors, il est porté par la vague hollywoodienne, et arrive dans la foulée sur Independence Day et Men in Black, deux blockbusters majeurs des années 90, qui composent avec Bad Boys la trilogie du succès.

Dans les trois films, c'est la même ambition : Will Smith est l'archétype du héros américain moderne, drôle mais pas ridicule, beau mais pas méchant, fort mais pas inhumain. Il a des failles, il a de l'humour, il enchaîne les répliques façonnées pour le grand public. Il plaira à votre belle-mère et votre petit frère, sera un modèle pour les hommes et un fantasme pour les femmes (ou vice-versa).

 

photo, Will Smith, Martin LawrenceBad Boys un jour, winner toujours

 

Le symbole grimpe à une vitesse affolante. Il sauve Miami de méchants barons de la drogue dans Bad Boys, la Terre d'aliens belliqueux dans Independence Day, et dans Men in Black, il est carrément formé pour devenir un agent chargé de protéger l'humanité de toutes ces menaces venues d'ailleurs. En quelques années, le grand môme à casquette est transformé en soldat hollywoodien de premier ordre, celui qui sauve la veuve et l'orphelin des menaces les plus absolues, sans jamais altérer son IMC, ni devenir une menace pour les hommes, les femmes, les enfants, les blancs, les noirs, les riches ou quiconque.

Alors que Spike Lee s'impose dès Do the Right Thing comme la flamme de la contestation, et que presque tous les acteurs afro-américains incontournables passent chez lui (Halle BerryWesley SnipesSamuel L. Jackson, Denzel Washington, Angela Bassett et même Martin Lawrence), Will Smith trace sa route en pleine lumière, destination succès faramineux. Avec les succès des films de Roland Emmerich (plus de 817 millions) et Barry Sonnenfeld (près de 590 millions), il est intronisé.

 

photo, Jeff Goldblum, Will SmithLe nouveau héros américain

 

LE CRASH (WILD WILD WEST)

Fort des succès d'Independence Day, Bad Boys et Men in Black, Will Smith tombe dans le piège classique d'Hollywood : il commence à croire à son image. Terriblement populaire et attachant, que ce soit sur grand écran, à la télévision (Le Prince de Bel-Air n'a jamais perdu son capital sympathie) ou dans le monde de la musique... Will Smith, c'est une méga-star, un intouchable, et il peut faire à peu près ce qu'il veut, les fans le suivront aveuglément. Du moins, c'est ce qu'il pense.

 

photo, Will SmithWill Smith au top, enfin c'est ce qu'il croit

 

La logique aurait voulu qu'il profite de ce statut privilégié pour prendre un certain nombre de risques dans ses choix de carrière, aller vers des projets plus originaux et asseoir son satut de comédien à part entière et pas uniquement de marque rentable. Comme participer à Matrix que lui avaient proposé les Wachowski et qu'il a poliment refusé, alors qu'il était envisagé dans le rôle de Neo, avec Val Kilmer dans celui de Morpheus.

Mais non, du haut de son piédestal, Smith a préféré jouer la sécurité, convaincu que, quoi qu'il arrive, le public le suivra. Le résultat fut donc Wild Wild West, adaptation tardive de la série Les Mystères de l'Ouest. Sur le papier, pourtant, la recette semble imparable : Will Smith y retrouve Barry Sonnenfeld (qui l'avait consacré avec Men in Black), reste dans le ton comédie-aventure qu'il maîtrise, s'attaque au genre du western à la cool, et le partenaire du comédien n'est autre que le génial Kevin Kline.

 

photoUn duo qui ne fonctionne pas

 

Dans les faits, c'est plus compliqué. Pour un budget officiel de 170 millions de dollars, le film n'en rapporte "que" 220 millions ; il se fait détruire par la critique et le public n'accepte pas vraiment cette relecture glorifiant le personnage Will Smith, caricature de lui-même et de tout ce qu'il a construit ces dernières années. Le film n'est pas drôle, mal rythmé, avec des personnages inintéressants, et l'acteur en fait des tonnes dans un film qui frôle l'auto-parodie fatiguée. 

Un film que le comédien regrette aujourd'hui, et qu'il reconnait avoir fait pour de mauvaises raisons. Un choix dicté par sa quête de la gloire, du succès au box-office et de l'argent : "Je voulais gagner et devenir la plus grande star de cinéma et Wild Wild West a surtout été un frein. Je me suis retrouvé à faire la promotion de quelque chose parce que je voulais gagner, plutôt que de faire la promotion d'une chose en laquelle je croyais."

Première ombre au palmarès jusque là sans faute du comédien, Wild Wild West marque un tournant dans sa carrière et l'apparition du doute quant à son statut réel dans l'industrie. Le seul moyen pour remonter cette pente glissante dans les meilleurs délais est de prouver qu'il n'est pas qu'une machine marketing mais aussi et surtout un vrai comédien de talent engagé. Et c'est là qu'arrive Michael Mann...

 

photo, Will SmithDes têtes qui peuvent tomber à tout instant, telle est la dure loi d'Hollywood

  

LE RESPECT (LA LEGENDE DE BAGGER VANCE, ALI)

Icône sportive. Icône culturelle. Icône politique. Cassius Clay devenu Mohamed Ali cristallise quasiment toutes les lignes de fracture de l’Amérique contemporaine, et s’il n’est pas toujours perçu depuis ce côté de l’Atlantique comme une personnalité clivante, il aura incarné à lui seul un condensé des passions les plus violentes et puissantes à avoir traversé les USA.

On comprend aisément pourquoi et comment s’accoler à cette statue historique est autant un défi qu’une nécessité pour Will Smith. En quête de reconnaissance institutionnelle (d'où son refus d'engager le controversé Spike Lee, plus qu'intéressé par le projet), il tient là l’occasion de nuancer son image de maître du cool pour proposer un travail différent.

Mais Ali ne l’attire pas seulement pour son sujet. Michael Mann est alors le metteur en scène de Heat et Révélations, deux films perçus à raison comme des dates dans l’histoire du cinéma américain. Collaborer avec l’artiste qui inventa l’esthétique de Miami Vice, c’est l’occasion pour le divertisseur en chef de se draper d’une nouvelle toge, indispensable pour régner sur Hollywood.

 

photo, Will SmithBoxer contre soi-même

 

Malheureusement, Ali n’honorera pas ces ambitions, récoltant à peine 87 millions de dollars à l’international, quand il a en coûté approximativement 107. Smith est nommé mais pas récompensé aux Golden Globes (il avait été nommé deux fois pour Le Prince de Bel-Air) et aux Oscars (sa première fois). Peu importe : c'est en terme d'image une victoire pour l'acteur, qui atteint cette reconnaissance et arrive aux portes de la légétimité hollywoodienne.

A noter que c'est d'ailleurs une année historique aux Oscars, puisque gagnent Denzel Washington et surtout Halle Berry (première et encore unique actrice afro-américaine couronnée d'un Oscar de la meilleure actrice).

Will Smith ne sera pas aussi chanceux avec La Légende de Bagger Vance, flop total (80 millions de budget et seulement 40 au box-office, malgré la belle affiche partagée avec Matt Damon et Charlize Theron) réalisé par Robert Redford, symbole d'un cinéma noble qui le rattache donc à un cercle haut de gamme.

La quête de légitimité, quand bien même aucun de ses films ne se fait violemment éreinter par la critique, relève presque du chemin de croix pour la star. Son public se désintéresse-t-il de ces productions plus “prestigieuses”, le public “pointu” méprise-t-il passivement l’acteur ? Il est bien difficile de le savoir, mais cette double tentative d’entrer dans le panthéon hollywoodien laisse un sentiment mitigé.

 

photo Will, Matt et un moment viril 

 

LE REGAIN DE CONFIANCE ET LA THUNE (MEN IN BLACK II à I, ROBOT)

Après sa nomination aux Oscars, Will Smith retrouve donc une vraie légitimité aux yeux de Hollywood qui l'avait tant décrié après le désastreux Wild Wild West. Et quoi de mieux pour revenir et faire plaisir au public que de revenir sur les classiques qui l'ont porté en star du grand écran dans les années 90 ?

Ainsi en 2002, il reprend le rôle de l'agent J dans Men In Black II. Le film n'est clairement pas à la hauteur du premier volet (il est même souvent considéré comme le moins bon de la trilogie) et attire tout juste assez de monde dans les salles pour être un succès : 441 millions de dollars à l'international pour un budget estimé de 140 millions.

Cependant, avec un salaire de 20 millions et 10 % sur les recettes inclus dans son contrat (selon IMDB), l'acteur touche un pognon faramineux et se relance après le crash Wild Wild West. Du coup, tant qu'à revenir aux sources avec Men in Black, pourquoi ne pas en faire de même avec Bad Boys.

 

Men in blackWill Smith est de retour pour se faire quatre fois plus que sur le premier volet

 

Dès 2003, huit ans après le premier volet, Bad Boys II atterrit donc sur les toiles du monde entier avec son duo iconique formé par Will Smith et Martin Lawrence. Toujours réalisé par Michael Bay, le film est broyé par la critique (38/100 sur Metacritic) mais le box-office limite encore la casse avec 273 millions de dollars dans le monde pour un budget de 130 millions.

Qu'à cela ne tienne, c'est l'occasion pour l'interprète de Mike Lowrey de se faire encore beaucoup d'argent comme avec Men In Black II même si le film est un peu nul : 20 millions de salaires et 20% sur les recettes du film (toujours selon IMDB) soit environ 54 millions de dollars touchés (source JP's Box-office).

 

Photo Will SmithPetit regard sur tout ce qu'il aurait pu gagner de plus si le film était bien

 

Avec autant d'argent amassé en seulement deux films, Will Smith voit plus grand. Il décide donc de produire pour la première fois un film dans lequel il joue : I, Robot d'Alex Proyas, qui sortira en 2004. Le moyen de tenter de lancer une possible nouvelle franchise à succès tout en continuant à fleurir son compte en banque (28 millions de dollars de salaire selon IMDB).

Le film est moyennement apprécié par la critique, mais est plutôt très apprécié du public. Résultat : le film totalise 347 millions de dollars dans le monde pour 120 millions de budget. Le succès est au rendez-vous, Will Smith se sent pousser des ailes. La confiance est plus que jamais de retour.

 

Photo, Will SmithActeur et producteur du même film, une première qui marche du tonnerre

 

LE BESOIN D'ETRE AIMÉ DE TOUS... (HITCHÀ LA RECHERCHE DU BONHEURSEPT VIES)

Will Smith est maintenant loin de l’adolescent rigolo de sitcom. A 35 ans, il n’est plus question de chasser des aliens ou des barons de la drogue, mais plutôt de se rapprocher de thématiques beaucoup plus adultes. L'amour, pour commencer, avec Hitch - Expert en séduction d'Andy Tennant, puis la famille avec À la recherche du bonheur, et enfin la mort avec Sept vies - tous deux réalisés par Gabriele Muccino.

En reléguant au second plan les rôles d'aventurier badass au profit de personnages plus quelconques, voire carrément banals, Will Smith n'abandonne pas sa vocation de héros américain. L'acteur aime avoir le bon rôle et ces trois films le lui rendent bien. Cette fois-ci, il veut fédérer autour de lui par l'émotion, en faisant rire et surtout pleurer.

Avec Hitch en 2005, Will Smith s'impose comme un modèle pour les hommes qui envient ses talents de séduction et sa connaissance des femmes. La gente féminine elle, se laisse séduire par ce beau parleur, plus accessible qu'un Captain Steven Hiller d'Independence Day et définitivement plus drôle. Le film rencontre le public. 

 

photo, Eva Mendes, Will Smith"Si je peux séduire Eva Mendes, je peux séduire tout le monde, non ?"

 

Il est maintenant temps pour Will Smith de se mettre les familles dans la poche, de faire pleurer dans les chaumières... et quoi de mieux pour ça qu'une dramatique histoire inspirée de faits réels sur un père célibataire dévoué à son unique enfant ? En 2007, l'acteur entre dans la peau de Chris Gardner, un représentant de commerce fauché qui doit subvenir aux besoins du petit Christopher et par la même occasion, trouver le bonheur. En faisant découvrir son fils Jaden Smith au grand public, Will Smith se forge l'image de père attachant dont les problèmes financiers fictifs le rapprochent du public auquel le film s'adresse.

Bingo : deuxième nomination aux Oscars, dans la catégorie tire-larmes à succès (plus de 307 millions au box-office pour un budget modeste d'environ 55 millions).

Vient enfin le moment où Will Smith fait grimper le cours des mouchoirs à la bourse avec Sept vies. L'histoire est celle de Tim Thomas, un riche ingénieur qui cause la mort de sa femme et de six autres personnes dans un accident de voiture. Pour se racheter, il décide d'embellir la vie de sept inconnus au prix de la sienne. Même si le succès est moindre ici, l'acteur décroche le statut de héros du quotidien. Son attirail de modèle hollywoodien devient peu à peu complet.

 

Image 336927"En fait, c'est mon gosse qui a raflé tout le succès"

 

... MAIS D'ÊTRE GENTIMENT DARK AUSSI (JE SUIS UNE LEGENDEHANCOCK)

Qu’on se le dise, Will Smith n’est pas qu’un beau gosse rigolo qui accompagne la sortie de ses blockbusters de tubes de hip-hop bons marchés. C’est aussi un comédien capable de porter sur ses épaules des personnages durs, des anti-héros écorchés par la vie ou des types complètement cramés du bulbe. Ou pas.

Dans Je suis une légende comme dans Hancock, Smith s’essaie au "divertissement pour adulte", mais s’avère absolument incapable d’assumer cette étiquette jusqu’au bout, parasitant les films de l’intérieur. Adapter le chef d’oeuvre noirissime de Matheson, dans lequel le dernier survivant de l’espèce humaine chronique sa lutte désespérée et misérable contre des hordes d’humanoïdes transformés en vampires, dans un New York abandonné ? Willou est partant, mais Willou veut choisir la musique, et surtout Willou ne veut pas de la fin noire et sardonique de l’oeuvre originale : il lui faut une conclusion héroïque.

 

Photo Will SmithBad Boys édition super-héros

 

Le résultat est une bouillie numérique qui renie les incroyables travaux prératoires du maître des animatroniques Steve Johnson, le  scénario est d’une banalité affligeante et la fin crache d’énormes mollards sur le sublime texte de Matheson, transformant Smith en christ d’un nouveau monde.

Le constat n’est pas moins amère avec Hancock. Super-héros poivrot, Will Smith s’amuse dans un premier temps à dynamiter sévèrement son image… avant que son personnage ne rentre dans le rang. Si un protagoniste doit toujours évoluer, se transformer, faire de la particularité du héros (sa personnalité et ses manières de sale gosse), l’enjeu principal de sa transformation aboutit à un film tristement consensuel, dont le dernier acte rature tout ce qui le précède.

Prendre des risques, Will Smith aime bien, mais à condition de ressortir de l’épreuve avec un badge de Superman et des dents bien blanches comme il faut. La manœuvre est donc plus cosmétique qu'autre chose, construit pour et par l'acteur.

 

Image 253533L'histoire terrible d'un homme seul et désespéré, qui, heureusement, n'est ni seul, ni désespéré

 

REPRENDRE SON DESTIN EN MAIN (MEN IN BLACK IIIAFTER EARTHUN AMOUR D'HIVER)

La quarantaine bien entamée, Will Smith est loin d'avoir accédé au statut qu'il s'était imaginé encore quelques années plus tôt. L'explosion des super-héros (Avengers sort la même année que Men in Black III) a donné un nouveau cap à l'industrie, et l'émergence de nouvelles belles gueules drôles et jeunes aussi. Comment faire alors ? Tout simplement en ravivant l'un de ses plus gros succès, comme pour effacer une ardoise déjà bien pleine.

Bad Boys For Lif3 est déjà en discussions mais traine considérablement les pieds, Independence Day : Resurgence n'est alors qu'une vague idée dans le cerveau de Roland Emmerich, il ne reste donc plus que Men in Black.

 

photo, Will SmithUn retour aux sources fort sympathique

 

Le projet Men In Black III est annoncé en 2009 par le patron de Sony Pictures, mais il faudra attendre 2010 pour que Will Smith ne confirme sa participation. Le film lui-même est symptomatique du statut d'alors de la star : un film beaucoup plus confidentiel, qui se déroule dans le passé et nous explique les origines de l'agent J au détour d'un petit twist qui a des airs de réinvention et de recherche d'une virginité nouvelle.

Empêtré dans des problèmes de production (le tournage s'est déroulé en deux temps, notamment parce que le scénario n'était pas terminé), le film marque aussi une profonde différence avec les précédents et la "méthode Will Smith" : ce n'est pas l'acteur qui en interprètera la chanson titre, mais Pitbull, signe qu'il se positionne en retrait, signe qu'il a peut-être compris la leçon.

Doté d'un budget de 225 millions de dollars, le film en rapporte plus de 624 millions dans le monde, devenant ainsi le plus gros succès de la saga. Mais ce n'est pas suffisant pour WIll Smith, d'autant qu'il a un autre projet en tête.

 

photo, Will SmithWill Smith risque gros

 

C'est un fait : le comédien vieillit et il doit penser à l'avenir de son clan. En public, Will Smith a toujours joué sur le modèle de la famille parfaite avec sa femme et ses deux enfants (alors qu'il a toujours été relativement discret sur Trey Smith, son ainé issu d'un premier mariage) et il en fait clairement son fond de commerce. En bon chef, il pense ainsi à l'héritage et à la pérennisation de sa marque, de son business ; en l'occurrence, son fils Jaden Smith qu'il avait déjà mis en avant avec À la recherche du bonheur et The Karate Kid, dont il est aussi l'un des producteurs.

Mais cette fois, il décide d'aller plus loin en initiant LE film qui fera office de passage de flambeau, celui qui installera définitivement son successeur. Et malheureusement, il s'agit d'After Earth en 2013. Un projet dont il est à l'origine, qu'il produit en famille et qu'il confie au réalisateur M. Night Shyamalan, alors durement touché par l'accueil catastrophique du Dernier Maître de l'air.

Smith mise tout sur ce film, pensé comme le symbole de la passation, la publicité idéale pour son clan, et surtout l'exemple parfait d'une famille soudée et aimante qui nourrit de grandes ambitions. Le storytelling absolu. D'ailleurs, toute l'histoire du film tourne autour de cette volonté, où le père guide le fils pour qu'il devienne un homme, triomphe de ses peurs et sauve la mise. Au point d'ailleurs, de phagocyter complètement la promotion du film et de ne pas faire apparaitre le nom de Shyamalan (réduit au simple technicien sur le plateau, selon les rumeurs) sur les affiches ou dans les bandes-annonces.

 

Image 645224Un adoubement qui a du mal à passer

 

Le film est rejeté un peu partout. La stratégie de Smith, un peu trop voyante, ne convainc personne. After Earth pour un budget de 130 millions de dollars, n'en rapporte "que" 244 millions à travers le monde et aura des conséquences catastrophiques pour les personnes impliquées.

Le film marque le début de la grande traversée du désert de Shyamalan, tout le monde se moque de Jaden Smith, alors en pleine crise d'adolescence et qui montre clairement qu'il ne sait pas jouer (tout en investissant les réseaux sociaux à coups de messages pseudo philosophiques qui l'enterrent sous une couche de ridicule), et Will Smith n'est plus que l'ombre de lui-même.

La dure réalité apparait alors : sa vie, son oeuvre, sa famille si parfaite, tout le monde s'en fiche. Le comédien est au plus bas. En 2015, il dira à Esquire que cet échec a été un coup dur : "Ça a été une leçon utile. Ça été l'échec le plus douloureux de ma carrière. (...) Wild Wild West a été moins douloureux qu'After Earth parce que mon fils était impliqué, et c'est moi qui l'ai amené là. Ça, c'était épouvantable."

 

Photo Will SmithUne image qui en dit long sur notre héros

 

Eclair de lucidité ou constat déprimé ? Nul ne saurait le dire mais Will Smith nous réserve encore une petite surprise avec son apparition dans le désastreux Un amour d'hiver d'Akiva Goldsman, en 2014. Il y incarne un Lucifer pitoyable face à Russell Crowe dans ce film particulièrement gênant. Ou la folie des grandeurs, curseur maximum.

On pourrait y voir là une note d'intention éloquente : Will Smith est conscient qu'il n'est plus que l'ombre de lui-même, qu'il est passé de l'autre côté et qu'il est devenu son propre diable. Mais le comédien est loin d'avoir dit son dernier mot, car il ourdit toujours le même plan : il est et restera un héros populaire et une icone de la pop-culture. Il doit juste faire en sorte que les gens s'en rappellent.

 

photo Will SmithLucifer, rôle de composition ou véritable appel au secours ?

 

AVANCER À RECULONS (SUICIDE SQUADBRIGHT)

Après l’échec cuisant d’After Earth, l’acteur a compris qu’il n’était pas éternel aux yeux de son public. Commence alors une période creuse où le Prince tente de rafraichir sa carrière en devenant une caricature de lui-même. C’est le retour du héros américain.

Après le succès de HitchWill Smith retente la comédie romantique en 2015 dans le film Diversion de John Requa et Glenn Ficarra. Le film n’a pas remporté un franc succès. Impossible de ne pas noter qu'il se donne le beau rôle face à Margot Robbie, de 22 ans sa cadette (Kristen Stewart aurait délaissé le rôle pour éviter un duo romantique encore plus déséquilibré). Courir après sa jeunesse, capitaliser sur son allure de séducteur à l'approche de la cinquantaine...?

 

Photo Will Smith"Salut. Je suis beau goss un poil sombre, mais super sympa"

 

Le gentil Will Smith qui n’arrive pas jouer le vilain a véritablement touché une limite en 2016 avec Suicide Squad de David Ayer. Après avoir été l’anti-héros-mais-pas-trop Hancock, l’acteur saute dans le train des super-héros, qui secoue le paysage hollywoodien. Non pas dans son propre film, mais dans un film chorale, centré sur des bad guys de DC.

Plusieurs problèmes ici. Si l’acteur défend des valeurs familiales, alors son personnage aussi. Si Deadshot est défini par ses talents de tireur d'élite dans les comics, il sera d'abord un gentil papa dans le film. Et si Will Smith est une superstar, alors il sera au centre du film, même si c'est un film de groupe. Pour beaucoup, c'est une évidence : il a court-circuité le projet.

L’année suivante, Will Smith retrouve David Ayer pour une superproduction rejetée par les studios avec son budget de 100 millions. Signe des temps ou d'une valeur de moins en moins forte aux yeux du milieu : Bright est donc récupéré par Netflix. La critique atomise le film, mais le public, lui, aime. Netflix prend la défense du film et du casting, et l'aventure de Will Smith aux pays des méchants elfes et orcs échappe au désastre grâce à ce buzz. Bright 2 sera commandé dans la foulée.

 

photo, Will Smith, Margot Robbie"Tu es un méchant, alors agis comme tel s'il-te-plaît"

 

LE TEMPS DES REFLEXIONS (GEMINI MANBAD BOYS 3)

Will Smith va sur ses 51 ans. Il a l'air d'en avoir 20 de moins, et le temps semble n'avoir que peu d'emprise sur son visage. Il a affronté des bandits, des pays, des robots, des démons, des aliens. Que lui reste t-il ? Lui-même. A la manière de Tom Cruise dans Oblivion, confronté à ses clones comme dans une passionnante réflexion sur son statut de héros américain en lutte contre son identité industrielle, Will Smith va courir après son reflet dans Gemini Man d'Ang Lee.

Poursuivre sa jeunesse, son succès d'hier, sa gloire d'antan, car ramené à terre par l'époque qui a brûlé ses idoles d'hier pour en créer de nouvelles : le sens de Gemini Man pourra être multiple. Que Smith soit littéralement refaçonné par la technologie (la prouesse qui permet de le revoir jeune à l'écran) pour devenir une masse de muscle froide et éternelle, est là aussi un boulevard pour l'analyse ; surtout quand la bande-annonce parle d'une lutte contre soi-même (et donc, le meilleur), mais avec moins de souffrance et de rides. 

 

 

Il y a comme un aveu de sagesse ici, et un frein dans l'ascension déraisonnable. Will Smith a testé les rôles de super-héros qui façonnent les Will Smith d'aujourd'hui, mais ne sera pas dans The Suicide Squad, la suite. Il a un temps failli être remplacé par Idris Elba, avant que le rôle de Deadshot soit simplement évacué. On ne remplace pas Will Smith (sauf par Will Smith lui-même, dans Gemini Man).

Là, l'image de lui en génie dans Aladdin résonne. C'est l'image absolue d'une entité qui échappe au temps et à la gravité. Que ce soit dans le rendu qui lisse sa peau et sa couleur, ou dans le symbole d'un personnage éternel qui lui permet de rejoindre le panthéon historique de Disney, Will Smith est immortel. Ou du moins, court après cette idée.

 

photo, Will SmithJamais tu ne m'oublieras, et tes petits-enfants aussi m'aimeront

 

En parallèle, après des années de rumeurs, soucis en coulisses et retards, Bad Boys For Lif3 arrive. Smith reprend le flambeau d'hier. 1995, 2003, 2020 : le rôle de Lowrey, qui l'a propulsé dans les bottes du héros d'action, revient régulièrement dans sa carrière. Un peu comme s'il ne pouvait échapper à ce reflet qui lui a donné une vie aux yeux du public, et l'a défini. Un peu comme si le Will Smith des années 90, fraîchement sorti du Prince de Bel-Air, n'était jamais loin, dans le reflet du rétroviseur. Un peu comme Gemini Man, en somme.

Et avec une affiche qui dit "Qui peut vous sauver de vous-même ?", difficile de ne pas se dire que Will Smith est à la croisée des chemins, et à l'aube d'une deuxième partie de carrière potentiellement très intéressante.

 

Affiche française

 

commentaires

rapht
11/06/2019 à 15:55

le problème est bien cité dans l'article.
Will Smith est gentil, trop gentil, trop lisse.
Il ne donne pas l'impression de prendre de risque.
On ne lui donne pas de rôle dans ce sens ?
Qu'il produise un film (il doit avoir les moyens) où il pourra éventuellement démontrer un éventuel vrai talent.
Je l'aime bien, j'ai de nombreux films, mais il n'a pas le charisme d'autre acteurs.
Il manque un petit plus, un peps, un truc qui le démarque.
Il est sympa, lisse, gentil, cool.
Morgan freeman, qui n'a jamais fait d'action (me trompe je?) possède un charisme indéniable.
Il apparaît à l'écran, il s'impose, point.
Will Smith, il en faut plus..........

Cycy
09/06/2019 à 02:30

Si vous cherchez les rois d'hollywood c'est facile, il suffit de regarder la liste de ceux pour qui les studios sont prets à casser la tirelire (source: Variety); Will Smith doit se contenter de la quatrième place, cette année le Roi c'est Reynolds:

Ryan Reynolds - $27 million for Six Underground/Netflix
Dwayne Johnson - $20 million for Fast & Furious Presents: Hobbs & Shaw/Universal
Robert Downey Jr. - $20 million for The Voyage of Doctor Dolittle/Universal
Will Smith - $17 million for Bad Boys for Life/Sony
Jason Statham - $13 million for Fast & Furious Presents: Hobbs & Shaw/Universal
Tom Cruise - $12-14 million for Top Gun: Maverick/Paramount
Emily Blunt - $12-13 million for A Quiet Place 2/Paramount
Brad Pitt - $10 million for Once Upon a Time in Hollywood/Sony
Gal Gadot - $10 million for Wonder Woman: 1984/Warner Bros.
Leonardo Dicaprio - $10 million for Once Upon a Time in Hollywood/Sony

D'autres part, autant on est bien d'accord sur le fait qu'After Earth est un fiasco, autant je vous trouve rudes sur Wild Wild West. Oui il n'a pas fait beaucoup d'entrées a une époque où le cinéma remplissait ses salles à plein régime, mais s'il sortait aujourd'hui, il n'aurait pas à rougir en comparaison de certains Marvel ou DC; je dirais même que certains grands succès récents ont pompé certaines scènes du film en pensant ne jamais être découverts (j'appelle Guy Ritchie à la barre). Un peu comme Waterworld avec Costner, échec en salles, mais tellement visionnaire qu'on le redécouvre aujourd'hui tout ébahis.
Pour en revenir à Smith, oui il s'est forgé une image fictive de héros, mais honnêtement, toutes ses tentatives pour jouer autre chose ont été un échec soit auprès du public, soit auprès des critiques.
En 1992 alors qu'il était aux yeux de tous l'ado cool et clean du Prince de Bel Air, il n'a pas hésité à jouer un vendeur de drogue cloué dans une chaise roulante, menaçant le héros du film (qui n'était pas lui) et qui se fait tuer minablement au coin d'une ruelle. c'était un gros risque de casser son image "propre" ainsi, et pourtant tout le monde est passé à côté et peu se souviennent de ce film (Break out) aujourd'hui. Pas plus qu'ils ne se souviennent de son film suivant, "Made in america", tant on a peine à croire que le sujet d'un enfant né d'un couple mixte pouvait encore prêter à polémique en 1993. Vous n'avez pas non plus évoqué "seul contre tous" en 2015, où il n'est ni héros ni méchant, juste un Docteur, brillant dans son domaine de recherche, mais tout à fait ordinaire pour le reste, qui souhaitait juste avertir de certains dangers de la pratique du football américain. Et je pense d'ailleurs que Smith va de plus en plus se tourner vers ce type de rôles, conseiller plutôt que occuper toute la lumière, c'est ce qu'il fait dans "Aladdin", où il se "Freemanise" en se positionnant comme le meilleur ami qui conseille le héros, et non comme le héros lui même. D'ailleurs même si c'est cruel à dire, il faut être lucide: Morgan Freeman a 82 ans. Le moment pour lui de quitter la scène, soit par choix (comme Sean Connery par exemple) soit parce que son destin l'aura décidé ne tardera plus trop. il y aura alors une place à prendre pour le rôle de "conseiller de héros perpétuel" que Freeman endosse depuis "Robin des bois". Qui d'autre que Will Smith, parvenu à l'âge de la sagesse, sera alors le plus à même de se positionner comme successeur de Freeman?

omegalul
04/06/2019 à 07:08

acteur médiocre, incapable de changer de registre à la différence d'un Freeman, dont le succès artificialisé n'est evidemment que politique.

jibibi
02/06/2019 à 21:43

Vous avez oublié de parler d'un film qui m'a beaucoup touché : Beauté Cachée de 2016

Tieums
01/06/2019 à 20:01

Moi j'ai bien aimé ENNEMI D'ETAT

francky
29/05/2019 à 23:56

j'adore smith dans le prince de Bel-Air mais le trouve bof dans les films

Krys
25/05/2019 à 16:20

Dans les années 90 çà se jouait entre les Stallone Schwarzenegger, Willis (K.Reeves, Brad Pitt,Cruise, Will Smith etc étaient les princes). Début 2000 Johnny Depp était la super star d'Hollywood. Depuis 2010 Di Caprio est celui qui se rapproche le plus du statut d'icône du cinéma hollywoodien et

Dutch Schaefer
25/05/2019 à 12:25

C'est terminé depuis bien longtemps cette idée d'un "roi de Hollywood"!
Dans les années 70, 80 (surtout!) et dans une certaine mesure les années 90, cette idée avait de la gueule!
Mais depuis l'avénement des CGI et autres super héros, tout cela est devenu totalement désuet!
Et Will Smith est LE MEC qui est dans la mauvaise époque!
Il y a eu Redford, Pacino, De Niro, Harrison Ford, Sly, Schwarzy... Même Chuck Norris laissera une empreinte bien plus forte que Will Machin!
Non, définitivement, ce mec est arrivé "trop tard"! Pas de bol!

Vinnie
25/05/2019 à 08:34

La vraie question c'est qui est donc le roi d'Hollywood ou du moins le nouveau roi d'Hollywood? Dwayne Johnson? Chris Evans? Dicaprio? À des époques on a eu un certain Clark Gable, une autre Stallone, une autre De Niro… mais le concept semble très biaisée dernierement.

Chris11
25/05/2019 à 08:17

Peut-être qu'on se lasse juste qu'il ait joué toute sa vie dans tous ses films exactement le même rôle du "mec rebelle et cool qui casse les codes en balançant les vannes qui font rire le public tout en restant stoïque à l'écran parce que tu comprends ça fait trop badass"?

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