Predator : comment le film culte avec Schwarzenegger a failli tourner au désastre

Mise à jour : 07/10/2018 14:40 - Créé : 6 octobre 2018 - Geoffrey Crété
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La sortie de The Predator est l'occasion de revenir sur la vie et l'œuvre de la créature de l'espace.

De Predator de John McTiernan à The Predator de Shane Black, en passant par les jeux vidéo et Alien vs. Predator, le prédateur de l'espace a eu une carrière compliquée et étonnante.

Alors que sa nouvelle aventure, avec notamment Boyd HolbrookTrevante Rhodes et Olivia Munn, est vraisemblablement condamnée à devenir un parfait exemple des dérives des studios hollywoodiens, l'occasion est trop belle pour ne pas revenir sur le tout premier film, sorti en 1987. Ou comment un tournage très compliqué a donné un grand classique du genre.

 

 

AU COMMENCEMENT

La légende dit que Rocky est un peu à l'origine de la naissance du Predator. Avec Rocky IV, une blague aurait commencé à tourner, disant que la prochaine étape pour le super-boxeur serait d'affronter un alien. Jim et John Thomas, jeunes scénaristes qui n'ont pas encore signés Wild Wild West et Mission to Mars, n'ont pas besoin de plus. Ils écrivent Hunter, centré sur un groupe d'aliens de différentes espèces, qui cherchent des proies pour chasser.

Jim Thomas expliquait à The Hollywood Reporter en 2017 : "J'avais l'idée de Predator, et j'ai dit à mon frère, 'Tu veux écrire un scénario avec moi ?', et il a dit oui. On s'est juste assis sur la plage et on a construit ça sur trois mois. Le concept original a toujours été : qu'est-ce que ça ferait d'être chassé par un chasseur dilettante d'une autre planète, de la même manière qu'on chasse en Afrique ? Au début on pensait à une bande de chasseurs qui allait se séparer et traquer différentes espèces sur la planète, mais on s'est dit que ça allait être trop complexe. Donc, quelle est la créature la plus dangereuse ? L'Homme. Et lesquels sont les plus dangereux ? Les soldats. A l'époque, il y avait beaucoup d'opérations en Amérique centrale, donc on a placé l'histoire là."

Les deux frères envoient leur scénario en masse aux agents et producteurs, et reçoivent des refus, en masse. C'est évidemment grâce à un ami que leur travail arrive à la Fox, au moment opportun puisque l'administration était en train de changer. Fraîcheur de lire pour la nouvelle équipe, coup de chance ou du destin pour Jim et John Thomas : le scénario plaît à Lawrence Gordon, tout nouveau président du studio. The Hunters est acheté dans la foulée. Le producteur Joel Silver est mis sur le coup. Et celui-ci vient de terminer Commando, avec Arnold Schwarzenegger.

 

photo, John McTiernanJohn McTiernan et Schwarzenegger

 

Le réalisateur Geoff Murphy est d'abord sur le coup, quand le titre était différent. Il expliquait à l'époque : "Ça s'appelle The Hunters et ça parle d'un alien qui vient en safari sur Terre pour chasser le plus dangereux des animaux de la planète. Et son ordinateur lui dit que l'animal le plus dangereux sur Terre est un Américain membre d'un commando, qui vient d'arriver en hélicoptère en Amérique centrale, ou quelque part comme ça. Donc il va chasser cette patrouille."

John McTiernan sera finalement choisi. A l'époque, il n'a réalisé que Nomads et personne ne le connaît. Sauf le producteur de Predator, John Davis, qui l'a repéré. Il organise une projection de Nomads, avec le patron de la Fox et Schwarzenegger, pour les convaincre. McTiernan insiste pour en faire un film d'horreur, pas de guerre. 

 

photo, John McTiernanMcTiernan, à gauche

 

Ramené par Schwarzenegger, John Davis devient producteur pour la première fois. Il est aussi derrière The Predator de Shane Black. Il raconte à THR : "J'ai rencontré Shane sur ce film. C'était un très bon scénariste qui venait d'écrire ce super scénario intitulé L'Arme fatale. Je voulais qu'il réécrive le scénario de Predator. Donc on l'a mis dans le film, parce qu'il est acteur. Et on lui a demandé de travailler dessus, et il a répondu qu'il était acteur sur ce film, et pas scénariste. Donc ça a été la première personne à mourir." 

Schwarzenegger aura d'ailleurs été plus que lucide sur le scénario en question. Donald McAlpine, le directeur de la photographie, se souvient que suite à l'une des réécritures quotidiennes, l'acteur est tombé sur John McTiernan : "Il est sorti de sa caravane, directement vers John et l'a attrapé par le col pour lui dire, 'John. Il y a quatre mots là. J'en dirai trois'. C'était une blague, mais il annonçait en gros à John qu'il ne voulait pas faire de longs discours."

 

photo, Arnold SchwarzeneggerLe soldat : parfait specimen à chasser

 

AU CAUCHEMAR

Le tournage de Predator frôle la catastrophe. Arrivé au 48e jour des 56 prévus, John McTiernan n'a même pas tourné la moitié du film. Le studio menace de tout stopper, et Joel Silver sauve la mise : il fait réécrire la scène d'attaque du camp de soldats pour en tirer une grosse scène d'action avec tous les acteurs, qu'il pourra montrer au studio pour les calmer. 

Une crise est évitée, mais la guerre est loin d'être terminée. Locaux engagés mais qui ne connaissent rien aux plateaux de tournage, températures et humidité extrêmes, équipe régulièrement malade : le tournage est extrême. Le décor lui-même pose un sérieux problème, au-delà des scorpions, serpents, araignées et fourmis rouges de tous les côtés. Loin de la jungle verdoyante et touffue, les lieux de tournage choisis au Mexique, près de Puerto Vallarta, sont marrons et secs (la priorité aurait été le choix des villas louées dans le coin par les producteurs, selon le réalisateur de seconde équipe).

La production engage une trentaine de personnes, qui amènent régulièrement des sacs de feuilles vertes pour recouvrir le sol terreux. Une solution qui ralentit extrêmement le tournage, et complique chaque changement d'axe.

 

photo, Arnold Schwarzenegger La jungle, ce piège

 

Si les acteurs ont eu droit à une semaine d'entraînement militaire, demandé par McTiernan, l'expérience reste donc extraordinaire. Avec une ambiance bon enfant puisque l'équipe se souvient que tous ces hommes (acteurs et cascadeurs) se retrouvaient chaque matin dans la salle de musculation installée par Arnold Schwarzenegger, pour une petite compétition de muscles. De quoi donner un sens encore plus drôle à ce plan mémorable de biceps, entre Schwarzenegger et Carl Weathers

L'acteur de Terminator se mariera d'ailleurs en plein milieu du tournage, et se paiera deux jours de lune de miel avant de replonger dans la boue.

 

photo, Arnold SchwarzeneggerSchwarzy et ses collègues faisaient la compet' de muscu tous les matins

 

AU(X) PRÉDATEUR(S)

Le grand problème reste le Predator lui-même. Le design n'étant pas terminé, toutes les scènes avec lui sont calées à la fin du tournage. Mais lorsque le costume arrive sur place, c'est l'hallucination : la chose ne ressemble à rien, ou du moins pas à un alien effrayant. Le premier assistant Beau Marks expliquait à THR que le Predator avait l'air d'un "poulet en caoutchouc rouge géant". Schwarzenegger parlera d'une sorte de lézard, avec la tête d'un canard. L'autre version du costume, censée être utilisée pour les scènes où il est camouflé, n'est pas mieux. Après quelques tests, le constat est clair : c'est un désastre.

Sans parler du cas Jean-Claude Van Damme. Si tout le monde s'accorde à dire que l'acteur alors inconnu est bien passé dans le costume du Predator, personne n'explique son départ de la même manière. Trop désagréable, trop colérique, trop petit, trop fragile sur le plateau, il aurait été viré après avoir cassé un morceau du costume, après avoir imposé un Predator qui faisait du kung fu, ou lorsque le studio a décidé de modifier le costume. Impossible de trouver la vérité, mais Van Damme est bien passé par là, avant de partir ou d'être mis à la porte.

 

photo Le Predator version réussie

 

AU SAUVETAGE

Dans tous les cas, le tournage est en péril. Inquiet sur le budget qui ne s'arrange pas avec le design raté du Predator, le studio suspend la production. Schwarzenegger propose alors de contacter le maître Stan Winston, spécialiste des maquillages et effets spéciaux avec qui il a travaillé sur Terminator.

Le maître, qui a aussi signé les effets de The Thing de Carpenter sous la supervision de Rob Bottin, imagine une créature plus agile, plus simple, loin du machin disproportionné avec de gros yeux jaunes et une tête sembable à un chien. La légende raconte même que c'est James Cameron qui a inspiré ce Predator devenu célèbre : de retour du tournage d'Aliens - Le retour, Winston s'est vu rappeler par le cinéaste qu'il avait souvent parlé d'avoir un monstre à mandibules. 

Le travail de Stan Winston aurait coûté environ 1,5 million. Un chiffre significatif sur un budget de 15 millions.

Les scénaristes seront les premiers ravis par le travail de Stan Winston, comme dit à THR : "On avait essayé de décrire au mieux le camouflage, l'aspect guerrier, le casque. Mais n'étant pas artistes, on ne pouvait pas faire mieux. Et je me souviens, la première fois que j'ai vu les dessins de Stan Winston, je me suis dit : 'C'est absolument ça. C'est fantastique !'. La créature qu'ils avaient au début n'était pas aussi légère et rapide qu'on voulait. Elle devait bouger vite dans la canopée, comme un singe, mais une fois qu'on a vu ça, on s'est dit qu'ils ne pourraient pas faire mieux."

  

Photo Predator Apparition mémorable

 

Environ six mois ont été nécessaires pour reconcevoir le Predator, construire les costumes, avant de repartir tourner et terminer le film. Entre temps, John McTiernan avait eu le temps de commencer le montage, et rassurer le studio. Le troisième acte, où Schwarzenegger et son ennemi, devaient ainsi être filmés. Et entrer dans l'Histoire.

Le producteur Joel Silver aura été vital dans l'histoire. Le directeur de la photo se souvient que McTiernan se retournait régulièrement vers lui, pour notamment doser la violence. Silver répondait toujours qu'il fallait plus de sang, et aura mis les mains dans le camboui pour tenir l'équipe. Il était même surnommé Generalissimo Joel.

 

Photo Arnold SchwarzeneggerClimax mémorable

 

AU SUCCÈS

Predator sort le 12 juin 1987 aux Etats-Unis. La critique est mitigée, mais le public l'adopte vite. Il encaisse 12 millions dès son premier week-end, marque le deuxième meilleur démarrage de l'année, et encaisse près de 60 millions sur le territoire. Au box-office mondial, il engrange finalement plus de 98 millions. Pour un budget d'environ 15 millions, c'est une victoire.

En France, 1,4 million de spectateurs vont le découvrir dans les salles. Il ressortira en 2016, en version restaurée.

L'équipe raconte dans THR que le phénomène a été vite ressenti. Ils étaient reconnus dans la rue, et le public était surexcité dans les salles.

Predator 2 arrivera quelques années après. Puis Alien vs. Predator et Aliens vs. Predator : Requiem dans les années 2000. Puis la suite-remake Predators en 2010. Et The Predator de Shane Black en 2018. La boucle est bouclée. Pour le pire, plus que le meilleur. Mais avec le plaisir à peu près intact, à la base, de retrouver le prédateur le plus coriace et cool de l'univers.

 

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commentaires

nico 08/10/2018 à 12:00

@Geoffrey Crété

Il me semblait effectivement que l'info était à prendre avec des pincettes, maintenant j'en suis sûr. Merci en tout cas pour la précision!

Geoffrey Crété - Rédaction 08/10/2018 à 01:03

@nico

Pour le cas Sonny Landham : apparemment le monsieur était très difficile à gérer une fois alcoolisé oui. Un garde du corps aurait été engagé au final pour l'encadrer, mais ça n'est pas très clair et précis, et ça semble plutôt être dans le cadre des soirées arrosées... Et encore, difficile de savoir à quel point c'est vrai et dans quelle mesure.

Murata 07/10/2018 à 18:35

"Y a de la monnaie à rendre"
"T'as pas une gueule de porte bonheur"
Le nombre de répliques cultes de ce film, la trad française avait été bien inspirée.

farfa 07/10/2018 à 16:39

Pas le meilleur film de McTiernan pour moi. Je fais un copié-collé d'une partie d'un post que j'ai écris sur Predator, il y a deux mois de ça.


Pour moi, Predator (que j'apprécie mais pas aveuglément), souffre des délires de Joel Silver. L'attaque du camp de base (la mise en scène, le coté pyro), ressemble plus à un vulgaire épisode de l'Agence Tout Risque qu'une production de McTiernan. La scène du bras de fer pour savoir qui est le mâle Alpha est juste ridicule et paradoxalement très gay. Tout ces trucs entachent le film, mais quand McTiernan prend les commandes, on voit tout de suite la différence.
En l'état, j'ai l'impression de voir l'embryon d'Apocalypto alors qu'il aurait pu être l'Apocalypto des années 80 si le producteur avait été moins envahissant.

Copeau 07/10/2018 à 16:00

Ho excellent ! Merci pour l’info LaRedac d’EL :)

Geoffrey Crété - Rédaction 07/10/2018 à 13:16

@Copeau

Stan Winston a bien travaillé sur The Thing. Comme dit plus bas, il notamment bossé sur le chien. Pas toujours crédité, mais bel et bien reconnu. Il a travaillé sous la supervision de Rob Bottin.

Rorov94 07/10/2018 à 11:44

Predator est un film ultra-surestimé.
Dans le même genre,même époque DARK ANGEL de Graig Baxley avec Dolph Lungren est meilleur.!

Copeau 07/10/2018 à 10:52

Salut amis EL, je crois qu’il y’a une petite erreur ... c’est Rob Bottin qui a fait les FX de The Thing (mon film préféré donc je me sensation obligé de faire cette précision:)
Et comme les vieux ringards de mon espèce avaient l’habitude de le dire au temps jadis : A+ dans le bus les gars

Mr.A 07/10/2018 à 09:38

Le meilleur PREDATOR de la Saga ta pas une gueule de port bonheur

MacReady 07/10/2018 à 04:37

Faut vraiment être un abruti pour croire que qu'il y a quelque chose à "plagier". Mad Movies n'a pas inventé ça, Ecran Large non plus... ce sont des histoires, interviews (ici citées du Hollywood Reporter), des making of etc, dont personne n'est proprio. Qui sont là depuis des années.
C'est vraiment de la cinéphilie en carton, comme quand on accuse untel de plagier un Youtubeur qui vient de faire une vidéo sur tel film, comme si le mec l'avait inventé et était le premier à en parler.
Parler de Predator l'original pour la sortie du nouveau : dingue, clairement c'est l'idée du siècle, Mad et EL sont les seuls à y avoir pensé. S'ils reparlent du premier Halloween pour la sortie du nouveau, faudra pas hésiter à décréter qui est propriétaire de l'idée surtout.
Et Stan Winston a bossé sur The Thing, donc niveau ridicule du Rorov-berger allemand du vide : niveau 76.

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