Halloween : tour d'horizon de la saga culte initiée par John Carpenter

Simon Riaux | 27 septembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 27 septembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Alors que ESC réédite en France de réjouissantes versions restaurées de la saga Halloween (dont le 5e opus vient d'atterrir sur les liminaires des revendeurs) on vous propose un petit tour d'horizon de cette franchise emblématique de son genre : le slasher.

Du film fondateur devenu culte en passant par des suites en mode séries B vénères ou délire 80's, puis péloches d'exploitation attachantes mais Zédissimes, la série des Halloween est une tranche de cinéma indispensable pour tout amateur de jeu de massacre.

 

Photo , Jamie Lee Curtis

 

HALLOWEEN : LA NUIT DES MASQUES - 1978

John Carpenter réinvente simultanément un genre (le slasher), et crée un des croquemitaines les plus mémorables du Septième Art : une figure du Mal implacable, colosse fantomatique que rien n’arrête. Grâce à une mise en scène tour à tour visionnaire, minimaliste et terriblement inventive, le réalisateur génère un espace de terreur à la fois parfaitement banal, et propice à un déferlement de ténèbres qui n’a toujours pas pris une ride. Un chef d’œuvre instantané.

John Carpenter y parfait l’impressionnante maîtrise de l’espace dont il faisait déjà preuve dans Assaut. Il métamorphose une petite banlieue américaine en une dimension terrifiante, un lieu dont chaque recoin accueille nos terreurs les plus terribles, susceptibles de dissimuler la silhouette de Michael, incarnation totale du Mal.

 

 

HALLOWEEN II - 1981

Carpenter ne le met pas en scène, mais est crédité à la production et au scénario, avec Debra Hill. Le film de Rick Rosenthal est une suite honnête, carrée. Filmé sans génie, mais riche de mises à mort très réussie, il prolonge efficacement le premier volet et en se situant dans son prolongement chronologique immédiat, parfait la figure de Michael Myers, et sa dimension fantasmagorique. La mythologie se cristallise définitivement ici, et on se régale de retrouver Laurie Strode et le Dr Loomis.

 

PhotoJoies du jacuzzi

 

HALLOWEEN 3 : LE SANG DU SORCIER – 1982

Film mal-aimé et souvent très sous-estimé, ce troisième chapitre prend le risque de dévier totalement du canon précédemment établi. Acceptant l’idée de la mort de Michael Myers, Tommy Lee Wallace se propose donc de complètement réinventer la saga et de ne conserver que le concept d’Halloween, et l’usage de masques.

Ici, des mômes se retrouvent victimes de masques commercialisés par la société Silver Shamrock, qui vont causer quantité de morts affreuses. Une proposition bordélique, passablement absurde, mais sympathique dans ses outrances et sa cruauté.

 

 

HALLOWEEN 4 : THE RETURN OF MICHAEL MYERS - 1988

Parce que personne ne se soucie vraiment de la cohérence en matière de slasher, décision est prise de ramener Michael, qui serait finalement toujours vivant, tout comme le Dr Loomis, désormais défiguré. Tous deux font la course jusqu’à Haddonfield, où le meurtrier a bien l’intention de découper sa nièce, Jamie Lee Curtis ayant refusé de rempiler.

En dépit d’une poignée d’images fortes (Donald Pleasence a toujours une classe folle et l’image de cette enfant costumée courant dans la nuit imprime instantanément la rétine), on sent que la saga manque clairement d’un artisan inventif aux commandes et d’une direction précise. Les épisodes à venir permettent néanmoins d’apprécier la relative bonne tenue de l’ensemble.

 

Photo"Je crois qu'on a besoin de vacances Michael"

 

HALLOWEEN 5 - 1989

Là, ça commence à partir sévèrement en cacahouètes. Michael Myers, recueilli par un pêcheur, se réveille après un an de coma et part à nouveau à la poursuite de sa nièce, avec laquelle il entretient un lien télépathique. C’est moche, c’est passablement stupide et raconté n’importe comment.

Donald Pleasence surjoue son personnage de psychiatre torturé tant et si bien qu’il en deviendrait plus inquiétant que Michael, tandis que tout le monde s’obstine à vraiment ne pas croire un seul instant qu’il puisse réapparaître. À réserver aux fans de la saga, ou de coutellerie. Pour réaliser l’affolant bordel que fut l’écriture et le tournage du machin, on vous recommande le making-of de la chose, où le producteur dévoile carrément qu’un personnage mystérieux aurait dû être… le beau-frère du tueur !

 

Photo"Quelqu'un aurait trouvé mon fond de teint ?"

 

HALLOWEEN  6 : LA MALÉDICTION DE MICHAEL MYERS - 1995

Et si on disait que Michael Myers était en fait membre d’une secte mongolo-sataniste même pas partouzarde ? Hein ? Voilà, c’est vous dire où on en est rendu avec ce chapitre parfaitement inutile, qui témoigne simplement de combien un grand couillon armé d’un couteau et d’un masque blanc peut rapporter de billets verts. Les nostalgiques pourront y découvrir la dernière prestation de Donald Pleasence, décédé juste après le tournage, mais l’artiste y apparaît si diminué que sa présence distille un déchirant sentiment de malaise.

Le réalisateur Joe Chapelle interviendra en cours de production, salopant littéralement le film dont il coupe 40 minutes, avant d’en remonter une grande partie et de tourner des séquences additionnelles, pour un résultat totalement incompréhensible et schizophrène. Initialement pensé comme un gros pudding qui devait donner sens à toute la saga, le projet est devenu une mosaïque dont la médiocrité est aujourd’hui encore source de terreurs nocturnes.

 

 

 

HALLOWEEN : 20 ANS APRÈS - 1998

Avec ses airs de retour du refoulé, cette réunion de famille sentait sévèrement le pâté. Nous retrouvons Jamie Lee Curtis qui en fait n’était pas morte dans le quatrième épisode : elle a désormais un fils, et dirige l’internat d’un sympathique campus où on croisera Michelle Williams et Janet LeighMichael Myers vient logiquement faire des siennes, mais sa soeurette ne veut pas se laisser faire et compte bien ne pas le laisser tuer son fils, surtout qu’il ressemble vachement à Josh Hartnett.

On appréciera notamment les diverses mises à mort, toutes spectaculaires, et qui ont le bon goût de durer. En dépit d’un masque tout pété, qui affaiblit considérablement le charisme de Michael, cette suite est une pure série B rigoureuse, créative dans ses mises à mort, au rythme plaisant, et donc le meilleur segment de la saga depuis… le 2 !

 

photo"Et bah ça, c'est un gros couteau"

 

HALLOWEEN : RESURRECTION – 2002

Dans la catégorie nanar positronique se pose cet épisode qui essaie de tirer à lui la mode de la téléréalité, grâce à un casting abominable, tout en usant d’une recette alors usée jusqu’à la corde et largement ringardisée par la saga Scream. Il n’y absolument rien à sauver dans ce naufrage d’un rare opportunisme, sinon une séquence surréaliste où Busta Rhymes fait du kung fu contre Michael Myers.

 

PhotoUne des scènes les plus ridicules de l'histoire du slasher

 

Symptôme de son manque d'inspiration, le film sacrifie une nouvelle fois Laurie Strode, et ce dès son introduction. Non seulement la scène est bien pétée, mais elle se retrouve collée au chapitre le plus incroyablement nul de la franchise, ce qui achève de faire de l'ensemble un nanar cosmique. Enfin, comment ne pas s'énerver devant cette galerie de teubés qui se laisse le plus souvent massacrer sans bouger le petit doigt, comme en témoigne l'invraisemblablement lente scène de l'égorgement à coups de pied de caméra.

 

Un des pires reniements du film

 

HALLOWEEN - 2007

Qui mieux que le réalisateur de The Devil's Rejects pour ausculter et renouveler cette grandiose figure du mal absolu ? Rob Zombie s’attèle brillamment à la tâche et choisit la seule approche possible quand il est question de traiter d’un classique : le changement total de point de vue.

Plutôt que de faire de Myers une entité presque abstraite, un pur concept, Zombie décide d’ausculter la vie de l’enfant qu’il fut, bien au-delà du célèbre plan séquence d’ouverture de Carpenter. Le metteur en scène hybride l’ADN de la saga à son amour des marginaux, faisant de Michael le cœur palpitant du film.

En dépit d’un dernier tiers au rythme problématique (Zombie est obligé de précipiter le récit pour retomber sur ses pattes), le film est d’une grande richesse thématique, et plastiquement très impressionnant. On l’aura peu relevé à l’époque, mais la démarche de ce remake est infiniment plus respectueuse que ce que les fans en ont perçus. Car si Rob Zombie plonge dans le quotidien white trash d’un marmot à problèmes, grandissant dans une famille cauchemardesque, il arrive à la même conclusion que Carpenter. Peu importe qu’on élude ou qu’on expose les origines de Michael : sa folie, le déclic qui fait de lui une machine à tuer sans cœur demeurera toujours un angle mort, territoire fantasmatique impossible à explorer.

 

PhotoEt toujours, l'énigme de ce qui réside derrière le masque...

 

HALLOWEEN 2 – 2009

Gros déception en salles aux Etats-Unis (il a engrangé environ 33 millions, loin des 58 du précédent épisode), le film ne sort même pas sur grand écran en France - il finira par arriver en DVD en 2010. Ici Rob Zombie s’approprie totalement le mythe le temps d’un cauchemar déstructuré aussi radical que remarquable. Après une séquence d’ouverture ahurissante de violence et de perversité narrative, le cinéaste choisit de faire de Myers un vagabond, colosse asocial errant au cœur d’une Amérique terrifiée par les créatures qu’elle a elle-même engendrées.

 

PhotoL'Homme, le monstre, son masque, ne forment plus qu'une seule et furieuse entité

 

C’est toujours cette horreur carnavalesque, à la fois expiatoire, chargée socialement et revancharde qui font la particularité de ce film désespéré, à la fois cri d’amour requiem adressé à une figure inoubliable du cinéma d’horreur. Avec sa mise en scène brute, sa photo sombre mais soignée à l’extrême, Rob Zombie signe sans doute son film le plus jusqu’au boutiste, dont les fulgurances surréalistes annoncent déjà la pureté expérimentale de son Lords of Salem.

 

 

 

HALLOWEEN - 2018

La saga est devenue un bordel si épais et indescriptible qu'il était devenu difficile de poursuivre son récit, tandis qu'un nouveau reboot aurait pris le risque d'agacer les fans... C'est donc une voie médiane qu'a choisi Blumhouse après avoir réussi à négocier l'exploitation de la franchise : bazarder le gros de la mythologie et reprendre directement après le premier film de Carpenter, voilà le programme.

Une pas si mauvaise idée, qui aura permis de ramener dans le coeur de la série son réalisateur originel, ici producteur, consultant de luxe et musicien. Le résultat est à la fois un hommage total et une tentative de subvertir les codes de la saga. grâce au soin réel apporté au projet par Danny McBride et David Gordon Green on tient là le film de la franchise le mieux mis en scène (après le chef d'oeuvre de John Carpenter, bien entendu), malgré plusieurs pétouilles narratives.

Et qu'importe finalement si le duo à la tête de cet Halloween ne parvient pas toujours à explorer toutes les pistes proposées par ce nouveau chapitre, il prouve déjà que le slasher a encore le sang chaud et peut toujours nous faire frissonner.

 

photoL'histoire sans fin

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commentaires
Bud
11/10/2020 à 01:05

Si Halloween 3 dérive de l'univers de Michael Myers, c'est parce que au départ John Carpenter voulait faire un film d'horreur différent pour chaque Halloween. Vu que le 3 n'a pas marché car tout le monde réclamaient Myers, ils ont lancé le 4 en chantier.
Pour Halloween 5, je suis totalement d'accord, Dominique Othenin-Girard a fait vraiment un travail bâclé et horrible (ou même moi plus jeune j'avais plus eu peur de Loomis dans ce film haha).
Cependant je ne suis pas d'accord pour Halloween de Rob Zombie, je pense perosnnellement qu'il n'a pas totalement respecté l'univers du film original. Il a ré-inventé la famille de Myers dans ce film, qui sont ici assez grossier et mauvais (excepté sa mère) tandis que dans le film de Carpenter, bien que nous avons vu ses parents seulement 3 secondes, on se doute que les parents de Myers étaient tout ce qu'il y a de plus normal, et c'était là que le mystère fonctionnait : Comment un gamin vivant dans une vie (supposé) à peu près normal devient au final un fou psychopathe ? Alors que dans ce remake, Mr Zombie justifie cela par des évènements qui ont déjà étaient vu et revu dans d'autres films différents.Et comme il aime le trash, il dénature aussi le personnage de Laurie qui n'est plus aussi douce et sympathique que dans l'oeuvre de Carpenter, et qui est ici vulgaire au possible et qu'on ne se soucierai presque même pas de son sort tellement on en a marre de cette version. Sinon le Myers final de ce film reste assez dans le respect de la saga tout en étant plus violent, c'est le plus du film. Pour ce qui est de sa suite, halloween 2 mieux vaut ne pas en parler, il n'a justement rien à faire dans la saga, avec un Myers, qui grogne quand il tue quelqu'un ou qu'il n'a presque pas de masque, ça ne fonctionne pas dans cette saga.
Enfin pour finir, je ne dirais pas que Halloween 2018 est le film le mieux mis en scène, car même si c'est un bon film il y a certains éléments qui dérangent. Déjà en effaçant le lien de parenté de Michael et Laurie, on se demande pourquoi il cherche absolument a tuer Laurie et sa famille dans ce film. Si dans le 1er film cela fonctionnait car il y pesait un mystères au sujet de ses motivations, ici on a l'impression que le film fait du sur place dans ce but, cette motivation, et justement dans la mise en scène, bien que les scènes de gore sont bonnes, les séquences assermblées ne donnent pas la même atmosphère que la saga nous avaient habitués, surtout que la fin [SPOILER] avec la maison de Laurie qui se transforme en piège high-tech, n'a rien a faire dans cette franchise.

Bud
11/10/2020 à 00:47

Si Halloween 3 dérive de l'univers de Michael Myers, c'est parce que au départ

Morcar
28/09/2020 à 14:13

Dans l'ensemble, je suis totalement d'accord avec votre avis sur les différents volets.
Sauf que je classerais "Halloween 4" au-dessus de "20 ans après", personnellement. La gamine du 4 est franchement très bonne dans son rôle, et je pense même préférer ce volet au second.
Quel dommage d'avoir ensuite raté le 5 à ce point. Le 6, n'en parlons même pas...

"20 ans après", écrit par Kevin Williamson qui réalisait sans doute là un fantasme, lui qui était un fan du film original, perd à mon avis l'identité de la franchise "Halloween" pour le transformer en "Scream-like". J'aime beaucoup la franchise "Scream" (je fais partie des rares personnes à attendre le 5 avec impatience, et qui irai le voir en avant-première sans doute), mais je trouvais dommage de vouloir adapter "Halloween" à la sauce "Scream".

Chez moi, j'ai les 2 premiers en DVDs, et celui de 2008 en Blue-Ray. Ça me suffit.

Ghob_
27/09/2020 à 17:41

Moi qui ne connaissait de la saga que l'original et quelques bribes éparses (j'ai cru avoir vu le 20 ans après il y a de longues années, mais je n'en ai quasi aucun souvenir), me voilà refait ! Merci pour la séance de rattrapage, après Jason, j'aurais de quoi faire si jamais j'ai envie de me lancer sur un run slasher old-school :)

On ne le dit peut-être pas assez souvent dans les comm', mais merci à vous Ecran Large pour ces dossier de qualité ! (même si un peu plus de détails sur chaque épisode ne m'aurait pas déplu).
Le site a clairement ses bons et ses mauvais côtés, mais je suis plutôt du genre à le voir le verre à moitié plein. Et à éviter toute sorte de trollage, ce qui a l'avantage de préserver mes neurones restants ^^
Great work !

darkpopsoundz
27/09/2020 à 15:49

On est gâtés en ce moment sur EL avec tous ces excellents dossiers! :-)

Je ne vais pas une fois de plus crier mon amour pour Carpenter, mais réhabiliter ce fameux troisième Halloween "Le sang du sorcier": le seul épisode de la saga sans Michael Myers et qui est pour moi le plus intéressant (le premier est hors-concours, entendons-nous bien). Car en fait il faut savoir qu'après Halloween en 1978 le projet de Carpenter et Debra Hill était de continuer les films Halloween comme une anthologie, c'est-à-dire que chaque film aurait du avoir une histoire complètement différente (sans Michale Myers donc), le seul point commun étant qu'ils se seraient tous déroulés à l'époque d'Halloween.
La pression après l'énorme succès du film de Carpenter (en particulier du point de vue des producteurs l'incroyable rentabilité du film - Halloween est resté longtemps le film le plus rentable au niveau du ratio budget/bénéfices) a fait que Carpenter et Hill ont écrit un deuxième volet des aventures de Michael Myers, mais Carpenter a refusé de le réaliser.
Le 3ème est donc issu directement du projet initial, et à mon avis ça aurait pu faire une saga bien plus intéressante par la suite. Les anthologies de ce genre étaient populaires dans les 60's/70's (voir les prod Amicus et Hammer) et reviennent un peu à la mode (voir American Horror Story par exemple), mais ça n'était plus le cas dans les 80's.

(Et sinon j'adore moi aussi les versions de Rob Zombie! ^^)

Nico1
27/09/2020 à 12:23

Halloween 2 de Rob zombie , une véritable réussite !

Halloween
26/11/2019 à 21:39

J'espère qui va ressortir le sixième volé de halloween parce que il et IMPOSSIBLE TROUVÉ TROUVE SA CHIANT

N. Sayed
27/02/2019 à 16:34

Recherche Halloween 1 a 6 et le h20

TheJoker
25/10/2018 à 12:15

J'aime bien les épisodes 1,2,4,h20,remake et je vais voir le dernier ce soir, le 4 est sous estimé je trouve.

Loic18122011
24/10/2018 à 21:09

Très bon article. Bonne analyse des films. Malgré tout le 4 et le H20 m’avais plutôt bien plu. Hâte de voir le 2018

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