Death Note : Critique condamnée

Christophe Foltzer | 26 août 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Christophe Foltzer | 26 août 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Plus que tout autre manga de ces 10 dernières années, Death Note fascine par son principe, son univers, son questionnement sur le Bien et le Mal et le grand jeu d'échecs qu'il nous offre. Après un animé, deux films live, un spin-off (et un autre bientôt), Netflix décide de donner sa propre version de l'histoire à la sauce américaine. Et il y a beaucoup à en dire.

Disons-le d'emblée, cette critique ne sera pas facile. Tout simplement parce que Death Note est une oeuvre foisonnante et complexe, d'une grande intelligence et que parler d'une adaptation de l'histoire en un seul long-métrage met déjà en avant un gros handicap : la contrainte de temps et d'adaptation. Ensuite, parce que, adaptation américaine oblige, il ne faut pas s'attendre à retrouver l'histoire telle qu'on la connait, ce  dont d'ailleurs le réalisateur Adam Wingard ne s'est jamais caché durant la promo. Plus qu'une adaptation, il nous propose SA vision de l'histoire, ce qui nous force à bousculer quelques peu nos habitudes. Donc, si vous le voulez bien, nous ferons cette critique en deux temps. Tout d'abord, nous traiterons de Death Note pour le film qu'il est et, ensuite, nous l'envisagerons sous le prisme de l'oeuvre originale. C'est parti.

 

Photo Death Note

 

TUEURS NEUNEUS

Ce qui frappe d'emblée avec Death Note, c'est à quel point il consacre toute son énergie à s'inscrire dans une mode tout en allant à contre-courant. En effet, en prenant comme postulat de base le film de super-héros (l'outsider qui se découvre un pouvoir qu'il va utiliser pour servir la Justice), le film nous narre en réalité les origines d'un super-vilain. Rien d'étonnant puisque le pitch le prédestinait à un tel traitement : Light Turner est un lycéen introverti, marqué par la mort de sa mère, qui lorgne un peu trop sur Mia Sutton, une pom-pom girl vaguement rebelle (elle fume sur le terrain de foot !). Il se retrouve en possession d'un Death Note, un cahier de la mort qui permet à son utilisateur de tuer n'importe qui dans le monde à partir du moment où il connait son nom et son visage. Investi de ce pouvoir, Light, sous l'impulsion de Mia à qui il révèle son secret, va tenter de purger la société de ses criminels et devenir la figure déique Kira.... Jusqu'à ce qu'un mystérieux enquêteur du nom de L ne s'intéresse à son cas et ne décide de le démasquer. 

 

Photo

 

Le parcours est clair, limpide et, dans sa première moitié tout du moins, le film suit cette logique cousue de fil blanc même s'il ne s'épargne pas de nombreux raccourcis pour précipiter les événements et tout faire tenir en 1h40. En résulte dès le départ un gros problème de personnages : Light n'existe jamais vraiment à nos yeux, ses intentions ne sont que des justifications dramaturgiques pour faire avancer l'intrigue et à aucun moment on ne le sent totalement investi par sa mission. Cette passivité entâche tout le machiavélisme dont il pourrait faire preuve puisque, si on nous le présente comme un élève brillant, il ne le prouve qu'en de rares occasions et, en n'embrassant jamais totalement sa vocation, il apparait plus comme une victime de ce qui lui arrive.

Le personnage de Mia, malheureusement suit à peu près la même trajectoire, passant d'un état à un autre lorsque cela arrange le scénario et ne se dévoilant jamais aux yeux du spectateur, ce qui fait que l'empathie ne fonctionne jamais et l'on se désintéresse progressivement du destin de ces personnages centraux.

A l'inverse, L est la grande surprise du film. Très bien interprété, charismatique en diable, profond et touchant, il est sans conteste cet enquêteur d'exception tout autant qu'un être rongé par ses propres failles et qui se retrouve face au défi de sa vie.

 

Photo Nat Wolff

 

DEATHTINATION FINALE

Une piste intéressante, que ce génie de l'enquête qui se fait progressivement bouffer par ses émotions et ses blessures. Il pourrait contenir le message du film (logique vs émotion, bien vs mal). Malheureusement, il se saborde totalement dans la dernière partie du film, proprement honteuse, monument de WTF qui renie plus ou moins tout ce qu'on nous a montré auparavant. L'enquête en elle-même n'est guère passionnante et passe rapidement au second plan même si elle provoque quelques moments de tensions bienvenus.

La mise en scène d'Adam Wingard constitue également un autre problème inhérent au rythme et à la qualité du film. Ne sachant jamais sur quel pied danser (comédie noire ? film d'horreur ? thriller pur et dur ? le film ne se décide jamais vraiment), il se réfugie dans un formalisme un peu trop emprunté, multipliant les effets de style bien lourds, les moments d'emphase inutiles et la recherche d'une ambiance dérangeante qu'il n'arrive jamais à atteindre. Résultat : l'environnement proposé se révèle artificiel et ne permet pas à son spectateur de rentrer vraiment dans le film. Et ce  malgré sa bande originale en mode rétro synth agréable et hypnotisante, et l'utilisation de l'esthétique néon comme l'exige la mode du moment.

Death Note ne se suit pas sans un certain plaisir mais on le sent soumis à une contrainte de temps fatale qui l'oblige à rusher son intrigue et ses personnages là où une mini-série aurait été sans conteste plus appropriée. En résulte un film un peu creux, vaguement divertissant mais qui n'est jamais à la hauteur de ce qu'il prétend être. Et c'est d'autant plus dommage qu'il en avait le potentiel.

 


 

LE SHINIGAMI, C'EST LA VIE

Disons-le franchement, on n'attendait pas de Death Note qu'il soit une adaptation réussie du manga. Sur le papier, c'était impossible, et on voulait juste voir une variation sur le même thème qui trouve sa propre musique, sa propre couleur et nous raconte quelque chose d'intéressant. Malheureusement, le film a constamment le cul entre deux chaises et sait parfaitement que ce qu'il entreprend est impossible.

Pour répondre aux canons occidentaux, son héros n'est plus Light Yagami. Alors que le personnage original est un surdoué bourré de suffisance, qui se prend pour un dieu et que son orgueil mène à la catastrophe, nous avons ici un Light en mode émo-goth tout droit sorti d'un roman Young Adult qui subit la vie et qui révèle son ambition parce que sa meuf lui a dit que ça pourrait être cool d'être un dieu. Si le personnage était constant dans sa trajectoire émotionnelle, cela pourrait fonctionner, mais le voir hésiter entre petits regards en coin, rictus manipulateur et hurlement de peur n'arrange pas les choses. Cette grosse trahison de l'intention de départ serait acceptable si le film n'essayait pas de recoller les morceaux pendant toute sa durée.

 

Photo Margaret Qualley

 

Ainsi quelques séquences emblématiques du manga surgissent sans que rien ne nous y ait préparé psychologiquement et forcément, passent toujours à côté de leur cible. Ryuk, le Dieu de la Mort en fait également les frais puisqu'il se voit transformé en Ange du Mal vaguement tentateur, dans un réflexe judéo-chrétien qui n'a pas sa place dans cette histoire, alors que dans le manga il était un Dieu plus complexe, détaché des contingences de l'esprit humain et qui agissait pour tromper l'ennui. Au-delà du Bien et du Mal donc.

Misa devient Mia sans jamais se trouver, puisque l'on passe de l'ado rebelle à la Lady Macbeth sans vraiment de logique et que sa trajectoire dramatique est plus que confuse. Comme Light d'ailleurs, dont on ne sait que trop rarement ce qu'il veut vraiment faire avec son cahier. Light Yagami avait un plan et il se transformait en être dénué de tout sentiment, qui manipulait tout le monde pour arriver à ses fins. Misa était une jolie écervelée qui avait trouvée en Kira une raison de vivre et se faisait balader du début à la fin. Ici, les rôles s'inversent parfois, on se retrouve avec un duo de tueurs un peu teubés qui s'aiment mais pas vraiment, mais en fait si, mais en fait non. Bref, un fouilli qui ne fonctionne pas dans ce type d'histoire.

 

Photo Lakeith Lee Stanfield

 

LOST IN TRANSLATION

Reste L, qui, comme on l'a déjà dit, est la bonne surprise du film. Bien qu'il soit devenu noir, on retrouve les mimiques, les postures, le phrasé et l'esprit complexe du L original et cela fonctionne parfaitement. Sa relation père-fils avec Watari est très intéressante mais tout cela est sacrifié dans le dernier acte où L pète les plombs et perd tout ce qui faisait l'intérêt de son personnage. Dommage parce que lui seul nous faisait ressentir que nous étions dans un film adapté de Death Note. Fort logiquement ce revirement total du personnage (qui illustre toute la partie "inventée" du scénario) finit d'achever cette adaptation pour la faire basculer dans une fiction qui n'est pas loin de la série Z. Et on se répète bien malgré nous que quelque chose ne va pas, que L ne réagirait jamais comme ça.

 

Teaser

 

Les scénaristes semblent vouloir faire entrer un maximum de thèmes pour contenter à la fois les fans hardcore et les néophytes. Un équlibre impossible pour le film. Death Note se cherche pendant toute sa durée, passant d'un chapitre du manga à un autre sans vraiment de logique, tâtonnant du début à la fin et se permettant quelques ajouts imbéciles qui le plombent définitivement aux yeux du fan : une règle du cahier rajoutée et utilisée comme un Deux-Ex Machina embarrassant ou la volonté de créer trop tôt une mythologie autour du personnage de L alors que l'on n'a pas pris le temps de l'installer.

 

Photo

 

D'un point de vue formel, Ryuk est également une déception, jamais intéressant ni charismatique. Abîmé par des CGI sont assez moyens, il n'est pas crédible et ne soutient pas la comparaison avec son homologue japonais des deux films live, parfait en tous points. Bref, pour le fan, Death Note est une grosse déception sans surprise ponctuée de quelque moments sympathiques. Pas de quoi nous permettre de nous sentir face à une vraie adaptation de notre manga préféré. La fin ouverte qui enchaine les grosses trahisons sera vécue par certains comme un supplice.

 

Affiche

 

Résumé

Death Note est un film qui se cherche constamment et ne se trouve jamais. Trop bordélique pour passionner le néophyte, trop condensé pour saisir le fan du manga. Impossible de déterminer à qui il s'adresse.

Si on ne passe pas un mauvais moment, on enrage de ce que le film aurait pu être s'il avait pris de vraies décisions et les avait assumées jusqu'au bout au lieu de se contenter d'un consensus mou. Espérons qu'il conduira néanmoins quelques spéctateurs vers le manga, réellement incontournable pour le coup. Si cela leur permet de découvrir le vrai Death Note, ce film imparfait aura au moins réussi quelque chose, sans le faire exprès.

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commentaires
ambree
22/08/2019 à 16:54

quelle idée de faire une adaptation? on ne peut pas comparer le manga qui est un chef d'oeuvre à la série... l'une des choses qui m'a le plus marqué c'est le caractère de light qui a je ne trouve quasi aucune similarité avec le personnage du manga.(comme tu l'as très bien expliqué) il ressemble davantage à une victime qu'au criminel mégalomane qu'il aurait dû être

yellow submarine
17/09/2017 à 13:19

pffff que de critiques négatives. Je vais relever un peu la moyenne, personnellement j'ai passé un très bon moment, cette on dirait une bande annonce de quelque chose de plus profond mais le temps passe vite.

Si je devais retenir une chose, le personnage de L est absolument fascinant. Acteur à suivre donc.

Vais aller regarder aussi le manga ça m'a bien donné envie de le découvrir.

Bubu
05/09/2017 à 19:40

C EST nul.je conseille death note en dessins animés qui est ressorties qui est superbe

LeRealiste
28/08/2017 à 15:11

"Ou est le problème? On souligne juste l'incohérence entre le manga et le film sur Netflix"
==> Déjà le film qui se passe aux USA au lieu du Japon est déjà une incohérence vis-à-vis du manga donc le reste, bof.

Mimi
28/08/2017 à 02:39

@Yena

C'est typiquement le genre de personne fragile qui voit le racisme à tout va et qui se met à pleurer ensuite, oui bien que L soit devenu noir étant donné que L à la base dans le manga et l'anime, est un asiatique blanc. Ou est le problème? On souligne juste l'incohérence entre le manga et le film sur Netflix

Mimi
28/08/2017 à 02:35

@Yena

C'est typiquement le genre de personne fragile qui voi

AIGOD
26/08/2017 à 22:02

OK, maintenant sa serais intéressant que vous critiquiez la Version Japonaise des Films Death Note pour voir si être plus fidèles a l'oeuvre original permet d’être un meilleur Film.
Pourriez vous le faire, please ??

JUJU
26/08/2017 à 19:39

Moi j'ai apprécié Death Note mais sans plus. Cet article résume vraiment tout!!!!

IROY
26/08/2017 à 17:48

@Arnaud

Pour Saint Seiya ce n'est pas un film mais une serie , un reeboot de l'animé original ( comme c'est de plus en plus fréquent pour certains animés des 80's ) , netflix ne fait "que" posséder la licence pour la diffuser la série sera bel et bien produite par le studio orignal et donc des gens du milieu.
Peut être que les ricains auront la présence d'esprit ( et l'humilité surtout ) de s'en inspirer ....

Keedz
26/08/2017 à 16:52

Je connaissais absolument pas death note sauf de nom et j'ai trouvé le film moyennement passable si on le prends pour une série b, j'ai ri plusieurs fois et on peut pas dire qu'on s'ennuie durant le visionnage. Après les acteurs sont aux diapasons tous aussi mauvais les uns que les autres surtout l ridicule à souhait. Quand à riuku je vous trouve dure il est très réaliste, la ggi est pas du tout raté. À mon sens le film dans se voir comme une grosse blague je pense pas que le réal ou les producteurs avez d'autres ambitions en atteste ce générique de fin en forme de bêtisier assez caractéristique des films parodiques

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