La Tour Sombre : critique qui décharge

Mise à jour : 13/08/2018 11:44 - Créé : 8 août 2017 - Simon Riaux

Après des années de développement chaotique, d’annulations en reports, l’adaptation attendue et redoutée de La Tour Sombre nous arrive à l’issue d’une séquence promotionnelle avortée, la production du film ne sachant manifestement pas comment vendre un produit dans lequel elle ne croit plus depuis longtemps.

Photo Idris Elba, Tom Taylor
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PISTOLERO DESESPERADO

La Tour Sombre est une fresque de fantasy qui s’étend sur sept tomes, écrite par Stephen King, avec l’ambition folle de proposer une chanson de geste épique, intertextuelle, dopée à la pop culture américaine. Œuvre la plus singulière et ample de son auteur, elle en condense les thématiques, tout en s’imposant comme un codex passionnant, qui offre aux lecteurs assidus quantité de clefs de (re)lecture et d’interprétation de nombre de ses travaux.

Saga complexe, sombre et radicale, La Tour Sombre, de la part de l’étendue du monde qu’elle dépeint, est à la fois le projet rêvé de tout studio en quête de franchise ou d’univers étendu, mais également un casse-tête de producteur, l’âpreté du texte et sa noirceur contredisant violemment la charte hygiéniste et fadasse du blockbuster contemporain.

 

Photo Idris Elba

"Mais pourquoi est-ce qu'on tourne un film d'action épique dans mon garage ?"

 

Ajoutons à cela que le roman s’ouvre sur un premier tome désespéré, à l’intrigue ramassée, crépusculaire, qui peint par touches impressionnistes et rugueuses le portrait d’un univers et d’un héros sur le point de sombrer. Soit le cauchemar de toute équipe créative cherchant à se rallier les faveurs d’un grand public anesthésié par dix ans de divertissement de masse aussi calibré qu’inoffensif. Néanmoins, la horde de fans veillant au grain, la simple volonté de s’attaquer à une création aussi riche, ainsi que le défi en lui-même pouvaient laisser espérer une bonne surprise, ou à tout le moins un passionnant challenge. 

 

Photo Matthew McConaughey, Abbey LeeLa critique devant le film

 

BALLES A BLANC

Malheureusement, après avoir visionné l’adaptation de Nikolaj Arcel, on est bien en peine de comprendre pourquoi ce projet a été entrepris et dans quelle idée. On le sentait venir, l’intrigue qui nous est proposée n’est pas seulement une trahison de l’œuvre originale, mais un authentique crachat. En l’état difficile de saisir ce que raconte le film. Ses maigres enjeux se paralysent les uns les autres et s’annulent régulièrement, si bien que malgré seulement 1h30 de métrage, le récit paraît s’éterniser inutilement.

 

image trailer

L'hôtel Overlook de Shining, un hommage inutile parmi tant d'autres

 

Chaque protagoniste se voit doté d’un tout nouveau background, de motivation inédites, souvent absurdes au regard des évènements dépeints dans le texte original. Evènements totalement évacués ici, la narration ne s’appuyant absolument jamais sur celle établie par King, lui préférant une intrigue au rabais. Cette dernière se voit d’ailleurs conclue de si abrupte manière à la fin du blockbuster qu’on voit assez mal comment le studio pourrait enchaîner décemment sur une base aussi rachitique.

La Tour Sombre était certes un mythe avare en explications, mais il donnait à son lecteur quantité d’indices, de ruines fantomatiques et de squelettes à dénicher pour qu’il se fasse une idée puissante du monde qu’il arpentait. Ce réseau de signes a ici été remplacé par un amas incohérent de citations aux travaux de King, qui n’ont pas d’autre but qu’un gavage opportuniste d’un lecteur supposé demeuré (les amateurs de Shining risquent de s’agacer, tant le film leur fait du pied avec l’élégance d’une joueuse de billard Thaïlandaise sous PCP). En tous points le travail d’adaptation alterne entre mépris et incompétence crasse.

 

Photo  Idris Elba

Idris Elba attend toujours son grand rôle

 

LA SOURDE TOMBE

Que La Tour Sombre fasse subir au chef d’œuvre de King le même sort que Jean-Luc Lahaye réserve à ses jeunes admiratrices, non seulement on l’avait vu venir, mais c’est finalement une question secondaire. Au-delà de l’adaptation, le métrage lui-même fonctionne-t-il, en tant que blockbuster de divertissement prometteur d’une odyssée interdimensionnelle ?

Avec ses deux malheureuses scènes d’action, expédiées en moins de cinq minutes, dans un festival d’effets numérique atroces, on parie que l’habitué de grand spectacle restera sévèrement sur sa faim. Le public en quête de dépaysement, pour peu qu'il ait déjà mis les pieds dans une décharge à ciel ouvert ne trouvera rien susceptible de lui ravir les pupilles. Le cinéphile pointu préférera se crever les yeux avec ses propres rognures d’ongles plutôt que d’endurer une direction artistique tantôt paresseuse (le Mid-World se limite à trois cabanes et un sous-bois brumeux) tantôt révoltante de laideur – les troupes du grand méchant évoquent plus Virus cannibale qu’un nouveau standard esthétique.

 

Photo

Décor désertique ou déserté ?

 

Enfin, on avait quelque espoir qu’Idris Elba et Matthew McConaughey parviennent à transcender leur partition respective en colonnes cosmiques de charisme qu’ils sont. Manque de pot, Nikolaj Arcel étant probablement plus occupé à passer la saga originale à la broyeuse plutôt que de diriger ses comédiens, les deux jouent comme des ballons percés et n’ont d’autres choix de que de verser dans une sinistre auto-caricature. Dépourvus d'ossature, les protagonistes s'agitent comme ils peuvent, piteuses marionnettes errant dans un lycée qui ne leur donne jamais le temps d'exister.

Il va sans dire que la frilosité de ses financiers, son budget ridicule et l’inexpérience de son metteur en scène n’ont pas aidé La Tour Sombre. Mais au vu du résultat, on a surtout le sentiment d’assister à un condensé d’incompétence inédit, une sorte de fête de la saucisse organisée par une secte vegan extrémiste.

 

Affiche

Résumé

Trahison totale, ratage technique, condensé d'incompétence industrielle... les mots manquent pour décrire l'incurie avec laquelle Hollywood piétine un des plus grands textes de Stephen King.

commentaires

captp 09/08/2018 à 11:37

Gros fan de la saga je me suis interdit de voir ce film mais m'a femme m'a soulé pour quand même le voir sur les et ...
C'est encore plus mauvais que ce à quoi je m'attendais. Il n'y a rien de bon.
Pourtant pas spécialement hostile à Elba en Roland au départ je dois avouer que ça ne va pas du tout.osef de la couleur de peau ,je m'en fou pas mal mais il est mauvais ,sans le charisme du Roland du livre.lhistoire est totalement bâclée, à aucun moment l univers riche de la saga est mise en place et on se retrouve avec un film mac do fait à la va vite sans aucune richesse et au effets spéciaux pourris.
Merci Sony d'avoir copieusement sodomisé une des saga les plus riche et violente en un temps records.

Bao 31/10/2017 à 22:15

Bon... Actuellement je suis au cinéma pour la soirée d'Halloween.
Le film passe à l'heure où j'écris, franchement que dire ? À part le fait que je m'emmerde complètement, je n'arrive même pas à me concentrer dedans tellement c'est pourrit.
Les décors sont sublimes mais le film en lui-même ne l'est pas.

y 31/10/2017 à 18:28

Grosse exagération comme dans tous les films d'action au niveau des armes .
Le dessin automatique existe et les phénomènes inexpliqués aussi .

Nigma 16/08/2017 à 11:47

@FHD

Moi j'ai du mal à comprendre un truc : si on pense différemment de toi, ça veut dire qu'il y a un problème, que c'est pas valable ?

Si j'applique ça, je vais dire que ton avis sur ce film, on devrait s'en méfier. Parce que tu dois avoir des goûts douteux pour l'avoir apprécié, et que tu dois avoir peu d'attentes niveau action.

Ça, ou alors on a des opinions différentes, et c'est pas grave, personne n'a raison, c'est la base du cinoch. Au choix.

FHD 16/08/2017 à 11:44

Bon film d'action, les acteurs offrent une belle performance et c'est un film que vous ne regretterez pas d'avoir vu.
J'ai du mal à comprendre certains commentaires négatifs et je crois qu'il faut être méfiant face à ces derniers puisque souvent, les critiques décident de bouder un film sans raison valable.
C'est un films à voir pour ceux qui aiment l'action.

Bibi 13/08/2017 à 16:42

Je ne connais rien des bouquins... du coup j'ai adoré le film !

Olive 10/08/2017 à 19:54

Attention Simon Riaux fait parfois des critiques bizarres, il doit faire autre chose en même temps car ses textes sont souvent à côté de la plaque. Bref je ne suis pas ses avis, souvent prétentieux et condescendant.

Jimcord 09/08/2017 à 23:59

Tout à fait d'accord avec Boubou,
je ne vois pas ce qu'il y a d'atroce dans ce film ou de raté techniquement (sacré mot pour parler de cinéma).
J'ai vraiment le sentiment que de nos jours la rumeur et la réputation font la critique.
Ce film était décrié avant même d’être vu et donc les avis déjà forgés.
Dire que les acteurs sont mauvais est prétentieux et gratuit, pour ma part je ne regrette pas du tout ma place pour ce très bon film.
La rareté des scènes d'actions (très réussies) est pour moi un point fort du film qui se concentre sur son intrigue et ses personnages.
Cette critique plus qu’exagérer et trompeuse semble avoir comme objectif de décourager les spectateurs.

Thorfinn 09/08/2017 à 19:30

Ce film est une merde intégrale... Effectivement, ils l'ont bien salement baisé l'oeuvre de SK... Pourtant Idris Elba est pas mauvais, le jeune qui joue Jake non plus... Mais putain... Y a aucune ambiance, aucun univers ( aaaah le monde mi-western/mi-fantasy de la saga.... dans ton cul ! ), aucune cohérence, aucun rythme... Certaines scènes sont limites nanardesques, comme quand deux infirmiers poursuivent Jake comme si c'était un putain de serial killer, ou Roland qui chope une araignée comme on te sort une clope de son paquet... Et cette obsession du "united color of benethon" avec ces asiat' ou blacks d'où les 3 plans... Oui, je sais que ça peut être maladroit comme critique, mais quand ça transpire trop le multi-culturalisme gnangnan, désolé ça me gonfle... Puis c'est tellement creux, tellement mal emmené... Je me demande ce qu'ont du pité les gens qui n'ont jamais lu le livre tellement ça part dans tout les sens... UNE HONTE JVOUS DIS !!

BOUBOU 09/08/2017 à 19:08

"Festival d'effets numériques atroces"... Je sais pas si l'auteur texte à vu le même film mais, à part quelques rares séquences CGI bien criardes (le monstre dans la forêt, quelques plans lors du combat final..), le film brille justement par son visuel plutôt beau et souvent inspiré, que ce soit sa séquence inaugurale, de nombreux décors, la tour en question, certains maquillages.... De plus on entre très facilement dans cet univers (excellent 1er acte) grâce à une narration fluide et un rythme parfaitement géré, le tout renforcé par des personnages attachants et un méchant assez classe. C'est loin d'être parfait mais en tout cas c'est tout sauf le nanar annoncé. J'ai passé pour ma part un bon moment.

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