La Tour sombre : critique qui décharge

Simon Riaux | 24 juillet 2019
Simon Riaux | 24 juillet 2019

La Tour sombre repasse ce soir sur Canal + à 21h

Après des années de développement chaotique, d’annulations en reports, l’adaptation attendue et redoutée de La Tour Sombre nous arrive à l’issue d’une séquence promotionnelle avortée, la production du film ne sachant manifestement pas comment vendre un produit dans lequel elle ne croit plus depuis longtemps.

PISTOLERO DESESPERADO

La Tour Sombre est une fresque de fantasy qui s’étend sur sept tomes, écrite par Stephen King, avec l’ambition folle de proposer une chanson de geste épique, intertextuelle, dopée à la pop culture américaine. Œuvre la plus singulière et ample de son auteur, elle en condense les thématiques, tout en s’imposant comme un codex passionnant, qui offre aux lecteurs assidus quantité de clefs de (re)lecture et d’interprétation de nombre de ses travaux.

Saga complexe, sombre et radicale, La Tour Sombre, de la part de l’étendue du monde qu’elle dépeint, est à la fois le projet rêvé de tout studio en quête de franchise ou d’univers étendu, mais également un casse-tête de producteur, l’âpreté du texte et sa noirceur contredisant violemment la charte hygiéniste et fadasse du blockbuster contemporain.

 

Photo Idris Elba"Mais pourquoi est-ce qu'on tourne un film d'action épique dans mon garage ?"

 

Ajoutons à cela que le roman s’ouvre sur un premier tome désespéré, à l’intrigue ramassée, crépusculaire, qui peint par touches impressionnistes et rugueuses le portrait d’un univers et d’un héros sur le point de sombrer. Soit le cauchemar de toute équipe créative cherchant à se rallier les faveurs d’un grand public anesthésié par dix ans de divertissement de masse aussi calibré qu’inoffensif. Néanmoins, la horde de fans veillant au grain, la simple volonté de s’attaquer à une création aussi riche, ainsi que le défi en lui-même pouvaient laisser espérer une bonne surprise, ou à tout le moins un passionnant challenge. 

 

Photo Matthew McConaughey, Abbey LeeLa critique devant le film

 

BALLES A BLANC

Malheureusement, après avoir visionné l’adaptation de Nikolaj Arcel, on est bien en peine de comprendre pourquoi ce projet a été entrepris et dans quelle idée. On le sentait venir, l’intrigue qui nous est proposée n’est pas seulement une trahison de l’œuvre originale, mais un authentique crachat. En l’état difficile de saisir ce que raconte le film. Ses maigres enjeux se paralysent les uns les autres et s’annulent régulièrement, si bien que malgré seulement 1h30 de métrage, le récit paraît s’éterniser inutilement.

 

image trailerL'hôtel Overlook de Shining, un hommage inutile parmi tant d'autres

 

Chaque protagoniste se voit doté d’un tout nouveau background, de motivation inédites, souvent absurdes au regard des évènements dépeints dans le texte original. Evènements totalement évacués ici, la narration ne s’appuyant absolument jamais sur celle établie par King, lui préférant une intrigue au rabais. Cette dernière se voit d’ailleurs conclue de si abrupte manière à la fin du blockbuster qu’on voit assez mal comment le studio pourrait enchaîner décemment sur une base aussi rachitique.

La Tour Sombre était certes un mythe avare en explications, mais il donnait à son lecteur quantité d’indices, de ruines fantomatiques et de squelettes à dénicher pour qu’il se fasse une idée puissante du monde qu’il arpentait. Ce réseau de signes a ici été remplacé par un amas incohérent de citations aux travaux de King, qui n’ont pas d’autre but qu’un gavage opportuniste d’un lecteur supposé demeuré (les amateurs de Shining risquent de s’agacer, tant le film leur fait du pied avec l’élégance d’une joueuse de billard Thaïlandaise sous PCP). En tous points le travail d’adaptation alterne entre mépris et incompétence crasse.

 

Photo  Idris ElbaIdris Elba attend toujours son grand rôle

 

LA SOURDE TOMBE

Que La Tour Sombre fasse subir au chef d’œuvre de King le même sort que Jean-Luc Lahaye réserve à ses jeunes admiratrices, non seulement on l’avait vu venir, mais c’est finalement une question secondaire. Au-delà de l’adaptation, le métrage lui-même fonctionne-t-il, en tant que blockbuster de divertissement prometteur d’une odyssée interdimensionnelle ?

Avec ses deux malheureuses scènes d’action, expédiées en moins de cinq minutes, dans un festival d’effets numérique atroces, on parie que l’habitué de grand spectacle restera sévèrement sur sa faim. Le public en quête de dépaysement, pour peu qu'il ait déjà mis les pieds dans une décharge à ciel ouvert ne trouvera rien susceptible de lui ravir les pupilles. Le cinéphile pointu préférera se crever les yeux avec ses propres rognures d’ongles plutôt que d’endurer une direction artistique tantôt paresseuse (le Mid-World se limite à trois cabanes et un sous-bois brumeux) tantôt révoltante de laideur – les troupes du grand méchant évoquent plus Virus cannibale qu’un nouveau standard esthétique.

 

PhotoDécor désertique ou déserté ?

 

Enfin, on avait quelque espoir qu’Idris Elba et Matthew McConaughey parviennent à transcender leur partition respective en colonnes cosmiques de charisme qu’ils sont. Manque de pot, Nikolaj Arcel étant probablement plus occupé à passer la saga originale à la broyeuse plutôt que de diriger ses comédiens, les deux jouent comme des ballons percés et n’ont d’autres choix de que de verser dans une sinistre auto-caricature. Dépourvus d'ossature, les protagonistes s'agitent comme ils peuvent, piteuses marionnettes errant dans un lycée qui ne leur donne jamais le temps d'exister.

Il va sans dire que la frilosité de ses financiers, son budget ridicule et l’inexpérience de son metteur en scène n’ont pas aidé La Tour Sombre. Mais au vu du résultat, on a surtout le sentiment d’assister à un condensé d’incompétence inédit, une sorte de fête de la saucisse organisée par une secte vegan extrémiste.

 

Affiche française

Résumé

Trahison totale, ratage technique, condensé d'incompétence industrielle... les mots manquent pour décrire l'incurie avec laquelle Hollywood piétine un des plus grands textes de Stephen King.

commentaires

Rudy Mako
27/07/2019 à 03:59

Mc Connaughey est sans originalité. Je me demande comment il a pu avoir une aussi bonne carrière et surtout un oscar, remporté devant Di caprio qui campait jordan Belford dans Wolf of Wall Street.
Idris Elba est aussi pareil, sans originalité, mais charismatique, excepté dans Luther et ceux qui pensent qu'il peut camper Bond, je dis Niete
Ce film est une misérable honte, une déception venue des tréfonds. A ranger dans les horreurs du 7e art

Meh
26/07/2019 à 21:04

Eh bien, je n'avais pas lu la série de livre, et j'ai beaucoup aimé cette adaptation. J'ai cru ressentir pas mal de bonne volonté dans l'exécution, et j'ai été assez frustré d'avoir l'impression que personne ne croyait en ce projet, ce qui le prédestinait à un film seul, donc condensé, donc isolé.
Il m'a également conforté dans l'idée que j'appréciais le jeu de Idris Elba et Matthew McConaughey.
J'ai passé un bon moment, les scènes de combat étaient satisfaisantes, et au final, j'ai acheté les livres. Donc double plaisir ! Aux ignorants les mains pleines.

CH
26/07/2019 à 15:15

etonné que M1Pats soit pas en train de defendre ce film..

Scarabinou
25/07/2019 à 22:35

Une purge? Non une honte.

Pat
25/07/2019 à 17:33

Bien sur que ce n'est pas une réussite par contre c'est loin d'être la purge annoncée.

Brain
24/07/2019 à 21:13

Pourquoi vous n'avez pas fait de critique sur guardians quand il est passé a la télé ?

Simon Riaux - Rédaction
19/10/2018 à 11:15

@Rorov

Musclez un peu votre jeu mon vieux, on sent que vous fatiguez.

Rorov94
18/10/2018 à 20:32

@riaux(aka le gratteur)
Ça confirme donc que vous n'êtes pas critique,ni journaliste!
J'appel ça de l'imposture...
En même temps,quand je vois la clique avec laquelle vous traînait dans cette émission qui vous fait détester le 7ème art,j'ai mal nommé LE CERCLE.

Simon Riaux - Rédaction
18/10/2018 à 17:35

@rorov94

Je me souviens. C'était déjà du gros troll d'aveugle bien épais.
Et je paie toujours ma place quand je vais au cinéma, n'ayant jamais demandé la fameuse "carte verte" de critique, qui permet d'en être exempté.

Copeau
18/10/2018 à 17:34

@Rovov94
Le film est regardable certes mais en revanche je vois pas comment on peut être fan de la saga littéraire et dire que le film transcende le roman pilote ... comment ce film bien vide tout de même peut transcender la richesse du roman ?? Faut pas deconner hein

Plus

votre commentaire