Baby Driver : critique sous speed

Simon Riaux | 19 juillet 2018 - MAJ : 24/07/2019 10:46
Simon Riaux | 19 juillet 2018 - MAJ : 24/07/2019 10:46

Encore souvent appréhendé via le prisme de la comédie geek goguenarde, Edgar Wright a prouvé caméra à la main qu’il était bien plus qu’un ventilateur de références pop et marqué les esprits avec un surréaliste Scott Pilgrim. Après avoir été éjecté d’Ant-Man, le metteur en scène revient au cinéma américain à l’occasion de Baby Driver, somme frénétique de ses précédents efforts et véritable déflagration cinématographique.

 CORNETTO MAXIMO

Depuis l’accident de voiture dans lequel sont morts ses parents, Baby a la conduite dans le sang, mais aussi de sévères acouphènes. C’est donc pied au plancher et écouteurs vissés sur les tympans qu’il fait le chauffeur pour toute une clique de braqueurs parfaitement infréquentables. Sur le point de rembourser enfin la dette qui l’a condamné à cette existence hors les clous, il fait la rencontre d’une jeune femme pour laquelle il envisage de tout quitter.

Sur le papier, Edgar Wright entre dans le cinéma de braquage, le heist movie, par une de ses portes les plus fréquentées, à base de dernier gros coup, de rédemption romantique et de dépassement d’un trauma originel. S’il s’empare avec appétit de tous ces stéréotypes et les revisite sans une once d’ironie post-moderne, il va néanmoins user d’un stratagème aussi simple que puissamment radical pour en repousser toutes les limites et faire exploser le genre de l’intérieur.

 

Photo Jon HammJon Hamm, flippant

 

On se souvient que depuis Shaun of the Dead, Wright parsème son cinéma de figures de style convoquées à chaque film, réinterprètées sans cesse, de mécaniques en apparence absurdes, pour extraire de ses récits un sens inattendu et nous propulser dans d’inclassables terrains de jeux. Pour ce faire, il use cette fois d’un ingrédient souvent brandi comme un simple gadget : la bande-son et son mixage sonore.

 

Photo Ansel ElgortAnsel Elgort

 

AUTO TUNE

Baby interagit avec son environnement essentiellement via la musique, qui lui permet de suivre le fil de son existence, et de garder la maîtrise des évènements (voire le brillant gimmick des chansons à relancer pour que les braquages se déroulent sans accrocs). Evènements totalement chaotiques, que seule la musique l’autorise à agencer de manière cohérente. Wright prend ce principe scénaristique au pied de la lettre et choisit de mettre son, découpage, montage et photographie au diapason du cerveau supersonique mais à la perception azimutée de son héros.

 

Photo Jon Hamm, Ansel Elgot, Jamie FoxxJamie Foxx

 

Baby Driver se transforme ainsi en un incroyable remix, qui mélange avec une habileté prodigieuse les différents niveaux de perception. Quand les tubes qui constellent l’immense majorité des longs-métrages, à fortiori ceux qui entendent imposer un style identifiable, ont tendance à tourner au clip artificiel, le réalisateur fait le choix fort de n’avoir recours qu’à des musiques intradiégétiques. Nous percevons ainsi la phénoménale bande-originale que se compose Baby, le grondement de son moteur, le raclement de ses pieds sur les pédales et les dialogues fleuris de Wright, tous mêlés en un surpuissant mäelstrom.

Sans maîtrise, le résultat pourrait n’être qu’un insupportable capharnaüm, mais l’artiste fait de ce dispositif un véritable moteur à explosion. Sans jamais sacrifier à la réalité ni à l’impact émotionnel, il échafaude ainsi des séquences supersoniques, fusillades acidulées où les détonations prennent le rôle des basses, joutes verbales où les claquements de langue scandent des standards de rock, distordant notre perception et nous poussant jusqu’à un état d’excitation inédit.

 

Photo Jamie Foxx

 

AUDIOSLAVE

Ce puzzle sonore, dont l’apparente anarchie sublime des trouvailles qui confinent au prodige, lui permet de solliciter tout son kaléidoscopique talent de pur metteur en scène. Si Wright a toujours pris soin d’émailler ses métrages de codes couleur, tantôt discrets tantôt criards, il use ici du procédé pour souligner, annoncer, remodeler le sens des sons qui traversent nos oreilles, et transformer la grammaire cinématographique en un matériau souple, protéiforme.

On s’amusera ainsi à voir comment il orchestre l’affrontement de véritables plages colorimétriques, comment la couleur jaune vient soudain parsemer l’écran à la manière d’une ponctuation folle, le temps d’un plan séquence qui convoque aussi bien l’indolence de l’âge d’or des comédies musicales que les chorégraphies surtendues de Scorsese. Une furie plastique qui l’autorise fréquemment à dévier du côté de visions inouïes, qui convoquent parfois jusqu’au Giallo, lorsque qu’un halo rougeoyant embrase le visage d’un Jon Hamm incandescent.

 

Photo Ansel Elgort,  Eiza Gonzalez

 

Cette folie esthétique, Edgar Wright l’injecte jusque dans son scénario, qui d’un récit criminel ultra-balisé va progressivement virer à la chronique d’une émancipation familiale, et pulvériser de l’intérieur les clichés inhérents au genre. Exception faite du personnage, efficace mais un peu convenu, de Jamie Foxx, chaque protagoniste se voit donner l’opportunité de dévier du chemin attendu.

 

ROAD WARRIOR

À la manière du dernier Mad Max, Baby Driver repousse les limites de son médium, non pas en proposant une œuvre réflexive ou un condensé théorique, mais en s’emparant de ses éléments de langage les plus universellement partagés pour en repousser le sens.

 

Photo

 

Baby Driver est un pur film de braquage, qui s’échine et réussit à offrir à son spectateur une overdose d’adrénaline, d’émotion au cours d’un grand spectacle tel qu’on en découvre une petite poignée par décennies.

La profondeur du film tient dans la maestria jubilatoire dont fait preuve son réalisateur, qui impose au 7ème Art un mètre étalon de divertissement assorti d’outils stylistiques qu’il ne tiendra qu’à une nouvelle génération d’auteurs de retravailler et d’amplifier. En l’état, Baby Driver est une plongée en apnée dans un torrent d’action musicale en surrégime permanent, une montée en puissance inarrêtable, qui perdure longtemps après le silence insondable qui conclut la projection.

 

Affiche

Résumé

Edgar Wright convoque toute la folie cinétique de sa mise en scène pour livrer un météore qui nous laisse dans un état de sidération extatique.

commentaires

Faurefrc
20/07/2019 à 00:28

Un bon film... certes, hyper bien réalisé et totalement maîtrisé (je ne comprends pas ceux qui osent le comparer à un Tv film) mais qui ne laisse pas un souvenir impérissable... car pas grand chose à raconter et pas assez disruptif quand on le compare à Drive. D’ailleurs pour moi, c’est un peu l’enfant mutant de Drive et d’un film de Tarantino qui éprouverait qq difficultés à s’affirmer.
Bref, assez difficile à noter.

Ps : merci d’éviter de le comparer à Heat

Flemmard
19/07/2019 à 22:48

Quel bon film quand même !

Pat
19/07/2019 à 20:38

Je suis surpris que Hollywood n'est pas encore effacé Kevin Spacey de l'affiche.

Alfred
19/07/2019 à 20:17

Un peu lassant les comm.
On a compris c'est un film mineur, à peine digne d'un téléfilm.
Bon ok, pourquoi pas.
Perso, j'ai jamais vu ça nulle part. Que toute la bande son fasse corps avec l'action et que tout le film soit au diapason, bah non nulle part.
Si des cinéphiles avertis ont des films à me recommander qui soit supérieur à Baby Driver sur ce point qu'ils n'hésitent pas.
Pas sur le scénario, sur l'utilisation de la bande son.
Merci

fuck
19/07/2019 à 19:41

Le concept était bon, le début est excellent mais après 1 heure le film retombe dans tous les clichés hollywoodiens inhérents à ce genre de film. Film faussement transgressif. Le plus mauvais des films d'Edgar Wright.

nico
26/09/2018 à 07:55

Formellement réussi, scénaristiquement insupportable. Quand Simon Pegg n'est pas à l'écriture avec lui, Edgar montre ses limites en la matière. De plus Ansel Elgort avec son Ipod vissé sur les oreilles les 3/4 du film est une vrai tête à claques, et tout le reste du casting est à côté de la plaque. Il n'y a pas de secret: il n'y a qu'un seul Tarantino .

Box office
28/07/2018 à 02:34

4 étoiles de la part d'ecran large alors que ce film est très mauvais , comme quoi tout le monde peut-être critique

sylvinception
26/07/2018 à 10:26

#FREEKEVINSPACEY!!
(lol)

Hasgarn
26/07/2018 à 07:29

Je suis assez estomaqué de voir à quel point certains croient voir le monopole du bon goût cinéma et s'autorise des choses du genre « vous vous êtes décrédibilisé » etc.

Le concept d’une critique est de donner un avis qui est le sien.
UN avis.
Il vous plait ou pas, vous êtes d’accord avec ou non.

Je ne fais pas chier les fans d’Interstellar parce que je n’aime pas ce film, par exemple. Mais je le dis gentiment chàque fois que je le peux.

Je note d’ailleurs que les détracteurs sont nombreux mais les fans se sont régalés et n’ont rien de plus à ajouter.

Moi
26/07/2018 à 03:26

Quand le réal d'ant-man (un bon gros boussin lui aussi) prend en otage la musique pour servir un scenar vide des plus lambdas, des personnages fades, un héros attarde et peu charismatique, Jamie Foxx écœurant qui fait du Jamie Foxx. Absolument rien à retenir si ce n'est John Ham, le magnifique.
Vous parlez de mise en scène, je vous invite à revoir Heat ou d'autres classiques.

Plusieurs fois j'ai pesté contre cet étron à peine digne d'un feuilleton dominicale sur Sister. Plusieurs fois j'ai voulu arrêter le massacre en cours, votre dythirambisme m'a malheureusement fait resté jusqu'au bout. Et a écorné votre crédibilité.

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