It Comes at Night : critique contaminante

Simon Riaux | 21 octobre 2018 - MAJ : 07/11/2019 17:21
Simon Riaux | 21 octobre 2018 - MAJ : 07/11/2019 17:21

Avec KrishaTrey Edward Shults livrait un premier film biscornu et vénéneux, où horreur intime et tragédie familiale entamaient un étonnant pas de deux. Ce ne sont pas une, mais deux familles qui vont s’unir, se jauger et s’affronter dans It Comes at Night, trip horrifique alternant avec malice entre survivalisme et hallucination surréelle.

LA FIEVRE DU SAMEDI NOIR

De nos jours, un père, une mère et leur enfant vivent reclus dans une maison perdue en forêt, craignant pour leur survie alors qu’une fièvre hémorragique a rapidement décimé l’humanité. Avec l’arrivée d’un intrus, leur fragile équilibre ainsi que leurs principes vont être durement éprouvés.

Dès son précédent film, on avait décelé l’aisance avec laquelle Trey Edward Shults parvenait à s’affranchir des limites d’un micro-budget. S’il évolue à nouveau dans une économie extrêmement modeste, le cinéaste impressionne encore et sublime dès son ouverture la simplicité de son dispositif dramaturgique.

 

Photo Joel Edgerton, Christopher Abbott"Bon, je vous laisse un peu de crème solaire. Sans rancune ?"

 

It Comes at Night a beau s’inscrire dans la mouvance du cinéma de genre anglo-saxon indépendant, il ne succombe jamais à ses systématismes ou travers - comme son contemporain Midnight Special -, préférant en subvertir régulièrement les codes ou figures attendues. Grâce à une composition de l’image soignée à l’extrême et une lumière dont il use chirurgicalement, le metteur en scène confère à l’ensemble des envolées proches de l’expressionnisme, aussi efficaces lors des percées oniriques que des longues montées en tension.

De même, il structure solidement sa scénographie, alternant entre apparentes respirations lors des séquences en extérieur, avant que le découpage et le montage ne composent une toile toujours plus anxiogène, qui lui permet d’aboutir à des convulsions narratives incroyablement stressantes, notamment dans la dernière partie du récit, alors que le spectateur est mis à l’épreuve, alors que la confiance s’érode entre les protagonistes, forçant le public à prendre parti pour des anti-héros qu’il ne peut que comprendre, à défaut d’épouser leur point de vue.

 

PhotoCombien de Judas dans cette Cène ?

 

HEMORRAGIQUEMENT CORRECT

En tant que pure source de frisson, It Comes at Night fonctionne donc parfaitement, d’autant plus que la mise en scène de Trey Edward Shults peut s’appuyer sur des comédiens tous investis et d’une impressionnante justesse. Le réalisateur ne s’attarde pas sur cette histoire de contamination pour le simple plaisir de nous tordre les boyaux, et il dispose grâce à son casting de talents suffisamment aiguisés pour se faire les hérauts de son projet.

On pense notamment à Christopher Abbott et Kelvin Harrison auxquels reviennent la tâche d’incarner la cheville la plus délicate du message véhiculé par le film, à savoir la critique de certains affects du corps social américain. Malheureusement, si les acteurs s’acquittent sans difficulté de cette tâche complexe, c’est le scénario qui pêche.

 

Photo Carmen EjogoPour les travaux, bien s'occuper c'est important

 

En effet, Trey Edward Shults veut nous montrer combien l’absence de confiance, de bienveillance, la défiance généralisée envers l’Autre, aboutit in fine à la destruction de ceux qui croient se préserver d’une potentielle menace. Non seulement ce n’est pas  d’une franche originalité mais le film ne fait rien pour renouveler le discours dans lequel il s’inscrit. Plus embêtant, il n’a finalement à opposer à la foi aveugle en la menace représentée par l’Autre qu’une foi contraire, pas nécessairement plus constructive, très attendue et pas assez charpentée pour éviter de sombrer dans un politiquement correct un peu trop confortable pour un film ambitionnant de nous malmener.

Enfin, It Comes at Night a beau maîtriser efficacement les mécaniques de l’angoisse, la construction du récit ne sait pas toujours où les disséminer, ainsi qu’en témoignent les nombreux rêves qui parsèment le métrage. Ces séquences oniriques ont beau être réussies, elles contiennent les plus gros frissons du film et révèlent en creux que le metteur en scène a un peu de mal à investir le type de cinéma qu’il convoque ici, malgré son indéniable puissance plastique.

 

Affiche française

Résumé

Malgré un discours politique épais et convenu, It Comes at Night marque par l'intelligence de sa mise en scène et tension organique, gérée à la perfection.

Autre avis Geoffrey Crété
Soigné mais un peu facile dans ses effets et son discours, It Comes at Night manque de férocité, et ne touche que du bout des doigts ses personnages et son univers.

commentaires

Mad
21/10/2019 à 20:42

Chef-d'oeuvre !

ATS
04/09/2017 à 13:31

alors la j'ai pas l'impression d'avoir vu le meme film que vous...
je me suis plus fais chier que blair witch (1999) vu au cinéma a l'époque et pourtant la barre été haute.

votre commentaire