The Void : Critique 80's

Christophe Foltzer | 10 mai 2017
Christophe Foltzer | 10 mai 2017

Que ce soit dans les jeux vidéo ou dans le cinéma d'horreur, la mode est au retro, aux gros néons, à la synthwave et à toutes les influences qui vont avec. Et The Void, dès le départ, semblait en être le digne représentant. Ne reste plus qu'à savoir s'il tient ou non ses promesses nostalgiques.

Forcément, quand on a grandi dans les années 80 et qu'on est un gros passionné de séries B, on part avec un certain nombre de références que l'on retrouve plus ou moins toujours : du Carpenter, du Argento, du Sam Raimi, du Romero, du Stuart Gordon aussi, bref que des cadors qui, en leur temps, ont marqué le genre de leur empreinte. Le grand danger, quand on grandit et qu'on se met à faire du cinéma, c'est de vouloir leur payer un tribut, pour les remercier et communiquer notre passion aux autres. Cela constitue un danger dans la mesure où le risque est grand de s'enfermer dans la citation et de ne pas arriver à imposer sa propre patte d'auteur. Un grand dilemme qui imprègne The Void tout entier.

 

Photo The Void

 

CARPENTER BRUTE

Pourtant, dès les premières images on sentait le coup venir : Esthétique 80's, gore assumé à coups d'effets spéciaux à l'ancienne, ambiance lourde et huis-clos qui rappelle les glorieux ainés, sur le papier, The Void fait rêver. Mais, au-delà de l'exercice de style, nous avons quand même affaire à un film qui doit, de ce fait nous raconter une (bonne) histoire. De ce côté, The Void ne surprendra personne tant il reste dans les clous, limité aussi par son budget minuscule. Un policier ramasse un blessé sur le bas-côté et le transporte à l'hôpital le plus proche, victime récent d'un incendie et qui est destiné à être bientôt fermé. Là, le policier y retrouve sa femme infirmière (ou ex-femme, c'est pas très clair), quelques membres du personnel et deux-trois patients et alors qu'il essaye de comprendre ce qui a bien pu arriver au malheureux, des silhouettes étranges apparaissent devant l'hôpital, confinant nos personnages à l'intérieur. Mais lorsqu'un monstre fait son apparition dans les couloirs même de l'établissement, il semble plus qu'évident que la nuit va être longue et que peu d'entre eux reverront la lumière du jour.

 

Photo Aaron Poole

 

Le plus gros défaut du film est aussi sa plus grande qualité : avoir tout misé sur la forme au détriment du fond. On le voit à ce rapide résumé, nous sommes en terrain connu et rien ne déviera jamais vraiment de tout ce que nous avons déjà vu. Aussi, peu de chances que le connaisseur soit surpris même s'il appréciera ce petit retour nostalgique sur de grands noms du genre. Parce que The Void cite à fond ses maitres : Prince des Ténèbres, Assaut, The Thing en passant par Hellraiser et, plus étonnant, L'Au-Delà de Lucio Fulci. Le film aligne les références de manière heureusement suffisamment habile pour que l'on ne sorte jamais vraiment de l'ambiance pour en dresser la longue liste. 

 

Photo The Void

 

COULOIRS ET TENTACULES

Le gros problème, c'est que l'histoire n'est guère passionnante, au final. Elle égraine les piste excitantes dans sa première moitié en nous mettant au même niveau que les personnages (nous découvrons ensemble ce qui se passe), qu'il s'agisse du mystérieux culte au triangle ou des monstres, le suspense est là, mais le film s'enlise dans sa deuxième moitié en laissant totalement retomber la tension et le mystère tout en se transformant en film de couloir plombé par un petit twist un peu pourri. L'autre souci, c'est que si tout est misé sur l'ambiance et le ton général du film (qui est, de ce point de vue, une réussite), on ne connait jamais vraiment les personnages, on ne s'attache pas à eux et donc les voir souffrir et se faire dégommer ne nous touche pas plus que cela. Et c'est bien dommage parce que la galerie était des plus intéressantes. N'est pas Carpenter qui veut.

 

Photo

 

Par contre, et c'est le gros coup d'éclat de The Void, formellement, le film arrachera des râles de plaisir aux nostalgiques des effets spéciaux à l'ancienne, période Rob Bottin. C'est un festival de tentacules, de mannequins dégueux, de maquillages infernaux qui est déroulé sous nos yeux et les réalisateurs se font manifestement très plaisir avec leurs joujoux, et nous aussi d'ailleurs. Un pur trip geeko-nostalgique qui ne parlera sans doute pas à la nouvelle génération mais qui arrachera une petite larme aux vieux darons que nous sommes devenus bien malgré nous. Il est évident que le film n'existe que pour se permettre ce délire, nous confortant encore plus dans l'idée d'un scénario prétexte à une boucherie exemplaire dans son exécution., bien que l'on note ici et là un découpage plus qu'approximatif qui rend la lecture du film un peu confuse (à tel point qu'on n'a pas compris qu'un certain personnage venait de crever, le prenant pour un autre à cause d'une succession de plans des plus brouillonnes).

 

 

Au final, on se retrouve avec un film extrêmement fragile et bancal qui, emporté par sa passion du genre, a préféré choisir la solution de facilité plutôt que de prendre la peine d'être le vrai et grand film qu'il nous promettait depuis le début. Si une certaine forme d'ennui s'installe malheureusement dans le deuxième moitié du film, on ne lui en veut pas trop au final, parce que ça fait quand même plaisir de voir des gars se faire péter la mouille par des tuyaux en latex. Et ça faisait longtemps qu'on voulait revoir ça.

 

Photo Affiche The Void

 

Résumé

The Void n'est pas le trip nostalgique ultime, trop handicapé par ses approximations scénaristiques et son manque de fond certain. Par contre, c'est un bonheur pour les fans de films d'horreur des années 80 bien gores, fait avec une grande passion et une technique d'effets spéciaux exemplaire. Idéal donc pour un samedi soir entre vieux potes avant d'enchainer avec des classiques mais beaucoup trop anecdotique pour les autres. Dommage, mais l'effort est beau.

Lecteurs

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commentaires

west666
11/05/2017 à 10:45

j'ai bien aimé ce ptit film aussi vu en vo il y a pas très longtemps sortira t'il en vff ????

Naamlock
11/05/2017 à 10:01

C'est un petit bijou, cette péloche. <3

tenia
10/05/2017 à 18:45

Une référence à Carpenter Brut dans la critique. Pas mal.

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