The Lost City of Z : Critique pas Z du tout

Simon Riaux | 20 juillet 2018 - MAJ : 24/07/2019 10:46
Simon Riaux | 20 juillet 2018 - MAJ : 24/07/2019 10:46

À l’aube du XXème siècle, Percival Harrison Fawcett entame une mission de cartographie en Bolivie. Il en reviendra persuadé que l’Amazonie abrite Z, énigmatique cité perdue bâtie par une antique civilisation disparue. Après les ruelles crasseuses de New York et les tourments de la petite pègre nord-américaine, James Gray nous embarque aux côtés d’un explorateur habité par une soif de découverte intarissable.

LA COLERE DE GRAY

Face à nous, une rivière puissante, où se reflètent les étoiles et une constellation de flambeaux. Perçant une jungle ténébreuse de leur éclat, ils illuminent les silhouettes immobiles d’une tribu inconnue, gardienne d’un ailleurs fantasmatique. C’est sur ce plan qui convoque autant des siècles de construction mythologique qu’une pure imagerie mystique, que s’ouvre The Lost City of Z, comme pour mieux planter dans l’esprit du spectateur la graine d’une obsession qui ne s’épanouira tout à fait que dans l’ultime (et bouleversante) image du film.

 

Photo Charlie Hunnman, The Lost City of ZCharlie Hunnam

 

Si sur le papier, le nouveau film de James Gray, qui aura connu une genèse, une production puis une distribution compliquée, en appelle aux grands classiques de l’exploration – Aguirre, la Colère de Dieu et son El Dorado maudit en tête – l’épopée proposée par le cinéaste s’avère fondamentalement différente. En premier lieu par ses thèmes, puisque Gray balaie d’un revers de caméra tous les stéréotypes de l’expédition maudite et ses rêves de gloires chimériques.

Ce qui saisit, c’est la modernité avec laquelle il s’inscrit dans cette quête aux atours faussement classiques. Son héros, Fawcett est un militaire, auxquels les honneurs de son rang sont refusés, la faute à un ancêtre dont la réputation a gravement entaché la lignée. Dès son introduction (une partie de chasse à cheval), le cinéaste dépoussière son moule historique pour y inclure un montage plein de hargne et de célérité. Car sous ses airs de nobliau ambitieux, Fawcett est en réalité un homme limité par ses origines, en quête d’un nouveau monde, synonyme de dépassement, de création, de réinvention.

 

Photo Charlie Hunnam, Tom HollandVous l'avez reconnu ?

 

RAGE AGAINST THE JUNGLE

C’est la raison pour laquelle le personnage de Charlie Hunnam se retrouvera naturellement dans les peuples que ses congénères considèrent comme des sauvages. Et c’est donc la raison pour laquelle James Gray scrute et capture le moindre de ses emportements avec une si dévorante passion. La mystérieuse cité de Z n’est pas un trésor quelconque marqué d’un X sur une vulgaire carte au trésor, c’est le Xanadu qu’il a choisi et poursuit sans relâche, où il pourra devenir maître en sa demeure, où il deviendra le père, la figure de transmission dont il a lui-même manqué.

On retrouvera là l’obsession de Gray pour les conflits intimes et la reconnaissance de ses pairs, une nouvelle fois au centre du dispositif narratif de Lost City of Z. Mais cette fois, la proposition est d’autant plus marquante qu’à travers les allers-retours de Fawcett, ses tentatives avortées, ses échecs, ses fulgurances et sa recherche absolue du dépassement, l’artiste nous parle en creux de son propre parcours, artisan remettant toujours son ouvrage sur le métier, malgré une critique et un public souvent frileux, voire injuste envers des œuvres dont on souligne la maîtrise comme un péché d’arrogance.

 

PhotoLa destination a-t-elle vraiment autant d'importance ?

 

Explorateur en quête de sens, Fawcett est aussi un argonaute de la perception, au gré des expérimentations du réalisateur sur le montage. Sans chercher à émietter artificiellement sa narration, Gray tente ainsi des raccords extrêmement audacieux, souvent ravageurs émotionnellement. Au beau milieu d’une confrontation avec une tribu belliqueuse, la pointe d’une flèche nous ramène soudain à l’épouse de l’aventurier. Et quand ce dernier s’aventure enfin avec son fils sur un sentier qui les mènera à la transcendance ou à la mort, le montage s’inspire des ruptures d’un 2001, l'Odyssée de l'espace pour nous plonger avec un bonheur métaphysique dans la naissance d’une famille.

Car au-delà des trahisons, des drames et de la portée tragique de cette grandiose fuite en avant, c’est bien la construction symbolique d’un foyer qui se joue sous nos yeux. En témoigne l’ultime plan du film, sorte de climax bouleversant de pudeur, où le récit, basculant quasiment dans le fantastique, opère au sein d’une même image la fusion de tous les thèmes qui ont traversé l’écran depuis l’ouverture du film.

 

Photo Robert PattinsonRobert Pattinson

 

LA FORET NOUS APPARTIENT

Alternant entre la vigueur de sa mise en scène, qui n’oublie jamais d’épouser l’ampleur du sujet, son montage audacieux et le festin visuel que concocte Darius Khondji à la photographie, James Gray parvient à livrer avec Lost City of Z une œuvre qui s’impose simultanément comme un travail de recherche terriblement excitant et un classique instantané. Car au-delà de sa dimension esthétique affolante de précision, de ses percées stylistiques régulières, le métrage narre à la perfection son grand récit d’aventure.

Cette dernière est d’ailleurs d’autant plus forte qu’elle demeure toujours imbriquée avec la chronique touchante d’une famille à la recherche d’un foyer, ce qui multiplie l’impact des enjeux et de scènes qui ne peuvent pas toujours esquiver certains stéréotypes. Et si nous avons droit aux traditionnels coups du sort (maladie, blessures, défections, attaques animales) leur écho avec la situation sociale des protagonistes et leurs ambitions leurs permettent de revêtir une puissance nouvelle.

 

Photo Charlie HunnamLe moins classique de tous les récits classiques

 

Ainsi, lorsqu’un Charlie Hunnam tout de flamme et de dévoration intérieure doit faire face à la décrépitude physique et à la veulerie d’un des membres de son expédition, c’est l’affrontement entre une aristocratie consanguine et un peuple affamé qui se noue.

Immense épopée, aventure intime et quête initiatique flirtant avec les frontières du fantastique, The Lost City of Z est une création dont l’intelligence, l’accomplissement plastique et la force du propos rappellent que son auteur est une des voix les plus singulières du Septième Art.

 

Affiche

 

 

Résumé

Lost City of Z est un classique instantané, stupéfiant d'intelligence et de beauté, une tragédie intime sur la transcendance et la quête de soi.

commentaires

Roupiller
21/07/2019 à 13:02

Un bon somnifère le Pattinson.

dans la meme veine
20/07/2019 à 20:28

sinon voir l empreinte du serpent

Ratar
20/07/2019 à 20:15

Un bon film mais de la à avoir 4*5 étoile faut pas rajouter le film est quand même creux et manque d'une grande scène de cinéma marquante et peux être un meilleur acteur principal.... On en ressort quasi endormi aussi vite vu aussi vite oublié

Yagalo
06/12/2017 à 16:45

Un navet sans fin avec des Indiens d'Amazonie obèses , déjà la malbouffe en 1920 !! LOL XPTDR

Zanta
19/03/2017 à 23:29

Ca fait mal de le dire, mais je suis sorti du film... déçu.
La mise en scène est soignée, la technique est irréprochable, mais Gray ne parvient vraiment pas à investir le potentiel dramaturgique de son récit : le calvaire de ces expéditions n'intéresse pas tant Gray, qui du coup passe aussi de retranscrire ce que signifie de crapahuter dans cet enfer vert...
On en arrive donc à la filiation, et là encore, ça coince : ce n'est clairement pas le film qui parvient à aller sur des terrains inexplorés par ses précédentes oeuvres. C'est sage, Tom Holland est très bien, mais la structure du récit ne permet pas de faire de leur relation un fil rouge du film.
Côté acteurs, Hunnam est fade (même si il a énormément progressé en 7 ans de Sons of Anarchy), et Miller est toujours aussi indigente.
Au final, le récit se déroule, de façon fataliste, en oscillant entre le bon et le mauvais : pour un plan superbe sur le carnet transpercé par une flèche, on a ainsi droit à une scène de voyance bien lourdingue qui surligne tout ce que l'on sait déjà.
Ce déséquilibre culminera jusqu'à la fin : ce plan final, gênant de balourdise, ne peut que contraster avec la superbe séquence de chasse qui ouvre le film..
Dommage, mais ravi de voir Gray s'extirper de New York. Et ravi de le voir s'attaquer à de la SF pour le prochain.

Ded
15/03/2017 à 17:02

Par ce bel article, "vous prêchez un convaincu... mais j'aurais ma revanche" (Sacha Guitry) et je jubile car "l'Art et Essai" que je fréquente assidument l'a mis à l'affiche en V.O.S.T., "oeuf corse !" J'échappe donc à la V.F. réductrice du multiplex Gaumont et sa jungle hostile peuplée de voraces bouffeurs de popcorn compulsifs tapis dans le noir...

jvp2211
14/03/2017 à 21:53

Quelle déception,il n'y a que très peu de séances pour ce film,les cinémas préférent mettre en avant Kong Skull Island.

ats
08/03/2017 à 14:37

en france l'affiche fait tres Indy ou Alan ( en près affiche)

les anglais comme dab font une belle affiche.

vivement le film.

Alexandre Janowiak - Rédaction
08/03/2017 à 10:19

@Fennec bonjour,

La dernière affiche postée sur la critique est une des affiches officielles anglaises du film.

Le distributeur français a préféré mettre en avant Charlie Hunnam dans la jungle sur la sienne. Elle est à retrouver sur la fiche du long-métrage : http://www.ecranlarge.com/films/868135-lost-city-of-z-the/photos

Bonne journée !

Fennec
08/03/2017 à 09:48

C'est vrai que l'affiche est jolie, ils ont fait un effort. Je ne sais pas si c'est l'affiche officielle ou juste une préaffiche promo ?

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