Dans la forêt : critique d'un fascinant cauchemar

Mise à jour : 23/05/2017 18:51 - Créé : 15 février 2017 - Simon Riaux

Réalisateur de Qui a tué Bambi et L’Autre Monde, Gilles Marchand retrouve son complice Dominik Moll, et nous propose de nous enfoncer Dans la Forêt, avec un Jérémie Elkaïm au bord de la crise de nerfs pour guide.

 

Affiche officielle
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PROMENOUS-NOUS DANS LES BOIS

Plus souvent représenté par des auteurs sous forte influence anglo-saxonne, porteurs de visions doloristes et volontiers ultraviolentes (Martyrs, Frontière(s), A l’intérieur, etc…), le cinéma de genre français ne s’y limite pas pour autant et c’est ce que vient nous rappeler à point nommé cette escapade Dans la Forêt. Alors que se profile l’ouragan Grave, qui va légitimement occuper une bonne partie des commentateurs et amateurs de ce qu’on appelait il y a peu la « french frayeur », la création de messieurs Marchand et Moll mérite à plus d’un titre qu’on s’y penche.

Tout d’abord, parce que son dispositif détonne discrètement au sein du cinéma hexgaonal, et du cinéma fantastique en particulier. Dans la forêt suit l’errance imposé à deux jeunes garçons par leur père, qu’ils n’ont pas vu depuis plus d’un an et qui les accueille en Suède où il s’est installé, suite à un divorce qu’on devine douloureux. S’en suit une traversée physique et symbolique d’une immense forêt, où leurs rêves et cauchemars vont se matérialiser.

 

Timothé Vom Dorp - Jérémie Elkaïm

 

Trois personnages, un décor quasi-unique, une trame resserrée, qui mêle rapidement une narration naturaliste et un univers de fantasmes et de terreurs enfantines : voilà pour les ingrédients qui composent cette fable tour à tour enivrante et cruelle.

 

TANT QUE LE LOUP N’Y EST PAS…

Si le dispositif est simple, il offre à Gilles Marchand un terrain parfait pour expérimenter les mécaniques de la peur. Centrées sur une unique figure du mal lancée à la poursuite de nos héros (la silhouette terrible d’un homme défiguré), les séquences d’effroi fonctionnent avec une puissance exceptionnelle. Soutenues par un découpage dont le sens du rythme et la rigueur ne limitent jamais la charge onirique, ces scènes provoquent tantôt un effroi durable (le coup du doigt dans la plaie…) ou une décharge poétique (l’ultime accolade du « monstre »).

 

Timothé Vom Dorp

 

L’autre force qui hante Dans la forêt, c’est la finesse de son propos. Alternant entre pur thriller atmosphérique (le père veut-il mourir dans les bois avec sa progéniture ?) et le conte fantastique pur, le périple fonctionne aussi bien comme source de trouille qu’allégorie psychanalytique. Gilles Marchand a le bon goût de ne jamais tout à fait trancher, de ne pas juger ses personnages et donc de laisser au public le choix d’interpréter ce qu’il vient de voir. Songe venimeux, parabole cruelle et poétique, ou drame violent et implacable ?

 

Théo Van de Voorde - Jérémie Elkaïm - Timothé Vom Dorp

 

SIMPLER THE BETTER

De même, on apprécie d’autant plus Dans la forêt qu’il nous place dans une situation aussi inconfortable que ludique. Incapable de déterminer clairement la filiation du film, qui se penche aussi bien sur la transmission médiumnique que la relation abusive d’un père sombrant dans la folie, le film s’autorise ruptures de tons et décalages élégiaques.

 

Timothé Vom Dorp - Jérémie Elkaïm

 

Si Dans la forêt nous effraie continuellement, c’est aussi parce que le film n’oublie pas d’émerveiller. À travers le regard innocent de deux mômes réalisant que leur paternel se mue en une créature redoutable, via la rencontre croquignolette avec des campeurs fornicateurs ou lors d’une funèbre promenade en barque, Gilles Marchand nous promène avec gourmandise dans un rêve dont on n’est jamais tout à fait sûrs de ressortir.

À l’heure où le cinéma français cherche encore ses marques dès lors qu’il s’aventure hors des sentiers de la philosophie de comptoir parisienne ou de la comédie réac, s’égarer dans une œuvre maîtrisée, peu soucieuse des codes préétablis et capable de transcender un dispositif aussi éminemment simple, fait un bien immense.

 

Affiche officielle

 

 

Résumé

Très belle surprise que cette errance onirique, entre psychanalyse poétique et cauchemar intime.

commentaires

Loulou 16/02/2017 à 13:25

Yes, ca fait du bien de voir un real prendre le genre autant au sérieux
La dernière fois que j'ai ressenti ça, c'était avec It follows, dans un style différent certes

Oscar 16/02/2017 à 13:22

Vu hier soir, très réussi

Philmencre 15/02/2017 à 17:45

J'avais aimé Qui a tué Bambi et je vais aller voir celui-ci, je trouve que Gilles Marchand est vraiment doué et fait montre d'un sacré talent aussi bien sur la forme que sur le fond. Et chaque fois avec une proposition de cinéma originale. Ici l'histoire de départ me fait penser à ce livre de David Vann : "Sukkwan island" (que je conseille en passant...)

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