Split : critique du retour de Shyamalan (ou pas)

Simon Riaux | 22 février 2017 - MAJ : 10/01/2019 00:00
Simon Riaux | 22 février 2017 - MAJ : 10/01/2019 00:00

Sacré sauveur de l’entertainment retors, puis précipité dans les abîmes du châtiment nanardeux avant d’être une nouvelle fois adoubé à l’occasion de l’honnête The VisitM. Night Shyamalan fait office de rescapé. Parvient-il réellement à faire de Split le grand retour que l’on désespérait de voir ?

SUPER KEVIN

Comme l’ont martelé ses bandes-annonces, Split repose sur un effet spécial surpuissant, un James McAvoy déchaîné dans le rôle de Kevin, victime de dissociation d’identité - ce que les scénaristes du temps jadis appelaient un peu grossièrement un schizophrène - et c’est là une de ses belles réussites. On suit avec un réel plaisir la formidable leçon de cabotinage donnée simultanément par le personnage et l’acteur alors que l’inquiétant Kevin enlève trois jeunes filles, destinées à nourrir physiquement et symboliquement une nouvelle personnalité sur le point d’advenir.

On notera au passage qu’Anya Taylor-Joy confirme, après The Witch, tout le bien qu’on était en droit de penser d’elle. En dépit d’un rôle sous-écrit et terriblement simplet, elle impose à l’écran une forme de retenue magnétique férocement cinégénique, celle-là même qui innervait déjà le film de Robert Eggers. La retrouver ainsi après l’abominable Morgan est un régal.

 

Photo James McAvoy

 

CE QUE NE ME TUE PAS...

L’autre grande satisfaction procurée par Split, c’est l'indéniable retour en forme de Shyamalan. Oubliez les séquences de la honte qui parcouraient Phénomènes et sa flippe végétale, la mégalomanie sirupeuse de La Jeune fille de l'eau, la mollesse stupéfiante d’After Earth ou l’esthétique mongolo-craignos du Dernier Maître de l'air, le cinéaste s’est sorti les doigts comme il faut.

Split est truffé de scènes découpées à la perfection (l’enlèvement des héroïnes, véritable traité de placement de la caméra), et parvient souvent à redynamiser des pans entiers de son récit, menacés par la paresse parfois navrante du scénario, par la simple grâce de son montage ou de la dynamique interne de ses images (vous vous souviendrez longtemps de la choré d’Hedwig).

 

Photo Anya Taylor-Joy

 

… ME REND MOINS FORT

Malheureusement, le réveil de Shyamalan est loin d’être une totale réussite. La faute à un scénario dont le classicisme étonne presque autant que sa prétention. Le récit passe son temps à jouer les malins, murmurant à l’oreille du spectateur qu’il en a dans le Split et qu’il va voir ce qu’il va voir. Pourtant, on sera bien en peine de trouver une once d’originalité dans cette narration finalement très convenu, dont le déroulé suit une trame déjà usité maintes fois.

Par conséquent, aboutir, après deux heures de rodomontade à un piteux « ce qui ne te tue pas te rend plus fort », déclamé par un James McAvoy en pleine extase prostatique a de quoi énerver le cinéphile auquel on a promis le psycho-thriller ultime. A fortiori quand le personnage principal du film ne nous offre qu’un éventail de trois ou quatre personnalités, là où on nous répète que son cerveau en abrite plus d’une vingtaine, comme si le film, sous ses airs de malice revendiquée, souffrait d’un vilain poil dans la main.

 

Photo James McAvoy

 

L’autre grande déception du film provient de son ultime « twist », dont on ne dira rien, sinon qu’il pose d’évidents problèmes de sens et de positionnement. S’il pourra enthousiasmer les fans hardcore du cinéaste, qui leur offre ici une promesse de retour aux sources, ce salto narratif a surtout des airs de racolage filmique directement inspiré de la recette Marvel, soit la négation de ce que proposait initialement Shyamalan. Enfin, sa conclusion a pour effet dommageable de transformer un Split anodin mais efficace en une longue bande-annonce, achevant ainsi de faire de ce grand retour un petit tour de piste.

 

Affiche française

 

 

 

Résumé

Shyamalan n'avait manié la caméra avec autant de virtuosité depuis plus de dix ans, mais son scénario n'en n'a pas assez dans le Split pour faire office de retour en force.

commentaires

Olivier
13/11/2017 à 19:38

La critique de la honte. Une de plus.

Thibault
26/02/2017 à 08:12

Allez voir le dernier podcast sur CaptureMag, consacré à la carrière de M.Night Shyamalan

http://www.capturemag.net/les-grandes-bouches/capture-mag-le-podcast-episode-17/

Baeanth88
24/02/2017 à 21:22

Je comprends cette chronique sur Split.
Le film m'a fait plaisir, dans le sens où Shyamalan revient à un niveau d'exigence formel évoquant ses meilleurs films. Et j'ai apprécié cette irruption de l'humour dans ce film quand même très lugubre. Puis les acteurs sont excellents (James McAvoy peut être fier, il est impérial).
Je suis plus septique sur le rythme, quelques longueurs se font sentir et le scénario aurait gagné à être approfondi.
Maintenant, le final qui fait tant parler...Je saisis ce qui peut déstabiliser. Il faut être connaisseur de la filmographie de Shyamalan, c'est vrai. Et on peut tiquer sur la façon de faire. Mais là où je suis en désaccord, c'est sur la marvelisation du cinéaste. La différence selon moi, c'est que dans le cas de Slipt, cette séquence permet au film d'être envisagé sous un nouvel angle si on le revoit, là où les autres ne s'en servent que pour dérouler leur programme commercial. Et si on retourne voir Split, on voit une proposition que les grosses sociétés de production n'ont jamais eu l'audace de mettre sur le tapis. Dans ce sens, le film devient encore plus évident pour Shyamalan.

Motoralox
24/02/2017 à 08:41

Excellent la critique d'Ecran Large qui je pense n'a pas tout saisi dans le film ... MNS signe la l'un de ses meilleurs film voir le meilleurs , mais comme d'habitude si tu creuses pas un minimum bah forcement on arrive à faire une critique comme celle là

StarLord
29/01/2017 à 09:38

Pas assez dans le le split!
Ahahahaahahahah excellente vanne! J'adore!
Comme l'ami Copeau c'est aussi ce que j'aime chez EL ;)

Prometheus
28/01/2017 à 15:59

La non carrière de MNS depuis la jeune fille de l'eau est quand même hallucinante. Après sixième sens, incassable, signes voire le village qui étaient truffés de plans hyper malins et recherchés, c'est à se demander si c'est le même réalisateur après... pas vu le film mais apparemment le retour de MNS n'est pas totalement réussi. Je crois qu'il faut faire le deuil de ce réal et se satisfaire de ses premiers films.

Pepe
27/01/2017 à 18:54

James et non John Mcavoy.
Sauf si j'ai raté 1 effet comique style john mclane ?

ggil
26/01/2017 à 15:40

Cool

Douglas
26/01/2017 à 13:16

Le problème de la fin, c'est pas forcément l'idée en soi (assez bonne je trouve) mais l'exécution. Quand la musique démarre, on se demande pourquoi on entend ça, puis ensuite la révélation finale est assez mal amenée et l'écriture assez lourdingue, là où juste une image du personnage regardant la télé dans sa tenue la plus iconique aurait été plus forte !

kolby
26/01/2017 à 12:13

Bon on verra bien de quoi il en ressort? Sinon pour moi shaylaman est un virtuose du genre et j'espère qu'il nous nous mettra plein la gueule comme il l'as fait avec ces précédent.

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