Rogue One : A Star Wars Story - critique rebelle

Simon Riaux | 15 décembre 2018 - MAJ : 02/01/2020 21:21
Simon Riaux | 15 décembre 2018 - MAJ : 02/01/2020 21:21

Premier spin-off produit par Disney, marqué par une production particulièrement compliquée voire cauchemardesqueRogue One : A Star Wars Story de Gareth Edwards, avec Felicity Jones, avait la difficile mission de convaincre le public que la saga Star Wars pouvait survivre à l’industrialisation sérialisée déjà expérimentée par Disney avec Marvel.

BON PIED BON BLASTER

Rogue One : A Star Wars Story nous propose donc d’explorer les évènements évoqués dans l’introduction de l’Episode IV, à savoir la récupération par l’Alliance Rebelle des plans de l’Etoile de la Mort. De ce postulat découle deux éléments qui façonnent cet épisode. Premièrement, nous évoluons dans un monde dénué de Jedi (tous massacrés par Vador et l’Empire à l’exception de Ben Kenobi) et où la Force n’est donc plus le fortifiant dramatique et spectaculaire qu’elle fut dans toute la saga. Deuxièmement, c’est l’occasion d’en apprendre plus sur la Résistance, jusqu’ici plutôt survolée au cinéma.

Gareth Edwards est bien conscient que pour donner vie à Rogue One : A Star Wars Story, il doit absolument traiter et incarner ces deux idées, quitte à révolutionner la grammaire de Star Wars. Oubliez la mise en scène ample de George Lucas et la copie appliquée de J.J. Abrams. Le monde qui se déploie ici est en guerre et la frontière entre le bien et le mal y est particulièrement floue, comme en témoigne la caractérisation de tous les personnages, définis par leur rapport (ambigu) à la violence. La première conséquence de ce changement de paradigme est une caméra, portée le plus souvent à l’épaule, qui colle aux personnages, épouse leurs soubresauts et la moindre inflexion de leurs corps.

 

Photo Felicity JonesFelicity Jones : "I rebel"

 

Rogue One : A Star Wars Story plonge fréquemment dans la mêlée, avec un souci de lisibilité, une quantité de jeux d’échelle et surtout un art de la transition qui confine parfois à la pure fulgurance, lorsque découpage, pyrotechnie et montage se combinent à la perfection. On pouvait craindre qu’une orientation « sombre » dénature l’ADN et les enjeux traditionnels de la série. Au contraire, Edwards fait justement du bien et du mal la question centrale de son œuvre.

Le spectateur se retrouve ainsi écartelé. D'un côté, une rébellion dévoyée, tant le désespoir la pousse à une violence brute et contre-productive. De l'autre, un Empire, certes cruel et violent, mais capable d’apparaître comme une alternative au chaos, voire un promontoire social. L’enjeu pour la troupe emmenée par Felicity Jones ne sera donc pas tant de remporter une victoire décisive, mais de donner forme à la Résistance, à la faveur d’un acte aussi désespéré que symbolique.

Puisqu’il n’est pas question ici de la dynastie Skywalker, ou d’enjeux planétaires déguisés en conflits générationnels, Rogue One : A Star Wars Story se paie le luxe d’incarner enfin le titre emblématique de la saga : c’est bien d’une guerre menée dans les étoiles qu’il est question.

 

Photo Diego LunaDiego Luna, qui aura sa série solo bientôt

 

JE SUIS TON PREQUEL 

Puisque la partie se joue sans sabres laser, pouvoirs surnaturels ou deus ex machina télékinésiques, non seulement la dramaturgie se voit renforcée, mais pour la première fois, chaque combat, chaque affrontement est doté d’un enjeu véritable. La caméra le sait et nous plonge donc viscéralement aux côtés de nos héros, avec une absence bienvenue de distance et de second degré.

C’est que la charge épique de Rogue One : A Star Wars Story ne laisse guère de place pour la rigolade – exception faite d'une poignée de répliques du droïde K-2SO – tant le programme est chargé. C’est simple, le métrage est de loin le plus spectaculaire Star Wars jamais vu au cinéma. Dog fights, fusillades, embuscades, affrontements stellaires… Le film contient quasiment autant de morceaux de bravoure que l’intégralité de la première trilogie.

Ce déluge guerrier n’intervient véritablement que dans la seconde partie du métrage. Dans la première, où les transformations apportées par les reshoot, parfois très fonctionnelles et mécaniques, sont les plus voyantes, le film prend son temps et s’échine à construire un récit à plusieurs voix de la manière la plus appliquée qui soit.

 

Photo Ben MendelsohnTiens, Ben Mendelsohn joue un méchant

 

POUSSIERE D'ETOILE

Mais Rogue One : A Star Wars Story n’est pas simplement une aventure parallèle dopée à La Chute du Faucon Noir et flanquée de références à Apocalypse Now. Sur le papier, ce récit qui se focalise sur la petite histoire et s’interdit le recours à la Force s’impose comme le Star Wars le plus tragique, et ce de très loin. Si les dialogues prennent parfois un peu trop de place, ils recèlent quelques pépites magnétiques (« There’s a problem with the horizon, there’s no horizon »), telle que la saga n’en n’avait pas offertes depuis Un Nouvel Espoir.

Jusque dans sa dimension poétique, le film nous réconcilie avec la saga, le surnom donné à un personnage (Stardust), d’apparence lourdement naïf, s’avérant d’une portée mélancolique sublime dans les derniers instants de ce périple.

 

PhotoNoir trooper

 

GRAND BLESSÉ

Ce premier spinoff commandé par Disney n’est pas pour autant exempt de menus défauts. On ignore encore quelle quantité du film a été retournée et dans quelles conditions, mais on sent ici et là une volonté de rendre la mécanique plus apparente, plus simple, au détriment d’un matériau humain plus brut, mais sans doute trop abrasif pour le studio.

Si le personnage de Forest Whitaker, sorte de mélange entre Vador et le colonel Kurtz, impressionne la rétine, on voit bien comment le studio a (depuis le premier teaser dévoilé il y a huit mois) aplani le personnage. Il en va ainsi de plusieurs scènes, qu’on sent étonnamment désincarnées ou inutilement bavardes. Par exemple, il faudra enchaîner pas moins de trois monologues dignes d’Independence Day avant que le film n’embarque sur son troisième acte furibard.

Ces coups de mous, bien moins fréquents que dans Star Wars : Le Réveil de la Force et autrement moins absurdes, demeurent une des rares scories du Star Wars le plus intense que nous ayons vu depuis une époque lointaine, très lointaine.

 

Photo Affiche Rogue One

 

Résumé

Rogue One s'impose comme l'opus le plus spectaculaire de la saga, mais également le seul à égaler L'Empire contre-attaque en termes de dramaturgie.

Autre avis Geoffrey Crété
Rogue One : A Star Wars Story voulait être épique, tragique, spectaculaire, et plus pur au sein de la saga avec sa bataille guerrière désespérée. Et il aurait pu l'être, avec une écriture plus fine, des personnages mieux définis, et un rythme plus solide.

commentaires

Kay1
16/12/2019 à 15:51

Je l’ai pas trouvé ouf au cinéma .
Pour faire simple et rapide , voici mes plus :
_une Assez belle mise en scène , ça fait un moins incrustation que dans le 7 et 8 au niveau des fx
_ La Gigantesque bataille de fin
_K2S0
_Donnie Yen
_ Darth Vader
_Respect de l’univers et la petite prise de risque de montrer que les rebelles sont aussi des salauds
Et je crois que c’est à peu près tout

Les moins :
_Felicity Jones pas très convaincante
_Diego Luna , j’ai compris dans Narcos Mexico qu’il était bon acteur , son personnage est intéressant pour le côté « je me bats pour le bien , mais mes actions ne me différencie pas de mes adversaires ». Le problème, c’est que c’est à peine survolé. J’ai l’impression que son importance a été diminué au montage
_Le parcours des héros complètement useless : c’est un problème chez Disney ( cf : How Rogue One should have ended qui explique le problème)
_Pas mal de personnages bien inintéressants au vu du casting ( Mads Mikkelsen , Forest Whittaker etc)

Bref le meilleur film Star Wars par Disney.

Guéguette
16/12/2019 à 15:44

Je pense que les critiques viennent du fait qu'il n'a pas la structure d'un actionner ou d'un star wars classique.
Honnêtement, c'est un juste un très bon film de guerre, un putain de film sur ce que c'est que la résistance.
Je me suis attaché à tout le monde perso, et le fait qu'ils attaquent la dualité d'un résistant prêt à tout penchait encore vers le véridique.
Toute la structure du film ne sert qu'à monter en sauce leur sacrifice, là où certains voulaient juste du mega fazer et autre tching tching boom boom...Là on leur montre un film cru et sans espoir pour les protagonistes.
Et évidemment on n'oublie pas la scène de Vador complètement ouf.
Du vrai cinéma (avec d'ailleurs bons plans spatiaux qui se distinguent vraiment dans la saga).

Djidjin
16/12/2019 à 12:16

Tout à fait d'accord avec cette critique ! Pour moi un des meilleurs avec l'Empire contre attaque. Épique et dramatique avec effectivement quelques défauts. Je ne me lasse jamais de le voir et revoir...

Micju
15/12/2019 à 22:45

Tous Stars wars confondu celui-ci est le plus mature et le mieux joué par les acteurs.

zetagundam
15/12/2019 à 21:14

"insultant" dans le sens où il prend le spectateur pour un c.n car ce n'est au final qu'un mauvais remake fainéant, qui ne veut pas s'assumer pour ce qu'il est, sans parler dû fait qu'il se déroule un contexte politique sorti de nulle part et qui ne sera jamais expliqué à part peut être dans une explication bidon dans l'épisode IX

SANCHEZ
15/12/2019 à 19:40

J'aimerais savoir en quoi l'épisode 7 est carrément "insultant" et "innommable" .
Rogue One c'était pénible malgré de belles images. Les personnages sont tellement creux que s'en est presque ridicule et l'actrice principale était mono-expressive au possible, semblant de pas savoir pourquoi elle est là. Le chinois avec ses litanies était à baffer

Namphar
01/06/2017 à 17:16

Après le cauchemar innommable du numéro 7, immonde copie incohérentes des épisodes précédent, et insulte à la saga, qu'est ce que disney à fait dans ce film ?
Pas grand chose. Le film remonte un peu le niveau du précédent : acteur un peu moins ridicule et scénario pas complétement absurde.
Ce film se veut une parenthèse dans star wars : pas de force, coté obscur, jedi ou sabre laser, et s'oriente dans un film de guerre dans l'univers de starwars.
Mais comme le précédent, le réalisateur copie les classiques du genre sans en comprendre le sens. Résultat des scènes d'action où il faut être fortement lobotomisé pour ne pas y voir la stupidité (par exemple quand une troupe d’élite de l'empire est incapable de faire mouche sur une personne debout dans un couloir à quelques mètres de distance, tout en ayant tiré au même endroit 1 seconde avant...), une histoire et des "rebondissement" archi-prévisible, et un attachement aux personnages proche du néant (-Ohhh, ils ont tué le personnage bidule à tête de machin ! -Qui ca ? -Bah celui en forme de... ouais on s'en fou en fait.. suivant !).
Au final, un film qui se laisse regardait en débranchant totalement son cerveau, et qui s'oublie dés le générique de fin.

Prometheus
21/01/2017 à 05:48

Vu, enfin !!
J'ai bien cru que ce film serait mon premier SW decouvert à la tv, moi qui ait eu à chance de découvrir la saga au ciné au tout début des années 80.
Verdict ? On a frôlé la catastrophe intergalactique si vous voulez mon avis.
Une scène d'introduction un peu cul cul.
Puis 45 min limite embarrassantes avec un enchaînement de scènetrès censées poser les personnages et les enjeux. Sauf que ça manque de fluidité et certains dialogues sonnent creux.
Le film prend forme dans 2 ème partie pour nous donner une très belle scène de guerre au sol et sans l'espace. Avec quelques frissons bien sentis sonnant furieusement envie de revoir les films originels.
La fin est dantesque : je ne m'attends pas ce que ce film fasse un lien si précis avec Un Nouvel Espoir, c'est très bien vu.
Les + :
Rien à dire sur les FX à 1 exception près
Histoire originale complémentaire à la saga Skywalker
Une dramaturgie bien présente, un suspens qui fonctionne à plein dans la dernière demi heure
Certains perso charismatiques
La fin, juste parfaite

Les - :
Un FX raté pour moi qui fait tache
Un film hybride trouvant sa raison d'être sur le fil
La musique pas du tout emblématique

Bref pas le film parfait mais à revoir avec plaisir en vidéo.
Vivement l'épisode 8 pour rattraper le reboot paresseux du 7

zetagundam
19/12/2016 à 15:05

En un mot: Déception

Mieux que "l'insultant" épisode 7, mais on se trouve avec un film qui ne s'assume jamais.
-Une bande son à la ramasse, souvent en décalage avec l'action, qui veut sonner comme Star Wars mais sans sonner comme Star Wars
-De grosses facilités scénaristiques, par exemple l'histoire du point faible de l'étoile de la mort ne tient pas la route
-Des acteurs la plupart du temps transparents et pour certains médiocres (Diego Luna si tu me lis c'est à toi que je pense) mais il faut dire aussi qu'ils ne sont pas aidés par le scénario
-Ce même scénario qui hésite constamment entre romance/pas romance
-Des effets spéciaux "étranges", exemple Peter Cushing et un autre personnage ou les destroyers stellaires qui ressemblent plus à des bouts de plastique d'un blanc immaculé qu'à des engins qui ont traversés l'espace
-Des proportions qui sont elles mêmes de temps en temps étranges
-un Vador à moitié raté, heureusement que sa dernière scène rattrape un peu le coup
-Une bataille finale qui n'arrive pas à la cheville de la bataille sur Endor qui est bien plus existante malgré les 30 ans d'écart.
-Un fan service qui aurait mérité d'être plus subtile.

Cervo
19/12/2016 à 10:26

Le climax, la plus grosse bataille jamais vue dans un Star Wars, dure 45 minutes.

Avant ça, tu as le ka-boum sur Jedha, l'attaque sur la planète pluvieuse... Si tu vois pas demorceaux de bravoure, je ne sais pas ce qu'il te faut, c'est le premier Star Wars où ça bastonne autant et aussi souvent.

Et puis, je veux bien que les personnages soient monolithiques. Mais alors que dire du reste de la saga SERIEUSEMENT ? Des persos qui s'interrogent sur le sens de leur mission comme Cassian, on n'en n'a jamais vus. Des méchants aigris comme Krennic non plus. Bref, je comprends pas bien le reproche sur les personnages.

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