Les Animaux fantastiques : critique de l'après-Harry Potter

Simon Riaux | 18 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 18 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Avec la marque Harry Potter, Warner détient les droits d’un produit extrêmement rentable et générateur d’un public captif comparable à celui qui accompagne les Star Wars de Disney. On ne s’étonnera donc pas de voir le studio transformer un produit dérivé pour en faire Les Animaux Fantastiques, franchise annoncée de cinq films. Mais que vaut donc cette continuation du Poudlard aux œufs d’or ?

OLD SCHOOL MAGIC

Longtemps dernier bastion hollywoodien à défendre des projets singuliers et pensés avant tout comme des œuvres de cinéma, Warner a acquis au gré des huit adaptations des romans de J.K. Rowling un savoir-faire en matière de transposition magique indiscutable. Il joue à plein dans Les Animaux Fantastiques, dont l’intrigue, située à New York en 1926, permet à cet univers de se renouveler et de muter sensiblement, vers une esthétique plus adulte, aux influences toujours plus nombreuses.

En résulte un produit à la direction artistique souvent prodigieuse dans son souci du détail, où se succèdent les décors formidables, les références cinématographiques et littéraires, accompagnées d’un bestiaire plutôt réjouissant, aux airs de Monster Hunter rehaussé de pudding. Un terrain de jeu idéal pour un casting tout simplement parfait. Eddie Redmayne déploie son charme gauche avec délice, tandis que Katherine Waterston compose une partition plus délicate. Quant à Ezra Miller et Colin Farrell, ils assument parfaitement la part d’ombre du récit, ce qu’elle contient de manipulation, de discours trouble sur l’acceptation de soi.

 

Photo Eddie RedmayneOh quelle belle chose

 

CHEAP TRICK

Hélas, si Les Animaux Fantastiques recèle quelques joliesses dans sa conception, il ne trahit jamais sa nature de blockbuster prémâché de 2016. Réalisé par David Yates, le film ne propose pas la moindre idée de mise en scène autre que des emballements numériques ponctuels lorsque le scénario s’attarde sur la collection animalière de son héros. Plus gênant, le scénario nous propulsant aux Etats-Unis, Warner se débarrasse avec joie des oripeaux britanniques du produit pour y accoler les marques de l’entertainment hollywoodien contemporain. Ainsi, quand la magie fait défaut, on dégaine les flingues, on fusille, on pulvérise des bâtiments, le tout dans une avalanche de gros effets dramatiques souvent hors-sujet, notamment au cours d’un climax qui lorgne d’un œil torve vers la recette Marvel.

 

PhotoLe rat version JK Rowling

 

La narration n’échappe pas à ce cahier des charges désincarné, alternant séquence d’exposition, clin d’œil aux fans, intrigue secondaire, et extension de l’univers principal sans jamais tenter de les lier organiquement. Le résultat est une pièce montée souvent incohérente, où s’imbriquent mécaniquement la traque d’un rhinocéros libidineux, une pseudo-dénonciation des tensions politiques américaines et les premières miettes d’une amourette nigaude.

 

Photo Eddie Redmayne, Katherine WaterstonAttention, Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald

 

FORMULE TRAGIQUE

Grâce à l’énergie de ses comédiens et à une série de petites trouvailles ici et là, Les Animaux Fantastiques ne sombre jamais et a au moins la politesse de ne pas nous ennuyer. Mais on se prend souvent à rêver de ce qu’aurait pu proposer avec semblable matériau un Tim Burton de la grande époque ou un Guillermo Del Toro, tant le film peine à incarner ses meilleures idées.

 

PhotoTête de porte-bonheur

 

En témoigne les scènes se déroulant dans le petit zoo de Scalamander, caché dans une valise enchantée. Ces séquences, entre le théâtre, la relecture de Mary Poppins et la pure féérie appelaient une certaine inventivité et des choix de mise en scène. David Yates n’en fait qu’une bouillie numérique générique, à l’image du personnage virtuel doublé par Ron Perlman, qui à force de débauche d’effets numériques finit par amoindrir une excellente proposition de départ.

Au moins l’univers des Animaux Fantastiques est-il désormais établi et son concept largement étalé. Avec son univers riche et ses immenses possibilités narratives, on peut espérer que Warner lâchera progressivement la bride d’une franchise en devenir, qui pourrait encore surprendre et, qui sait, ensorceler.

 

Affiche

Résumé

Les Animaux Fantastiques, malgré un casting de rêve et une direction artistique soignée, ne peut dissimuler sa nature de produit trop calibré et soumis aux modes du moment pour émerveiller.

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commentaires
Oldskool
20/10/2020 à 22:52

Perso j'ai rien compris. Ni d'où ça partait, ni où ça voulait arriver !

Alaindubourgdubrin
19/10/2020 à 10:11

Tout est lisse, aseptisé. Coupes de cheveux nettes et brillantes en toutes circonstances, filtres caméra, costumes neufs semblant n'avoir jamais été utilisés, personnages creux et inintéressants, animaux genre fétichisme pokémon..
De plus en plus difficile d'adhérer à ce cinéma hollywoodien fade et sans âme pour ma part.
Des films qui sortent et se succèdent, que l'on regarde une fois pour des raisons variées mais qui ne nous marquent pas.
Bref c'est vide et nul. les deux épisodes sont nuls.

DjFab
19/10/2020 à 08:54

2/5 aux Animaux Fantastiques et 3/5 au Chasseur et la Reine des Glaces !!!!!???????????????

pepe le putois
19/10/2020 à 08:22

Pas d'accord avec la critique ni la plupart des commentaires négatifs, j'ai beaucoup apprécié ce film qui ajoute en effet une dimension plus sombre qu Harry Potter, bien joué et divertissant. Et pourtant pas fan des films HP (trop vieux pour ces conneries sûrement).

Myst
18/10/2020 à 19:58

FIlm a chier, incohérent, moche, rempli de deus ex machina et de personnage inintéressant.

lucie
04/03/2017 à 12:42

j'aime pas trop se film il est pas très joli

Melki
20/11/2016 à 14:45

@PipoBazinga

Mais heureusement qu'ils comparent avec d'autres films... C'est justement ça, "se concentrer sur le film", proposer de le mettre en perspective, avec ce qui a existé avant, ce dont il s'inspire, la direction qu'il prend. C'est justement ça une critique : une mise en perspective, une grille de lecture.

Après si tu veux des avis "concentrés sur le film", bah tu regardes l'affiches, y aura plein de jolies citations promo.

Geoffrey Crété - Rédaction
19/11/2016 à 11:22

@Pipo

On espère donc vous retrouver sur la prochaine critique où notre enthousiasme sera critiqué et nous vaudra des insultes ;) Pas d'inquiétude, ça arrivera vite, sans aucun doute.

PipoBazinga
19/11/2016 à 07:40

Je n'ai pas lu tous les commentaires mais je suis assez d'accord avec l'idée qu'EL ait l'air blasé rien qu'à l'idée de voir de nouveaux films. A chaque critique il y a une voire plusieurs comparaisons avec d'autres films, au lieu de se concentrer sur le film dont il est question. Pour l'avoir vu j'ai pour ma part apprécié le film, quand vous dites qu'il s'agit d'une "bouillie numérique" je ne suis pas d'accord avec ce jugement. Je trouve intéressant que le film explore divers horizons, on passe en 10min d'un film gentil,féérique à quelque chose de bien plus sombre et plutôt angoissant. C'est quelque chose de plutôt sympa pour ma part de voir un film qui ne se contente pas que d'un univers et finisse par être gnangnan ou au contraire trop sombre.

Pat_06
19/11/2016 à 04:08

Chacun a le droit d'aimer des films différents là n'est pas la question.
Je n'ai pas vu le film. Pas encore. Mais ce que je retiens surtout de cette critique c'est qu'il semble parfaitement répondre à la mode actuelle qui pollue durablement et gravement à Hollywoodien. A savoir qu'avec des budgets totalement indécents et des couts de fabrication essentiellement gonflés par les CGI et la promo, les studio s'évertuent à créer non plus des films en tant que tel mais de véritables marques : on va voir le dernier Marvel ou le prochain Star Wars... et non plus un film construit et pensé pour ce qu'il est. La critique du site à mon sens regrette cela avant toute chose. On ne peut que les rejoindre : impossible aujourd'hui d'imaginer Titanic, le Parrain ou Psychose se monter. Les studios auraient trop à coeur d'en tirer artificiellement des sagas sur 4 ou 5 épisodes, jusqu'à l'écoeurement... Personnellement j'attendrai de voir les Animaux Fantastiques à domicile plutôt que d'investir une trentaine d'euros (place de ciné + nounou) pour voir un énième produit dont les suites sont d'ores et déjà programmées. Je préfère garder mon temps et mon argent pour des films grand public un peu plus ambitieux que cela (ex : Odyssée de Pi, Interstellar, ....).

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