Richard et Mildred se marient. L’un est blanc, l’autre est noire. Mais dans l’Etat de Virginie, cet acte est encore interdit en 1958. Adapté d’un fait réel, le film se concentre sur la relation entre les deux personnages.
Jeff Nichols n’en finit pas de faire parler de lui. Après 4 films très remarqués, il revient sur la Croisette pour une deuxième sélection officielle. Malheureusement là où nous attendions ce nouveau film avec impatience, c’est une petite déception qui en ressort. Le film ne décolle jamais vraiment et il est cousu de fil blanc du début à la fin. Admirablement filmé, découpé, écrit, photographié et joué, il est d’un ennui poli.
Très académique, sans surprise et relativement manichéen, le long métrage s’étire en longueur sans vraiment creuser son sujet. Les interférences entre les deux personnages fonctionnent bien, mais c’est le maximum que l’on puisse en tirer. Rarement il n’est abordé autre chose que les difficultés caricaturales que le fond pouvait amener. Il reste quelques beaux moments de poésie et de rares séquences qui tirent le film vers le haut, mais c’est hélas bien peu. La faute à une envie de la part de Jeff Nichols de rester dans les rails pour une histoire lourde et figée dans le béton.
La maison que le héros construit pour sa famille diffuse un symbole de l’Amérique profonde qui se cherche, entre déracinements constants et évolution sociale nécessaire. C’était sans doute là que le message aurait gagné à être réfléchi. Le prétexte de l’histoire, très entendu, n’emmène jamais ailleurs qu’à la jolie vitrine démocrate, bien pensante, qu’il propose. L’ambiance et la reconstitution sont pourtant réussies, indéniables, et le couple d’acteurs maitrise une palette de jeu qui fait plaisir à voir. Vraiment dommage.
Nouvelle révolution pour Jeff Nichols, une histoire vraie, douce, dans une temporalité passée – les années de luttes pour le droits des noirs aux USA, auxquelles le couple Loving (oui !) ne va Pas participer directement… mais malgré eux.
Tout simples et directs qu’ils sont, ils vivent dans la même communauté, ils s’aiment, se marient là où ils en ont le droit, se font traiter de criminels car ils ne sont pas de la même ethnie, se font menacer d’emprisonnement s’ils restent dans leur pays, se décident à déménager (décidément Nichols à une dent contre les expulsions gouvernementales)…
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Et finalement c’est Mildred (Ruth Negga, délicate) qui va s’exposer un peu plus, poussée par quelques avocats et journalistes (toujours Michael Shannon)en quête de symboles de liberté.
Pendant que son mari Richard (Joel Edgerton, brave) ne va suivre le mouvement qu’avec quelques réticences.
Pas de cris à foison, toujours pas de mélo lacrymal, c’est d’une pudeur qui honore la discrétion de ces gens, qui donneront leur nom à une loi emblématique dont l’utilité se fera ressentir encore des décennies plus tard (le droit au mariage sans restrictions à cause de préjugés).
Tellement calme qu’on croirait qu’il n’y a pas d’enjeux… et finalement c’est peut-être le cas. Puisque rien ne pouvait les empêcher de s’aimer. Même en dépit de l’amertume (le sort futur de Richard).
Un duo d’acteurs bouleversant, une très belle réalisation, des seconds rôles de qualité, une écriture posée et sans violon alors qu’on aurait pu tomber dans la pure guimauve). Une nouvelle belle réussite de Jeff Nichols. Et je me demande bien ce que vous avez à redire sur Midnight Special!
C’est justement cette histoire figée dans le temps qui m’a beaucoup plus.
Le couple formé par Joel Edgerton et Ruth Negga est d’une rare émotion. L’amour qu’il ont l’un pour l’autre transparaît dans chaque plan millimétré de Jeff Nichols.
Alors dire que c’est cousu de fil blanc c’est comme de dire j’aime pas Titanic parce que le bateau coule à la fin. C’est le traitement de l’histoire qui compte.
Laissez vous prendre par l’émotion, c’est c’est qui compte dans le cinéma.
Midnight Special ne m’a pas déplu, mais j’ai du mal à voir ce qui en fait un chef d’oeuvre aux yeux de beaucoup. Film très clivant en effet.
Retour en grâce ? Euh comment on fait un retour en grâce quand son dernier film est un chef d’œuvre ? Je comprends pas trop la …