Les Cowboys : La critique qui fait parler la poudre

Chris Huby | 8 octobre 2015
Chris Huby | 8 octobre 2015

Alain est pilier d’une communauté de cowboys de l’est de la France. Un jour, sa fille Kelly de 16 ans disparaît. Epaulé par son fils, il n’aura de cesse de la rechercher dans les réseaux djihadistes à travers le monde.

Thomas Bidegain passe enfin à la réalisation de son premier film. Connu pour ses scénarios très exigeants, notamment pour Jacques Audiard et récompensé par une Palme d’or lors du dernier festival de Cannes avec Deephan, l’auteur nous propose un long métrage d’une immense richesse.

Le personnage du père, remarquablement interprété par un François Damiens totalement habité, traumatisé et obsessionnel, mène l’histoire vers une quête qui durera des années. Cette recherche qui se transmet sur une autre génération fait naitre du sens au sein d’une famille dont les codes sociaux avaient explosé depuis le drame. Comme si les événements de l’existence, aussi désastreux soient-ils, faisaient naitre une logique dans le chaos initial. Comme si rien de tout cela n’était finalement dû au hasard.

Le père transmet donc son obsession et son intransigeance à son fils (remarquable Finnegan Oldfield) qui finira par faire entièrement tourner sa vie autour de la recherche de sa sœur, passant de pays en pays dangereux, entre humanitaire, enquête personnelle, rapprochement avec les services internationaux et prise de risque inconsidérée.

L’histoire passe ainsi de communautés en communautés, des européens au monde arabe et perse mal perçu par nos concitoyens. Les deux héros naviguent ainsi dans les milieux des trafiquants, des salafistes et des négociateurs sans perdre de vue leur but initial. Comme si le besoin de recréer le groupe d’antan, celui de la famille, prenait le dessus sur tout le reste.

Le cheminement sur la durée voit passer successivement les attentats meurtriers du 11 septembre, de Londres et de Madrid, ceux d’Al-Qaida, entité fantomatique qui plane au-dessus de la famille et que l’on approchera au Pakistan lors de la deuxième partie du film. Ces événements sont vécus par le fils comme autant d’explosions et de rappels de la rage à la fois personnelle et mondiale, signe d’un changement radical et d’un affrontement intra-communautaire qui ne cessera de se développer.

Ce long métrage ambitieux et complexe se révèle être une pépite sur bien des domaines : le sujet, le jeu des comédiens, le développement de l’histoire (rarement vu en France sur un tel sujet), mais aussi sa mise en image, encore proche de celle d’Audiard, ce qui est très loin d’être le pire des défauts. Cette réussite visuelle est même une grande surprise tant Bidegain restait encore dans l’ombre de l’immense metteur en scène français. La réalisation est sèche et sensible à la fois, ménageant ses effets de surprise, créant des séquences remarquables, à la lisière de l’onirisme dans certains passages. Tous les personnages secondaires sont brillamment créés, du moindre syrien, aux passeurs, sans oublier l’inquiétant négociateur américain campé par un John C. Reilly que l’on retiendra longtemps.

De la petite histoire familiale, Bidegain écrit un drame géopolitique qui ramène les réflexions sur le supposé choc des civilisations. A l’heure d’un Daech qui prend concrètement ses marques au Moyen Orient, le film pose des questions essentielles sur les communautés et sur les incompréhensions codées entre celles-ci. Plus qu’important, il s’agît d’un long métrage essentiel et limpide qui pose un regard acéré sur notre temps.

Résumé

En conclusion, un véritable chef-d’œuvre méta, intronisé, qui sort en pleine période troublée et qui, espérons-le, trouvera un public cinéphile curieux.

Lecteurs

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commentaires

Herve
02/12/2015 à 08:46

j'ai vu le film.
Il réussit le tour de force d'être profondément
ennuyeux et nous en apprend moins qu'un " reportage d'i Tv sur le sujet" (dixit les cahiers du cinéma ).
À éviter sauf si vous cherchez un somnifère.

diez
25/11/2015 à 16:33

C'est un beau film, mais il se condamne presque en hachant sa narration avec des elipses n'hesitant pas a zapper des chapitres entiers de la vie des deux cowboys. En résulte un manque d'émotion flagrant, bien que le propos suffise largement à convaincre jusqu'au bout.

Jamais content
09/10/2015 à 09:51

Déjà qu'il y a pas la date de sortie du film dans le test, mais en plus quand on va voir dans les news, la date est fausse...

pinpon
08/10/2015 à 18:01

@pinpin, vu aussi à Cannes et rien ne dit que l'enfant a cédé au jihadiste

pinpin
08/10/2015 à 17:02

je vous conseille de voir le film pour en juger (valable pour les deux commentaires précédents) vu à Cannes, sublime... assez dénué de partis pris tout fait. Une belle analyse des drames familiaux liés a ces enfants qui cèdent aux sirènes des jihadistes.

Crétinos
08/10/2015 à 12:46

Mais Thomas Bidegain (et Noé Debré) sont des scénaristes qui utilisent des "recettes" à scénario (de leurs propres mots) malheureusement très visible quand on le sait :/. J'imagine que ça doit être le cas pour ce film aussi.

ttf
08/10/2015 à 11:26

La question : c'est un film réaliste ou un film de gauchiste avec de méchant français raciste ?

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