Crimson Peak : critique cauchemardesque

Geoffrey Crété | 14 octobre 2015 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 14 octobre 2015 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Guillermo del Toro est une bien étrange créature. Attendu à chaque nouveau film, adulé par un public fidèle, il entre entre le monde du cinéma mainstream et celui des auteurs intransigeants, habité par une soif de violence et de poésie macabre. Mais sa filmographie, qui s'étend du très bon (Hellboy II, Le Labyrinthe de Pan) au beaucoup moins bon (Pacific Rim), en passant par des projets abandonnés, demeure bien difficile à déchiffrer. Et Crimson Peak n'y aidera pas.
 

L'IMPASSE DEL TORO 

Crimson Peak serait-il le pire film de Guillermo del Toro ? Jamais le cinéma du réalisateur mexicain n'a semblé si limité que sur ce territoire qui lui sied a priori à merveille (un hommage appuyé aux films d'horreur classiques Les Innocents de Jack Clayton et La Maison du diable de Robert Wise), avec des acteurs en or (Mia Wasikowska, Jessica Chastain) et un budget intermédiaire confortable (des décors impressionnants, et du R-Rated) alloué par Legendary Pictures, déjà derrière Pacific Rim. A l'image de ce hall d'entrée somptueux, qui impressionne à sa première apparition mais ne sera exploité que sous quelques axes comme une plate scène de théâtre, Crimson Peak sonne creux comme une babiole de luxe.
 
 

Photo Jessica Chastain, Tom Hiddleston

 

A bien des niveaux, le film ne fonctionne pas et se heurte à un douloureux mur : l'histoire, qui manque cruellement d'intensité, notamment dans une interminable introduction ; le suspense, qui s'étiole tant le mystère est mal entretenu ; les personnages, aussi évanescents que les spectres du manoir hanté. La peur, enfin, aux abonnés absents - pas même un vrai jump scare pour remuer les méninges. Le vertige espéré lors de la découverte de l'immense demeure isolée s'évapore ainsi dans une altertance de séquences nocturnes mécaniques, d'une paresse effarante, et de dialogues lourdingues pour étayer le mystère ordinaire le jour.
 
L'incapacité du réalisateur et scénariste à animer ces stéréotypes du genre (la vierge blonde en nuisette blanche, la brune austère avec son trousseau de clés, les pièces interdites, les indices récoltés) devient de plus en plus évidente au fur et à mesure que le scénario fonce tête baissée vers la conclusion, sous les yeux las d'un spectateur ni passionné ni impliqué par cette intrigue scellée par une révélation si mal maîtrisée qu'elle ne pourrait décemment être qualifiée de twist.
 
 

Photo Mia Wasikowska

 

LA DAME DE PEAK

Même le soin indéniable apporté à la direction artistique semble tuer le film, figé par la lumière baroque Dan Lausten (Mimic, Silent Hill) qui vitrifie les acteurs. Idéale sur le papier, Mia Wasikowska se révèle incapable de donner vie à cette héroïne transparente, qui perd si vite ses attributs que sa caractérisation première (une jeune fille moderne et émancipée, qui se rêve écrivain) semble au final venir d'un autre film. La faute à une romance désuette et niaise qui parasite l'intrigue, le film offre une partition misérable à Tom Hiddleston, d'une fadeur extrême.
 
 

Photo Mia Wasikowska

 
Pas beaucoup plus aidée par le scénario (au moins aussi simplet que celui de Mama, produit par Del Toro), Jessica Chastain sera sans difficulté le meilleur élement du film : enfermée dans un rôle sans dimension durant la plus grande partie de l'histoire, l'actrice laisse son coeur battre la chamade lors d'un climax sanglant, bien plus romantique que toutes les jérémiades des deux tourtereaux. Mais Chastain semble presque errer dans un autre film et cette dernière ligne droite, si mal amenée et installée qu'elle en perd toute force, ressemble au dernier sursaut d'une créature agonisante.
 
Le coeur de Crimson Peak ne palpite pas. Trouillomètre à moins que zéro, effets spéciaux peu convaincants, stéréotypes désincarnés : on pense plus à Hantise de Jan de Bont qu'à La Maison du diable de Robert Wise devant ce film inoffensif proche de la mascarade, et en tout cas très loin d'être à la hauteur du rendez-vous pris avec le cinéaste.
 

 

Affiche française

Résumé

Crimson Peak est certainement le pire film de Guillermo Del Toro : celui qui illustre parfaitement toutes ses faiblesses, enrobées dans une carcasse flamboyante mais désespérément inoffensive et banale.

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commentaires
Calintz
02/03/2016 à 04:07

Crimson Peak me semble plus tirer vers le cinéma de la Hammer et le roman gothique (type Hoffman, Anne Radcliff) que vers le film d'horreur.
Le métrage prend le temps de poser une atmosphère et c'est à mon sens sa grande réussite. Mais après je trouve la critique de votre site trop subjective et ne respectant pas beaucoup le principe même de la critique. Le jugement de valeur finale étant de trop à mon humble avis.

west666
27/01/2016 à 14:18

Dommage le film est vraiment trop lent et on a tendence a sennuyer sinon les plans sombres et de lumières sont absolument superbes dommages amigo

ABCDeath
31/10/2015 à 14:33

PartyOver : tu as vraiment lu la critique ou t'avais juste envie de monter sur tes grands chevaux pour crier à l'injustice ?

"La peur, enfin, aux abonnés absents - pas même un vrai jump scare pour remuer les méninges."
"Pas même" : ça veut dire que ça fait peur, et qu'il n'y a même pas de jump scare. Tu comprends vraiment pas le sens ?....
Tu es tellement convaincu que tu dois défendre ce film raté que tu déformes les mots...

Sinon : Del Toro himself a parlé de Wise, par ex. Marre de ces fans qui pensent que leur opinion est Vérité, et que celui qui n'est pas d'accord est un inculte ou un con. (Le ton de ton commentaire... après t'étonnes pas si on te traite d'abruti)

Crimson Peak est un film minable, et si Del Toro ne l'avait pas signé, bien peu de gens trouveraient des raisons de le défendre. La dérive de la politique des auteurs....

Bolderiz a aimé, et personne ne va lui dire qu'il est débile. Parce qui lui, il ne prend pas un ton condescendant pseudo intello pour dire que si untel n'a pas aimé, il a juste pas compris ou aime Paranormal Activity.

Bolderiz
26/10/2015 à 21:09

Je viens de le voir et j'ai beaucoup aimé, comme quoi...

PartyOver!
24/10/2015 à 09:31

D'abord peur = jump scares ... vous devez donc mettre 5 a tous les paranormal merdity qui passe par chez nous.
Ensuite en terme de référence on est beaucoup plus proche de Mario Bava, Dario Argento et les films de la Hammer que de Clayton et Wise.
Pour terminer on retrouve bien dans ce film les marques de Del Toro (surcadrages, fantômes avertissement et pas tueur, monstres humains en opposition aux "gentils monstres fantastiques"...). La seule différence est qu'ici Del Toro a voulu ses personnages plus âgés et plus "mature" que dans ses précédents L'Echine ... et Le Labyrinthe ... (deux enfants héros) et que la transition n'est pas tout à fait réussie. Je trouve surprenant qu'on puisse aimé L'échine et le Labyrinthe et pas celui ci tant il inscrit dans une certaine continuité, la seule différence étant qu'ici il change de cadre (de l'Espagne de Franco vers l'Angleterre de Dickens) et de personnage (on pouvait retrouver les héros de l'échine dans le rôle de résistants dans le Labyrinthe).

david65
20/10/2015 à 16:55

Venez voir sur mon site une critique du film. toutuncinema.over-blog.com.

Syarus
19/10/2015 à 15:46

C'est pas le meilleur Del Toro, les décors sont beaux, ça a du charme c'est sur. Par contre, le scénario n'est pas emballant. Les personnages sont bancals et archétypaux surtout la protagoniste. Il n'y a pas de construction d'une angoisse palpable par la mise en scène. On dirait une banale série B d'horreur américaine dans un écrin haut de gamme. Ce qui fait mal c'est que c'est le même homme qui a produit l'orphelinat. J'adore ce réalisateur, mais il devrait retourné visionner ces précédents films produits et réalisés.

IQ
17/10/2015 à 12:59

Euh on est d'accord là. Mais Olivier met dans le même sac les gens et EL, comme si la critique était aussi gratuite que ceux qui défendent ou défoncent le réal sans argument...
Suis totalement d'accord sur le film : c'est vide, c'est désincarné. Ca déballe lumière et déco mais ça n'est jamais au service d'une bonne intrigue, d'une histoire solide.

diez
16/10/2015 à 13:54

Nan, mais il y a bien 90% des commentaires qui n'ont pas vu le film, mais qui défendent le travail du réalisateur. Allez voir le film et vous remarquerez que EL ne s'exprime pas dans le vide... J'ai beau etre un inconditionnel d'au moins 3 films du real (L'echine, Pan, Hellboy 2), il faut avouer qu'il amorce tres timidement son retour à ce qui a fait sa reputation. C'est très beau, mais souvent vain. C'est triste, mais malgré le divertissement honnorable qu'il est grâce a son ambiance et ses acteurs, le nouveau Del Toro me déçoit.

IQ
15/10/2015 à 21:24

Mais Olivier, où as-tu lu ça ?
EL explique largement pourquoi ils n'aiment pas ! Du scénario à la DA en passant par le rythme et les effets spéciaux. C'est pas du tout gratuit en mode "c'est nul, point".
C'est dingue ça, personne supporte aucun avis. C'est ou trop bienveillant et t'es un vendu ou fanboy, ou trop négatif et là t'es bête et méchant... Sérieux vous lisez autre chose que le résumé en 2 lignes ?

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