Films

Pixels : critique pixelisée

Par Simon Riaux
22 juillet 2015
MAJ : 10 novembre 2020
16 commentaires

Il y a cinq ans, Pixels enflammait le web, sous la forme d’un court-métrage techniquement brillant, formellement original, qui incarnait parfaitement la curiosité technologique et la nostalgie qui nourrissent la culture geek. Depuis, la création de Patrick Jean s’est transformée en blockbuster estival. Mais qu’en reste-t-il ?

Affiche

GAME OVER ?

Au delà de ses qualités et défauts propres, le cas Pixels est une illustration parfaite de certains disfonctionnements hollywoodiens. Le court-métrage d’origine frappait par sa malice et sa modernité, qui ont logiquement avivé l’appétit des studios, mais leur logique interne a totalement noyauté la force de l’idée originale.

D’hommage vibrant à tout un pan la culture populaire contemporaine, Pixels s’est transformé en mauvaise plaisanterie, qui moque et pointe du doigt ce que le court-métrage saluait avec révérence. Confier la réalisation du long-métrage à Chris Colombus est à ce titre un choix aussi malheureux que cohérent. Metteur en scène de Maman j’ai raté l’avion et Mrs Doubtfire, Colombus a vécu une (relative) traversée du désert à la sortie des années 90. La faute sans doute à un univers trop marqué et daté, peu compatible avec les mutations de l’industrie.

 

 

Et le cinéaste, hélas, n’a pas changé d’un iota. Il faut comprendre ici que d’un point de départ – l’attaque de la Terre par des personnages de jeux vidéo – conçu comme un hommage à la culture geek, Colombus tire une pantalonnade dans laquelle le gamer n’est rien d’autre qu’un abruti ventripotent, anachronique et associable. Soit une vision issue de la comédie familiale conservatrice des années 90. Une pure vision de studio, qui s’opposait à l’époque à la valorisation de la démerde par des films tels que Ghostbusters. Montrant qu’il n’a rien compris au projet, ni aux transformations de la société, le réalisateur nous explique gentiment que les gamers (et donc la cible du film) sont toujours des hordes de semi-abrutis tout juste bons à ergoter sur leur passion de marginaux à l’hygiène douteuse.

 

 

MÊME JOUEUR JOUE ENCORE

Néanmoins, au-delà ce cette vision anachronique du jeu vidéo et de ses usagers, Pixels a quelques atouts en poche. Sa facture technique tout d’abord. Car si le film nous explique l’air de rien que les amateurs de Donkey Kong et Pac Man sont des abrutis finis, il nous offre un spectacle visuel plus que solide. Et ici et là, on prend un plaisir sincère à voir les sprites d’hier dévorer goulument les mégalopoles d’aujourd’hui. Ainsi, le métrage propose un spectacle de destruction massive étonnamment coloré et réjouissant, dans lequel réside la vision d’origine de Patrick Jean.

 

 

Autre Joker de Pixels, le formidable Peter Dinklage. Si on connaît et apprécie depuis plusieurs années la finesse de son jeu dans Game of Thrones, l’outrance qu’il déploie ici, sorte de Jim Carrey badass et graveleux, fait véritablement des miracles. S’il ne suffit pas toujours à compenser les lourdeurs d’un casting qui laisse bien trop de place à un Adam Sandler qui n’a manifestement rien à faire de son rôle, il est clairement l’arme secrète du film, qui parvient à nous raccrocher à chaque fois que l’avalanche de clichés ou de facilités menace de perdre le spectateur.

 

Rédacteurs :
Résumé

Sorti tout droit des années 90, Pixels n'a pas compris que les gamers qu'il caricature sont en fait le public auquel il s'adresse. Heureusement que l'esthétique et Peter Dinklage  sont là pour sauver l'entreprise.

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Bolderiz

Aucun intérêt ou presque. Je prévois une gamelle au BO..

diez

Je l’ai trouvé franchelent sympa. Sur les 4 principaux geek du film, juste 1 est un gros cliché. Les autres se demerdent plutot bien. Ils ont grandi, sont resté comme nous tous de grands enfants, mais sans jamais rentrer dans les exces gerbants d’un film comme Cyprien.

Film bourré de references nostalgique, d’humour pour vieux, mais aussi pour la nouvelle generation. C’est tres classique comme comedie, mais elle se demarque quand meme par son second degres SF.

Peter Dinklage, Brian Cox ou Sean Bean en mode comedie c’est marrant a voir aussi.

Si les gamers refusent de se faire caricaturer, il y a peut etre besoin de consulter. Je regrette vraiment le gamer amoureux de sa blonde en Pixel, c’est un peu too much, mais a côté, pas de quoi crier au scandale.

Ferdinand

En gros, Pixels essaie d’être SOS Fantômes d’Ivan Reitman mais ressemble plutôt à Evolution (du même Reitman qui essayait déjà de faire un SOS Fantômes des années 2000) ?

mikegyver

@diez:

merci a toi pour le retour, qui me parle plus que l’essai d’analyse pyschologique des redacteurs d’ecran large,

car oui le gamer est un adulte qui est resté enfant,le gamer c’est moi c’est toi, on est ventripotent, on sort des blagues foireuses, on aime pas la Wii sur laquelle joue les gonzesses,

il est devenu geek, bref rien de deconnant et pas de quoi en faire un plat.

le gamer du film/court metrage, c’est pas les equipes sponsorisés d’E-SPORT c’est clair et net faut pas tout confondre.

reste l’horripilant Adam Sandler et son gros pote en gros.

REA

Hollywood nous vend de la caricature depuis le début.

Les méchants Indiens ? Aux dernières nouvelles, ils étaient là les premiers.
Puis les Russes, les Coréens, les musulmans, les rednecks (quoique pour eux)… toutes les origines, classes sociales, religions… se sont retrouvés caricaturées à l’extrême ou dans une certaine mesure dans les films Hollywoodiens. Et je ne parle même pas des professions.

Et puis pour une comédie, si on ne grossit pas le trait, c’est moins intéressant.
Est-ce que EL aurait perdu son sens de l’humour ou c’est un amateur de jeux vidéo meurtri dans sa chair qui a rédigé cette chronique ?
Tous les amateurs de jeux vidéo ne se reconnaîtront pas, mais on a tous au moins connu un beauf ultra geek qui est sûrement représenté dans les personnages.