Refroidis : critique

Nicolas Thys | 24 septembre 2014 - MAJ : 17/08/2018 19:56
Nicolas Thys | 24 septembre 2014 - MAJ : 17/08/2018 19:56

Les français connaissent peu le norvégien Hans Petter Moland malgré la petite dizaine de films (et les centaines de publicités) qu'il a réalisés. Et pour cause, malgré des castings souvent exemplaires et des histoires qu'on aime voir, rares sont ses œuvres qui sont entrées dans nos salles obscures en d'autres occasions que des festivals. Tout juste a-t-on pu voir passer Un chic type voici quatre ans, déjà avec Stellan Skarsgard. Refroidis est l'occasion de se rattraper tant ce polar glacé, typiquement nordique, est à mille lieues de ce qu'on a l'habitude de voir. 

Une fois n'est pas coutume, d'un pays à l'autre les titres changent et ne se ressemblent pas. Mais pour ce Refroidis, tout semble convenir. Son titre français joue habilement sur deux significations, propre et figurée, glacés et tués, parfaitement représentatif du film et de son décalage entre une façade sérieuse qui laisse place, une fois la neige déblayée, à un humour noir ravageur. Le nom anglais qu'on pourrait traduire "Par ordre de disparition" s'amuse du petit jeu proposé par le cinéaste qui insiste lourdement sur chacune des morts du film, et on en compte un sacré paquet. Le titre original, "Crétin", reflète quand à lui tout ce qu'on peut penser des personnages tous plus stupides les uns que les autres et dont les manière de mourir reflète souvent la bêtise.

 

 

Le propos liminaire aurait pu tourner au drame le plus sérieux, à la tragédie d'un homme seul, abandonné par les siens et décidé à venger la mort de son fils. Et dans le rôle du père boucher, Stellan Skarsgard est impeccable, roc polaire au faciès inexpressif devenu une simple machine insensible dont la répétition des actions prête à rire. C'est justement parce qu'on n'attend rien de lui, individu lambda sans lien avec les trafiquants, et parce que tous les autres personnages sont l'antithèse de ce qu'il représente que le film fonctionne aussi bien : ils apportent de la fureur là où il est sang-froid, ils comment des erreurs là où il n'a que la maîtrise, ils jouent là où il se transforme peu à peu en robot. Et une pièce en faisant tomber une autre, c'est une guerre des gangs qui défile et un carnage parfait qui s'installe comme le principe ultime pour se débarrasser du fléau de la drogue dans une petite bourgade.

 

 

D'aucuns ont pu comparer le film au Fargo des frères Coen mais le duo américain fait dans le cartoon là ou le réalisateur norvégien fait dans le carré. La seule chose qui rapproche les deux films c'est leur blancheur et leur tueur d'origine suédoise. Mais là où la neige des Coen devenait rouge sang et laissait des traces, celle de Hans Petter Moland est sans cesse recouverte d'une autre couche, qu'il faudra enlever mais qui aura fait disparaitre la précédente. Refroidis est un palimpseste qui vient du froid, propice à la disparition et qui ne laisse aucune trace. Sous un humour noir carnassier, c'est l'une des vengeances les plus mémorables de ces dernières années, un film désespéré sur une humanité devenue animale mais aussi une bénédiction pour l'espèce qui se voit débarrassée de quelques unes de ses ouailles les plus bêtes sans qu'on n'y prête guère plus d'attention que ça...

 

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