Critique : Big Bad Wolves

Simon Riaux | 20 juin 2014
Simon Riaux | 20 juin 2014

Après que leur premier film, Rabies, ait fait le tour des Festivals de genre et soulevé un enthousiasme certain, Aharon Keshales et Navot Papushado nous reviennent avec Big Bad wolves. Précédé d'une pluie d'adjectifs par Quentin Tarantino, qui n'hésite pas à qualifier le métrage de « meilleur film de l'année », c'est avec curiosité que l'on découvre ce thriller noire et particulièrement violent, qui entend une nouvelle fois manipuler son spectateur en le faisant passer sans crier gare de l'effroi au rire, de l'excitation aux peurs les plus primales.

Quand un policier aux méthodes expéditives et le père d'une petite fille violée, droguée, mutilée puis assassinée par un meurtrier pédophile s'associent pour obtenir les aveux d'un suspect relâché par la police, la séance d'interrogatoire se transforme rapidement en jeu de massacre. Tel est le postulat de départ ce Big Bad wolves hybride, qui entend manier avec malice polar, horreur et comédie. Ce mélange attrayant sur le papier ne fonctionne hélas jamais, la faute à un scénario paresseux. Handicapé par une suite de rebondissements prévisibles, le script choisit après une première bobine intrigante de piocher parmi les plus grosses ficelles des genres qu'il convoque et de resserrer beaucoup trop son action. Entre la scène d'ouverture, maladroitement référentielle mais plastiquement très aboutie et les deux derniers tiers du film, enfermés dans un décor et une scénographie d'une extrême pauvreté, le spectateur assiste à une lent écroulement de toutes les promesses portées par l'intrigue.

Un humour gras et bas du front rythme ainsi chaque séquence sitôt qu'elle patine, laissant au montage et à la musique le soin de dynamiser le tout, voire de jouer le rôle de transition quand la construction du récit s'écroule. On est par conséquent ballotté entre torture porn putassier, émotion tire-larme et discours politique pour attardé. Les pires clichés s'enchaînent ainsi sous les yeux ébahis du spectateur. Tout y passe, du rapport des juifs à la famille, en passant par la caricature de l'armée israélienne, jusqu'aux habituels poncifs sur les aléas de la justice personnelle. On aurait pu se satisfaire d'un divertissement énervé et régressif, si Big Bad wolves ne prenait pas le spectateur de haut, avec une morgue malvenue. En effet, à travers leurs figures de style rebattues et pompeuses comme leur cruauté d'opérette, les deux réalisateurs entendent choquer là où bien d'autres sont passés avant eux avec plus d'intelligence. Derrière les effets de manche sanguinolents, se cache mal un véritable désintérêt pour les personnages, réduits à de tristes pantins fonctionnels et pire encore, un mépris certain pour le spectateur, dont on parie systématiquement sur la bêtise et l'inculture.

EN BREF : « Le meilleur film de l'année » de Quentin Tarantino est un patchwork poussif d'influences mal digérées. À se croire plus fin que le spectateur, Big Bad wolves dévoile surtout le manque d'épaisseur de ses auteurs.

Résumé

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(0.0)

Votre note ?

commentaires
Aucun commentaire.
votre commentaire