It Follows : critique terrifiée

Simon Riaux | 18 mai 2014 - MAJ : 01/08/2019 16:44
Simon Riaux | 18 mai 2014 - MAJ : 01/08/2019 16:44

Passé inaperçu en France avec l'excellent The Myth of the American Sleepover (son premier film), David Robert Mitchell pourrait bien se tailler prochainement une place de choix dans le cœur des amateurs de fantastique et chez les cinéphiles en général. It Follows, son deuxième film, est une machine à faire peur mais aussi un intelligent condensé d'influences, doublé d'une métaphore cruelle sur le cycle de la violence.

Lorsque Jay fait l'amour pour la première fois avec son petit ami, ce dernier lui apprend qu'il lui a transmis une curieuse malédiction à l'occasion de leur premier rapport sexuel. Seule solution pour échapper à l'Entité qui traquera désormais sans répit la jeune fille : faire l'amour avec quelqu'un d'autre avant d'être rattrapée par cette Créature carnassière et ainsi transmettre la malédiction.

 

 

 

A partir de cette pitch improbable, David Robert Mitchell pose un regard pertinent sur ces étranges années qui précèdent la rentrée dans l'âge adulte. Il représente une fin d'adolescence animée par le sentiment d'être toujours au centre de tout, c'est à dire de l'image, du cadre. Grâce à ce point de départ, le réalisateur déploie une mise en scène à l'efficacité diabolique.

 

 

A la recherche de l'implacable Entité, le spectateur scrute la moindre image. Avec ce suspense qui contamine chaque séquence et provoque une horreur de l'attente, it Follows pousse le spectateur à décortiquer le film. Ainsi, les longs panoramiques, si typiques du cinéma arty américain se transforment en puissants moteurs d'angoisse, nous rassurant quant à l'absence de menace, tout en nous rappelant que le monstre guette sans doute depuis le hors champ, invisible et affamé.

 

Mais le film ne se contente pas de nous offrir un sentiment de peur continu et dévorant. Il redonne vie à une forme horrifique quasiment disparue, écrasée notamment par le fantastique biblique d'un James Wan. Carpenter et Tourneur hantent cette histoire de désirs et de pulsions de mort. On a aussi parfois le sentiment d'assister à une relecture de la BD culte Black Hole, sommet du roman graphique entre Cronenberg et Bill Plympton.

 

 

 

 

Pour autant, jamais le film ne tombe dans la redite ou la citation stérile. David Robert Mitchell contemple ainsi les ruines d'univers (dé)passés, banlieues abandonnées, zone industrielles s'étalant à perte de vue, pour pousser ses références dans leurs derniers retranchements et en renouveler les codes. Ainsi, It Follows a beau mettre en scène une forme de damnation sexuelle, il n'a rien d'un pamphlet puritan. Il témoigne au contraire d'une sexualité vorace, impérieuse, appelée à devenir insatiable. Ce que le film dénonce, ce ne sont pas les pulsions adolescence, mais plutôt le cycle de la violence, voire l'horreur du viol.

 

 

 

En effet, qui sont ces victimes, forcées de devenir bourreau à leur tour pour échapper à des apparitions du passé qui revêtent l'apparence d'un proche ou les traits d'un père absent ? Les héros du premier chef d'oeuvre de David Robert Mitchell sont les ambassadeurs d'une génération perdue, que leur liberté apparente ne protège pas d'un retour terrifiant du refoulé, de bouffées d'horreur à la fois salvatrices et monstrueuses.

 

 

Résumé

Des frissons magnifiques, de ceux qui dévorent notre rétine et s'y gravent à jamais, quand la peur se mêle avec grâce à la mélancolie.

Autre avis Geoffrey Crété
David Robert Mitchell a un talent fou dès qu'il s'agit de créer un univers et une ambiance, et assembler un cauchemar envoûtant grâce à un sens du découpage et de la musique sensationnels. Dommage que It Follows n'ait pas la même précision et férocité dans l'intrigue et le rythme.
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Lecteurs

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commentaires
Incognito
11/07/2021 à 16:43

Dans le genre, c'est le haut du panier, tout simplement excellent. Vu par 2 fois à l'époque de sa sortie cinéma, et par 2 fois je m'étais dit, purée ca faisait longtemps que j'avais pas été aussi happé par un film.
On veut revoir David Robert mitchell svp.

hans gruber
06/07/2015 à 04:42

Après toutes ces critiques plus (ou moins) positives,j'ai enfin pu me faire mon avis.
j'avoue que je suis assez conquis. D'abord par l'ambiance et la réalisation. Clairement un hommage (en autres) à Carpenter ( musique ,mise en scène, personnages ) cela fait plaisir de voir un cinéma qui ne se fout pas de la gueule du spectateur et qui propose une peur plus profonde que les sempiternels " jump scare " des familles... ( même si les plus jeunes peuvent ne pas y trouver leur compte et trouver le film un peu chiant ).
Ensuite par l'histoire qui n'est pas si anodine (le sexe peut-il se résumer à la menace du sida,le passage à l'age adulte est-t-il synonyme de la parte des être chers ? ) .
Mais c'est surtout le traitement et la représentation du monde que donne l'auteur qui pour moi est le plus signifiant. Monde en totale décrépitude , absence complète d'adulte ( pas l'ombre d'un bon Dr.Loomis pour combler la représentation paternelle et sauver l'affaire lors du climax final.) Bref les post-adolescents d'aujourd'hui sont bien dans la merde...
Et donc voici un film de genre traité à la sauce Larry Clark et je trouve ça plus intéressant que toute la sempiternelle bouillie visuelle (somme toute très hollywoodienne) des films habituellement servie .
Merci donc aux réalisateur(trice)s de nous offrir des films comme the Innkeepers , Mister Babaddok ou It Follows, Cela prouve au moins que certains se donnent encore du mal pour nous proposer des choses valables sans forcément avoir d'énormes moyens !

hans gruber
06/07/2015 à 04:42

Après toutes ces critiques plus (ou moins) positives,j'ai enfin pu me faire mon avis.
j'avoue que je suis assez conquis. D'abord par l'ambiance et la réalisation. Clairement un hommage (en autres) à Carpenter ( musique ,mise en scène, personnages ) cela fait plaisir de voir un cinéma qui ne se fout pas de la gueule du spectateur et qui propose une peur plus profonde que les sempiternels " jump scare " des familles... ( même si les plus jeunes peuvent ne pas y trouver leur compte et trouver le film un peu chiant ).
Ensuite par l'histoire qui n'est pas si anodine (le sexe peut-il se résumer à la menace du sida,le passage à l'age adulte est-t-il synonyme de la parte des être chers ? ) .
Mais c'est surtout le traitement et la représentation du monde que donne l'auteur qui pour moi est le plus signifiant. Monde en totale décrépitude , absence complète d'adulte ( pas l'ombre d'un bon Dr.Loomis pour combler la représentation paternelle et sauver l'affaire lors du climax final.) Bref les post-adolescents d'aujourd'hui sont bien dans la merde...
Et donc voici un film de genre traité à la sauce Larry Clark et je trouve ça plus intéressant que toute la sempiternelle bouillie visuelle (somme toute très hollywoodienne) des films habituellement servie .
Merci donc aux réalisateur(trice)s de nous offrir des films comme the Innkeepers , Mister Babaddok ou It Follows, Cela prouve au moins que certains se donnent encore du mal pour nous proposer des choses valables sans forcément avoir d'énormes moyens !

Domi
17/02/2015 à 15:27

Je suis désolée d'aller à l'encontre de la plupart des critiques favorables, mais j'ai trouvé ce film profondément ennuyeux car répétitif, avec un rythme lent, malgré deux ou trois passages où l'on peut sursauter... J'avais hâte qu'il se termine...

eric velvet
08/02/2015 à 20:32

pour le fond excellent une double lecture c'est plus profond qu'il n'y parait une vision pessimiste urbaine de Détroit et de la perception du sexe des adolescents américains...

pour la forme un réalisateur très influencé par john carpenter pour la musique flippante synthé eighties et gus van sant pour l'étrange ou même sofia coppola pour le style

très bon

BouledeFuif
05/02/2015 à 13:20

hé Sylv1dukon,

Carpenter il est cité, mais la plus grosse influence de mise en scène c'est Jacques Tourneur et la Féline, dont le film reprend presque une scène entière.
va falloir regarder encore deux trois films avant de se la raconter...

Revois le film après ton dépucelage, il va prendre un tout autre sens...

sylvinception
05/02/2015 à 11:18

Tout ça pour ça ??
Eh ben...

Ok c'est joliment fait, intriguant tout au plus et avec un certain suspense...
Certes Mitchell a bien une patte et un certain style, mais sérieusement je ne vois pas ou ça fait peur. Quand au "Halloween" de Carpenter, c'est carrément du plagiat pur et simple.

"Halloween" revu par Sofia Coppola, bof bof bof...

Kom
04/02/2015 à 15:24

C'est donc très clairement tout ce qu'on en a lu, et plus encore.

Classique instantané citant Carpenter avec beaucoup de respect (et de réussite), photographie discrète mais qui magnifie le rapport charnel du film à son héroïne sans jamais tomber dans le trop évocateur, et comme dit au-dessus, musique hypnotique, qui elle aussi est un hommage très clair à Big John.

sylvinception
04/02/2015 à 10:31

"actrice à tomber..."

Tu veux dire physiquement ??
Celle de la photo ??
Ben les goûts et les couleurs....

Greg
03/02/2015 à 23:12

Et oui, du coup, ça vaut 5/5.

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