Aux yeux des vivants : Critique

Créé : 29 avril 2014 - Simon Riaux

Dans un pays qui méprise ouvertement le cinéma dit de genre et ne lui accorde qu'une place marginale, il est impossible de ne pas éprouver pour la démarche du duo Bustillo-Maury un profond respect. Aux yeux des vivants est en effet leur troisième opus, après À L'intérieur et Livide, dont le traitement injuste en salle n'a visiblement pas entamé la motivation. Hélas, trois fois hélas, s'il semble évident que ces jeunes réalisateurs sont victimes d'une situation industrielle qui ne joue pas en leur faveur, il semble aussi que leur cinéma est en soi une donnée du problème.

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Plutôt que de détourner pudiquement le regard ou invoquer l'humilité du budget pour justifier la mauvaise tenue de l'ensemble, il convient d'analyser d'où viennent les défauts du film. Quasiment tous proviennent du scénario lui-même. Dialogues indigents, rôles jamais définis (la caractérisation des enfants est digne d'un mauvais porno), structure incohérente, introduction et épilogues sortis de nulle part : le récit est un précis de ce qu'il ne faut pas faire doublé d'un bréviaire de fausses bonnes idées.

 

Un sentiment d'amateurisme démultiplié par un univers complètement absurde, dans lequel trois petits franchouillards pré-pubères lisent des comics underground en anglais, se réfugient dans un ancien studio de cinéma au milieu de la cambrousse (?!?) avant d'être secourus par des policiers (… roumains ?) et dont chaque élément semble pensé contre le précédent.

 

 

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De ce point de départ bancal proviennent tous les autres problèmes du film. Inutile de s'acharner sur le jeu des comédiens, les effets spéciaux, le home invasion final aux relents de Benny Hill, ou encore le boogeyman naturiste, il n'est rien ici qui ne trouve sa racine gangrenée dans le script. Et c'est là tout le problème d'Aux Yeux des vivants, des précédents travaux de leurs auteurs et à travers eux du « cinéma de genre à la française ». On pourra regretter la frilosité des producteurs, l'indifférence des distributeurs et le désintérêt des exploitants, mais comment ne leur pas donner raison après semblable ratage ? Comment prétendre défendre une cinéphilie autre, comment s'ériger en défenseur d'une culture malaimée, si l'on s'avère totalement incapable de la traiter avec un minimum d'intelligence ?

 

 

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Bien sûr, tout n'est pas à jeter dans Aux Yeux des vivants, il y a bien quatre ou cinq plans corrects, un joli décor (sous-exploité), ainsi que la séance de comédie finale, où Anne Marivin et son compagnon décident de ne pas réveiller les enfants alors qu'un sociopathe vient d'entrer par effraction dans leur maison. Plus sérieusement, on aura beau s'efforcer de trouver quelque chose à sauver (allez, le montage tient la route), le film paraît intrinsèquement conscient de sa propre nullité. Plutôt qu'une volée de bois vert, il appelle à la nécessaire refondation du cinéma de genre hexagonal et se révèle un vibrant plaidoyer en faveur d'un droit d'inventaire implacable.

 

 

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Résumé

Un mélange d'amateurisme et d'incontinence scénaristique qui devrait encourager pas mal de monde à l'humilité.

commentaires

Virtuozeur 09/02/2015 à 02:41

Un film d'horreur, d'épouvante ou qui s'en réclamerait ne doit pas faire sortir le spectateur de l'histoire par des incohérences. Je me suis mis à rigoler comme pas possible, effectivement, quand la femme ne réveille pas les enfants durant l'home invasion. Quand le mari entre dans la chambre pareil. Et que dire du fait qu'ils ne se soient pas enfuient de la maison pendant le massacre du mari. J'étais déjà très sceptique quand les enfants n'ont pas insisté auprès des gendarmes pour sauver la femme. Après tout, ils ont eu bien plus de courage en y allant seuls. Bon, c'est vrai il n'y aurait plus d'histoire, mais ça sent la paresse d'écriture. J'ai eu aussi beaucoup de mal avec le fait que cet "enfant de six ans" ait retrouvé les 3 jeunes aussi facilement. Bref, j'en passe d'autres... Les films du genre ont leurs petites incohérences, mais là trop c'est trop ! Je n'arrivais plus à regarder le film avec attention, du coup je l'ai trouvé mauvais. Par pitié, ne prenez pas les spectateurs qui viennent exprès voir ce genre de films pour des décérébrés !

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