Pompéi : Critique

Créé : 19 février 2014 - Simon Riaux

Peu de spectateurs ont survécu aux projections de Pompéi, dernier film de Paul W.S. Anderson. À notre grand regret, l'un de nos vaillants rédacteurs, Geoffrey Crété, est de ceux dont la vie s'est consumée devant cette romance volcanique. Avec l'autorisation de ses proches et contre beaucoup d'argent, nous reproduisons ici ses dernières paroles, griffonnées derrière un cornet de glace 0%, retrouvé par miracle dans les cendres du Kinépolis de Saint-Julien Les Metz.

Pompei
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" À l'heure où j'écris ces lignes, une fumée épaisse obscurcit ma vision, tandis que les pleurs hystériques d'adolescentes en fleurs me vrillent les tympans. Je sais que je n'en ai plus pour longtemps, aussi vais-je employer les quelques minutes qui me restent pour vous mettre en garde. Pompéi de Paul W.S. Anderson est un piège, pour qui a achevé sa puberté et veut de l'amour, du vrai.

 

 

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Pourtant cela s'annonçait plutôt pas mal et pour une fois, le réalisateur de Mortal Kombat y allait plutôt mollo côté réalisation. Pas d'effets grotesques, pas de Christophe Lambert, ou de bateaux volants comme dans ses Trois Mousquetaires, pour une fois, sa mise en scène paraissait sobre, classieuse presque. Les combats n'avaient rien d'extraordinaires, mais maintenaient en haleine le spectateur suffisamment pour qu'un petit frisson lui parcourt l'échine de temps à autre. Quant aux effets spéciaux, il étaient maîtrisés, voire carrément impressionnants. Je me souviens que mon cœur battait presque la chamade lorsque le Vésuve relâcha sur Pompéi ses hoquets de magma brûlant.

 

Un jour peut-être, quand ils auront épuisé tous les grands sujets, les historiens du cinéma se demanderont si la romance entre Paul W.S. Anderson et Milla Jovovitch n'a pas détruit chez le réalisateur toute volonté badass. Parce que ce qui tue Pompéi, ce n'est pas comme on pouvait le craindre son avalanche d'images de synthèse (réussies) ou un trop plein de scènes d'actions (divertissantes), mais bien une overdose de sentiments neuneus. Je l'ai réalisé quand les premières adolescentes devant moi ont commencé à pleurer. Un plan sur les abdos de Kit Harrington (Game of thrones), un autre sur son visage enamouré et les voilà toutes humides. Quelques minutes et glapissements d'Emily Browning plus tard, j'ai compris que cette délicieuse actrice serait une nouvelle fois mal exploitée. Je ne pouvais décemment croire à une histoire d'amour stéréotypée, emmenée par cette endive de Jon Snow, au jeu moins sophistiqué que ses deltoïdes. La faute à un récit neuneu, empêtré dans l'absence de charisme de son acteur principal et le rôle d'oisillon neurasthénatique offert à l'une des comédiennes les plus intrigantes de sa génération. Seigneur, pourquoi tant de premier dégré ? Pourquoi tant de clichés ? Et pourquoi un TSUNAMI ? Est-ce bien normal que les figurants semblent à peine remarquer les secousses sismiques capables d'engendrer une vague de cinquante mètres de haut ?

 

 

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Je m'étais fait une raison, j'avais accepté que l'histoire d'amour inepte occupe les trois quarts du récit et me concentrais sur le jeu délirant de Kiefer Sutherland, curieux bad boy suintant le mal en jupettes, quand tout a basculé. Comprenant que le récit prenait une tournure tragique (pour qui n'a jamais entendu parler de Roméo et Juliette), deux jeunes filles avait commis l'irréparable. Elles venaient de s'immoler dans les bras de leurs petits amis, peu désireux de partir en fumée, mais dont les maillots synthétiques aux couleurs du club de foot de Saint-Julien Les Metz ne leur avaient guère laissé le temps de négocier un sursis. Tandis que sur l'écran, l'épilogue lourdement symbolique et niaiseux se profilait, la salle fut prise d'une véritable folie incendiaire, sorte de necknomination pyromane. La sécurité du cinéma fit verrouiller les portes, afin de contenir la foule de jeunes gens qui s'enflammaient pour ce mauvais film. Comprenant que mon destin est de disparaître dans cet Oradour-sur-Glane cinématographique, j'écris ces derniers mots sur un morceau de carton, qui je l'espère, échappera au brasier. Pompéi est fumeux, pas moche, mais trop sirupeux et bêta, faites que mon erreur ne soit pas la vôtre. »

 

 

Résumé

Maîtrisé dès lors qu'il assume son côté spectaculaire et divertissant, le film se perd dans le récit de sa simplette histoire d'amour, qui ne bénéficie pas d'une direction d'acteurs à la hauteur. 

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