Critique : The Loveless

Par Guillaume Meral
26 janvier 2013
MAJ : 25 février 2020
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Premier film de Kathryn Bigelow, co-réalisé avec Monty Montgomery (qui officiera plus tard en tant que producteur sur les films de David Lynch), The loveless renvoie 30 ans après sa sortie des plus confidentielles l'image d'une œuvre imparfaite, d'un premier essai au rythme bancal, mais qui esquisse, au détour de quelques fulgurances certaines des figures de style appelées à devenir récurrente chez la cinéaste. Portrait d'un groupe de motards dans l'Amérique des années 50, dont l'arrivée dans un bled paumé déchaîne les passions des autochtones, The loveless fait partie de ces films dont le rythme s'apparente à un lent crescendo vers un climax que l'on devine paroxystique. Problème, le film fonde son procédé sur un étirement de l'attente quelque peu artificiel, d'autant plus que ses carences en termes de caractérisation, ainsi que la minceur de son propos éprouve quelques difficultés à justifier son procédé narratif. D'où un découpage séquentiel aléatoire, dont les vertus parfois réelles en termes sensitif (l'ennui des personnages, tous en quête de l'étincelle susceptible de bouleverser la situation) s'accompagne d'une certaine lassitude à mesure que le film dévoile son manque de substance.

De fait, le long-métrage s'adresse avant tout aux aficionados de sa réalisatrice, qui s'amuseront à déceler les germes de ce qui est appelé à devenir l'une des œuvres les plus atypiques de cette fin de siècle. L'introduction très iconique du personnage de Willem Dafoe (dont le magnétisme rejaillit d'emblée à l'écran) révèle déjà le sens du cadre de la dame, tandis que la scène finale préfigure à de nombreux égards le carnage dans le bar d'Aux frontières de l'aube. Mais surtout, c'est au travers de quelques instants de montage qui viennent sporadiquement dynamiser l'ensemble, qu'apparaît sous forme embryonnaire la maîtrise de Bigelow du langage cinématographique, et sa propension unique à orchestrer des séquences de tension pure au travers de petits gestes anodins reliant les trajectoires de personnages appelés à se croiser dans une issue inévitablement tragique.

Au final, tout comme ses personnages qui semblent attendre l'épiphanie susceptible de transcender leur morne quotidien, The loveless constitue le coup de semonce d'une cinéaste qui se cherche, consciente du chemin à emprunter, mais pas forcément de la direction adéquate pour l'arpenter. Comme la suite nous le confirmera, ce n'était qu'une question de temps.

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