Critique : L'As des As

Jérémy Ponthieux | 20 novembre 2012
Jérémy Ponthieux | 20 novembre 2012

Il y a deux manières d'aborder L'As des as, succès gargantuesque d'alors qui fait toujours la joie de ses rediffusions télévisuelles. La première est celle du spectateur pris par la frénésie comique du film, sans doute pour une partie nostalgique de sa découverte d'enfance au cinéma, et qui conserve pour cette œuvre du patrimoine français un attachement tout particulier. Energisé par une introduction aussi gratuite que spectaculaire, Belmondo y fait montre d'une vitalité que l'on pourrait qualifier d'excessive, mais à laquelle il est difficile de résister. Il y a dans son sourire insolent et sa gouaille assurée un enthousiasme communicatif à divertir son audience, enchaînant cascades aériennes sur bourre-pifs chorégraphiés, faisant d'un seul homme la nitroglycérine nécessaire à un rythme général pas toujours entrainant.

Il y a aussi dans ce divertissement populaire un grain de folie qui amène à quelques surréalismes, comme cette flamme olympique volée ou un Hitler bondissant de son siège à la fin d'une cascade. Malmenée avec un sadisme vengeresse, l'idéologie nazie en prend pour son grade et bien qu'Oury s'éloigne à grand pas d'une quelconque véracité historique, il apparaitrait bien douteux de lui en vouloir vraiment. Un étrange plaisir se dégage ainsi de ces détournements historiques, à tel point que le reste des intrigues fait pointer l'intérêt du spectateur vers le sol (en particulier Marie-France Pisier et son figurant de rôle). Les échanges entre Bébel et son camarade allemand constituent eux aussi quelques frappants instants de vacherie amicale et prouvent à qui en douterait qu'Oury et Thompson ne cherchent pas à mettre tout le monde dans le même sac.

Mais même parcouru d'une tolérance sincère, L'As des as résiste tout de même avec fracas devant la posture critique, qui pourrait difficilement faire fi d'un montage un peu hasardeux et d'une naïveté désuète. L'application maniaque des cascades contre les dialogues trop plein de bons sentiments. Le charisme intact de sa vedette contre des ficelles souvent apparentes. Et si c'est Belmondo qui avait le dernier mot : « En tout cas pour moi qui ne suit qu'un acteur, le vote massif des spectateurs est et demeurera ma plus belle récompense ». Et si finalement L'As des as, c'est au public qu'il appartenait le mieux ?

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