Critique : Le Vendeur

Par Nicolas Thys
7 juillet 2012
MAJ : 25 février 2020
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Sébastien Pilote fait parti de cette nouvelle vague de réalisateurs québécois qu'on voit surgir depuis quelques années (Xavier Dolan, Denis Côté, Denis Villeneuve, Jean-Marc Vallée, Ken Scott). Rien en commun entre eux sinon l'idée de renouveler une certaine idée du cinéma en ancrant des histoires intimes, tristes ou joyeuses, dans des univers plus généraux, d'affronter les problèmes sociaux et économiques en les reliant à un individu et à une esthétique qui prend pied dans un décor réaliste tout en épousant une forme très particulière, parfois maniériste.

Le Vendeur, un premier long-métrage qui a connu une très belle carrière au Québec, s'intègre parfaitement dans cette idée. Tournée dans une région économiquement instable, où l'industrie périclite, il met en avant un vendeur de voitures âgé, arnaqueur mais pas trop, face à un monde qui tombe en ruine. Ses seuls intérêts au-delà de son métier : une fille et un petit fils. Sa vie ne se résume donc qu'à un cocon qu'il ne pourra se résigner à abandonner. Un cocon qui le protégerait du monde réel tout en l'y faisant participer indirectement, en grappillant l'argent de tout le monde, se prétendant leur ami, ce qu'il n'est pas, et en faisant tourner la machinerie capitaliste.

Dans cette petite cité industrielle, une usine risque de fermer. Il regarde. Et le monde continue sans se préoccuper de rien comme le figure le dernier plan. Ce drame est celui de la vie quotidienne, l'homme sera marqué par plusieurs épreuves, et il n'a besoin d'aucune morale ou message pour exister. Il dresse plutôt le constat d'un microcosme en conflit permanent. Pour le représenter, le cinéaste construit son film comme une peinture abstraite dans laquelle vont se disputer sur un fond blanc permanent, une sorte de jeu entre deux couleurs : le bleu et le rouge. Deux couleurs qui, par tâches subtiles, hantent le film de long en large, jusqu'au match de hockey où une équipe bleue et une équipe rouge s'affrontent sur un sol blanc et que le vieil homme regarde à peine, la tête collée à la vitre comme si l'action représentait son état mental permanent.

La tension se joue dans le rythme lent et lancinant du film et dans ces arrières plans colorés où les personnages gravitent. Plus ou moins vieux, plus ou moins pauvres, banals à souhait mais tellement vrais. Des personnages qui survivent dans un même monde mais dont on ressent le malaise intérieur en permanence jusqu'au point de non retour qui les laissera tous plus ou moins sur le carreau. Ils vont et viennent, ils font partie d'un univers qui manifestement n'a pas besoin d'eux pour exister…

Le Vendeur est une œuvre d'un pessimisme radical mais il ose poser des questions pertinentes et s'intéresser à des individus qu'on voit peu. Le cinéaste dramatise son récit au minimum pour laisser le temps se perdre au gré des séquences et le monde s'exprimer dans les paysages épurés qu'il filme. A partir de là, impossible de reprocher le déferlement sentimental final tant l'esthétique maligne et la réalisation précise et inventive, qui jouent beaucoup sur la suggestion, augurent du meilleur pour la suite de Sébastien Pilote.

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