Maniac : critique

Laurent Pécha | 25 mai 2012 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Laurent Pécha | 25 mai 2012 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Hollywood et consorts ont beau depuis une bonne dizaine d'années se lancer dans des remakes de classiques du cinéma d'horreur, avec un résultat qu'on qualifiera poliment de mitigé, on ne s'y fait jamais. Confirmation avec l'annonce d'un remake de Maniac qui nous avait laissé plus que dubitatif tant l'œuvre culte de William Lustig semble insurpassable dans sa capacité à rester toujours aussi choquante et d'une grande modernité dans sa narration (on ne compte plus les films qui le pompent depuis des décennies). Une lueur d'espoir maintenait pourtant le projet dans notre rétroviseur avec la présence d'Alexandre Aja et son compère, Grégory Levasseur au scénario et à la production. Le deux hommes avaient bien réussi leur pari de revisiter La Colline a des yeux pour ensuite offrir un remake jouissif de Piranha.

Avec le fidèle Franck Khalfoun à la mise en scène (auteur de 2ème sous-sol, une honnête précédente production du duo), les compères proposent de revisiter totalement Maniac et ont eu la bonne idée de ne pas affronter Lustig sur son terrain malsain et sordide (co-producteur du film et qui a cautionné jusqu'au bout le projet). Pour ce faire, ils ont choisi de prendre comme « héros » un acteur en totale opposition avec l'indétrônable Joe Spinell, Elijah Wood. En optant pour l'interprète de Frodo dans Le Seigneur des anneaux, Maniac prend une tournure bien plus « romantique » et le récit de créer une réelle empathie pour un jeune homme qui apparaît à bien des égards totalement normal, luttant contre ses pulsions meurtrières nées d'un lourd traumatisme enfantin. Bien plus que son prédécesseur, ce Frank Zito là s'impose comme une victime.

 

Photo Elijah Wood

 

Cette sorte d'affection que l'on peut avoir pour ce tueur en série pourtant bien impitoyable - les meurtres sont d'une rare violence à commencer par le premier qui va faire rugir de plaisir les aficionados du genre - s'avère totalement amplifiée par la grande idée narrative et visuelle du film : voir le récit en vision subjective. Les allergiques à Elijah Wood (au demeurant excellent) peuvent ainsi respirer : le comédien n'est finalement que peu présent à l'écran (même s'il a été là sur toutes les séquences impliquant son personnage). S'il est éminemment casse gueule, le procédé de la caméra subjective donne un look singulier à Maniac tout en lui permettant de s'affranchir avec bonheur de son illustre modèle. Mais surtout, il n'est jamais utilisé comme un simple gimmick et a été mûrement réfléchi par les deux scénaristes comme l'atteste les séquences où la caméra déroge à la règle.

 

Photo Nora Arnezeder

 

Alors bien sûr, en optant pour ce concept narratif, Maniac se tire une balle dans le pied en ne pouvant pas jouer la carte de la terreur comme l'original avait su si bien le faire (remember la scène des toilettes) mais conscient de cet état de fait, la team Aja se concentre sur ce qui fait la force de leur version, à savoir raconter la descente aux enfers d'un petit gars presque normal qui espère trouver une rédemption auprès d'une jolie photographe (Nora Arnezeder à son avantage dans un rôle difficile qui la voit presque constamment parler directement à la caméra).

 

Affiche

 

 

Résumé

Référentiel en diable (musique, photo glorifiant les 80's, private joke hilarante en hommage à Joe Spinell), généreux dans le gore quand il le faut (ça ne scalpe pas en hors champ), parfaitement rythmé (on ne voit pas passer les 85 minutes), fidèle à quelques incontournables du film de Lustig tout en proposant une histoire aux résonances différentes, Maniac confirme qu'il y a une Aja touch quand il s'agit de revisiter le patrimoine glorieux du cinéma horrifique. Reste à espérer qu'Hollywood ait bien gardé son numéro !

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Lecteurs

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commentaires
Sick Boy
07/01/2021 à 02:37

Le film frôle le chef-d'œuvre de l'horreur. J'ai rarement vu une caméra flottante aussi élégante depuis celle d'"Opéra" de Dario Argento. Puisque l'on est dans les références, le voyeurisme très "de palmesque" dont fait preuve Khalfoun confine au génie. Ce film présage le futur succès d'Instagram et de Snapchat, l'avènement des smartphones (au caméra incorporée), et toutes les curiosités névrosées - et pourtant si naturelles et instinctives - qu'ils engendreront sur leurs utilisateurs. Il y a quelque chose de très "pornographique" dans ce filmage, qui rappelle le procédé des porno POV ("Point Of View"), dans la manière dont la prédation sexuelle est montrée. D'ailleurs, connaissant le pedigree de Lustig dans l'industrie du X, je suis sûr qu'il a dû rajouter sa touche auprès de la team Aja : ces hommes ont le respect de leurs aïeux.

Le film procure des sensations étrangement proches de l'effet des cinématiques des jeux vidéo en vue FPS. Le film est sexuel et violent, et pourtant étonnement éthéré, propre et clinquant (contrairement à l'original, poisseux et glauque) : là réside son fétichisme assumé. Les victimes féminines étant volontairement attirantes et caressées par la caméra vicelarde, le spectateur ne saura s'il souhaite voir son "personnage-véhicule" aller jusqu'au bout de sa monstruosité, ses (possibles?) réminiscences de visions porno pouvant parasiter son cerveau : ce qui confèrera chez les aficionados de POV un terrible sentiment de malaise. Là, on touche au génie.

Le film a ses maladresses, notamment ce bémol : malgré le fait qu'Arnezeder et Wood jouent très bien, les dialogues manquent par moment d'épaisseur. Mais on lui pardonne aisément. La manière dont Los Angeles est captée, à la fois diurne ou nocturne, rutilante ou blafarde, touche au brio, et rappelle le L.A. de "Drive" de Nicolas Winding Refn. Tient, c'est drôle, la prochaine série de NWR est un remake de "Maniac Cop" de Lustig. La boucle est bouclée !

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