Laurence Anyways : critique

Simon Riaux | 17 juillet 2012 - MAJ : 11/03/2019 11:52
Simon Riaux | 17 juillet 2012 - MAJ : 11/03/2019 11:52

Estampillé prodige élevé au grain cannois, Xavier Dolan présentait en cette 65ème édition son troisième long-métrage, un effort attendu au tournant en cela qu'il devait pour convaincre impérativement se délester de l'ivraie omniprésente dans ses deux précédents travaux. Une position d'autant plus délicate que l'argument de la jeunesse, un temps avancé comme preuve de sa virtuosité et excuse de ses maladresses, a été passé à la moulinette de JC comme Jésus Christ, pastiche à peine voilé de l'œuvre et de l'image du jeune auteur. C'est donc avec un mélange d'exigence, d'impatience et de prudence que l'on découvre ce Laurence Anyways, fresque de 161 minutes consacrée aux amours tumultueuses d'un jeune couple, confronté au parcours du combattant qu'est le changement de sexe.

Nanti d'un sujet passionnant et d'un budget conséquent, lui permettant de donner véritablement corps à ses thématiques complexes et à la décennie (1989-1999) sur laquelle elles s'étale, Dolan avait en main toutes les clefs pour s'extraire de ses systématismes et tics maniéristes, bref, murir un peu. Une occasion manquée dans les grandes largeurs, puisque dès son introduction le film bascule dans une esthétique digne d'un Jean-Paul Goude sous acide, soit une déferlante criarde, à la symbolique inexistante puisque uniquement illustrative. L'esthétique du réalisateur s'est mué en une cosméthique hystérique, qui relève bien plus de la mécanique publicitaire et de sa recherche de l'impact émotionnel immédiat que d'un processus de mise en scène.

 

 

Une hémorragie visuelle qui se double d'une logorrhée continue, telle qu'elle parvient à étouffer la performance du pourtant excellent Melvil Poupaud. Les dialogues se perdent en redite et répétition après environ une heure et demie de métrage. Alors que s'échappe de la bouche de Laurence un papillon, comme pour nous signifier la complétion de sa métamorphose, le très long-métrage s'arrête. Plus rien ne viendra s'ajouter, aucune problématique, pas le début d'une once de résolution, le film va alors rejouer systématiquement les enjeux élagués plus tôt, en accélérant son rythme de manière exponentielle.

 

 

 

On est enfin interloqué par le traitement de la transexualité selon Dolan, quasiment absent du film. Que le metteur en scène choisisse de refuser toute forme de trivialité est une chose, qu'il passe à la trappe à ellipse toutes les implications physiques de la transformation de son héros laisse pantois. Quid de la sexualité du couple, et de ses changements ? De son rapport aux hommes aux femmes ? Des changements induits par la prise d'hormones ? De cette opération sans cesse repoussée ? Autant d'interrogations qui se verront expédiées en une poignée de répliques, confirmant que le scénario n'existe que pour supporter une avalanche de coquetteries et expérimentations visuelles.

 

 

Résumé

De cet indigeste magma s'échappent ici ou là de superbes images, quelques séquences poignantes ou répliques hilarantes (ah le coup des avants-bras...), et un épilogue véritablement réussi. On pourra voir dans Laurence Anyways la preuve que Dolan a bel et bien des choses à nous dire, ou la marque de limites très vites atteintes.

 

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Lecteurs

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commentaires
Elie
01/06/2020 à 13:27

Vous êtes selon moi passé totalement à côté du propos du film. Il ne s'agit pas d'un film sur la transidentité, mais d'un film sur l'amour, en l’occurrence celui entre Laurence et Fred. La transidentité de Laurence n'est qu'une des nombreuses données qui constituent leur histoire, et sert la question principale de l'intrigue, à savoir: cela vaut-il la peine de se renier soi-même pour l'amour que nous porte un tiers? Bref, elle n'est pas centrale, comme vous prétendez. C'est fou d'être capable de passer à ce point à côté du sujet d'une oeuvre, quelle qu'elle soit.

Nuriko
12/01/2017 à 17:12

Cette critique est très dure pour ce film. Je dirai plutot merci de nous avoir évité les histoires sur la sexualité du couple. Car pour moi c'est pas le sujet principal de l'histoire. Cette dernière porte plutôt sur l'amour entre Laurence et sa femme. Et le style choisi, la narration et l'ensemble me semblent plutot cohérents, c'est assez poétique et lyrique.

Votre critique acerbe ignore complètement des scènes poignantes... le film vaut la peine d'être vu rien que pour ça.

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