Critique : Possessions

Simon Riaux | 5 mars 2012
Simon Riaux | 5 mars 2012
Le fait-divers du Grand Bornant dont fut victime la famille Flactif est demeuré vif dans les mémoires, grâce à sa violence initiale, ses vicissitudes bien de chez nous, et de rappels réguliers du fait des nombreux programmes que dédie la télévision aux affaires criminelles hors-normes. Possession vaut pourtant beaucoup mieux que le terreau de sensationnalisme et de voyeurisme qui caractérise aujourd'hui encore le traitement de l'évènement. Éric Guirardo se charge cette semaine de nous rappeler l'actualité de cette tuerie, et combien ses motivations se font prégnantes dans une France que la crise n'épargne pas.

La chose n'est pas nouvelle, le cinéma français a le plus grand mal à représenter le réel, à épouser la forme et le langage de ses régions, terroirs, et des hommes qui la peuplent. C'est donc avec circonspection que l'on découvre cette reconstitution du cercle vicieux qui amènera un couple de français moyens mal dégrossis mais inoffensifs à massacrer les cinq membres d'une autre famille. Premier immense soulagement : le casting est d'une justesse rare. Jérémie Reinier est étonnant de naturel dans la peau d'un beauf trop naïf et passif pour son épouse amère, que campe avec une hargne qu'on ne lui connaissait pas Julie Depardieu. Lucien Jean-Baptiste et Alexandra Lamy forment un miroir déformant tout aussi juste et glaçant, à mesure que se noue une lutte des classes qui ne résoudra pas dans les urnes. Impossible enfin de en pas mentionner la composition discrète mais impressionnante de justesse de Benoît Giros, véritable liant qui impose le respect à chacune de ses répliques.

La caméra d'Éric Guirardo a cette immense qualité de savoir quand se faire oublier, accompagnant simplement ses anti-héros dans leur chute, et quand nous cueillir par l'intelligence de sa mise en scène, à l'image d'une funeste descente aux flambeaux, qui donnera à une simple prise de bec une dimension tragique et grandiose. Dès lors, le film dépasse le statut de reconstitution pertinente pour faire sens, et nous dire quelque chose des maux français les plus pernicieux, auquel la crise actuelle a donné une visibilité nouvelle. La haine des possédants, le mépris des petits, autant de turpitudes quasi folkloriques, qui dévoilent ici leur nature délétère, et interrogent quand au devenir de notre vivre ensemble.

Quel dommage dès lors que le cinéaste se soit embarqué dans un dernier quart d'heure dont l'unique fonction est de raccrocher les wagons avec la glaçante et célèbre intervention télévisée de David Hotyat. D'une scène de meurtre décevante, car conçue comme un anti-climax, jusqu'au dernier “fait d'arme“ de Rénier, l'ensemble perd de sa force et de sa pertinence, empêchant cette habile chronique d'un fait d'hiver de se muer en un grand film noir.

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