Hanna : critique

Perrine Quennesson | 6 juillet 2011 - MAJ : 24/01/2020 14:18
Perrine Quennesson | 6 juillet 2011 - MAJ : 24/01/2020 14:18

Dans Hanna, on retrouve Saoirse (prononcer « seer-sha ») Ronan que l'on avait perdu en plein désert, il y a peu, dans le dernier film de Peter Weir, Les Chemins de la liberté. Elle est ici une tueuse née, surentrainée par son père (Eric Bana) au fin fond d'une contrée aux neiges éternelles. Retrouvée par de mystérieux poursuivants, elle va tenter d'accomplir la mission confiée par son géniteur, et découvrir au passage qu'une autre existence est possible.

La vie affective et l'imaginaire d'Hanna s'apparentent aux premières images du film : un désert blanc discontinu, glacial et sans aspérités. Vierge de tout contact avec le monde extérieur, la jeune fille ne voit le monde qu'à travers les yeux d'un père traqué et peu porté sur les démonstrations d'amour paternel. Hanna est terrée dans ce trou perdu et n'imagine celui-ci qu'à travers les pages jaunies d'un vieux dictionnaire. La découverte de la civilisation, qu'elle n'en peut plus d'attendre, prendra la forme brutale d'une arrestation, menée par un commando surentraîné. Hanna accepte sa nouvelle condition de prisonnière comme une libération. C'est un premier illogisme. Les militaires qui la placent en détention sont loin de comprendre qu'ils amènent la jeune fille jusqu'à la cible que son père lui a désignée...

 

photo, Saoirse Ronan

 

Lorsqu'elle pense avoir accompli sa mission, elle s'enfuie et se retrouve plus libre qu'elle ne l'a jamais été, mais écrasée par la terreur que lui inspire le monde moderne. Second illogisme. Lorsqu'elle rencontre une famille atypique et joyeusement foutraque, si elle est cloisonnée et cachée à l'arrière de leur van, elle est cependant libérée de sa tristesse et de sa solitude. Troisième illogisme. Le film poursuit ainsi les paradoxes pour nous conter l'étrange absurdité de l'homme. L'histoire en elle-même, si elle n'était pas si bien mise en scène, n'aurait aucune importance, seul le voyage initiatique de cette poupée aux yeux clairs compte.

 

photo, Cate Blanchett

 

Car en effet, on pensait, à tort Joe Wright cantonné aux films lacrimaux (Orgueil & préjugés, Reviens-moi) C'était sans compter sur ses qualités de metteur en scène. Grand maître du plan séquence (il nous l'avait déjà prouvé dans Reviens-moi), il sait aussi filmer la violence. En témoigne une incroyable scène de bagarre dans le métro berlinois où il développe des trésors d'ingéniosité, faisant surgir l'action de là on l'on s'y attend le moins.

De plus, le choix inédit des Chemical Brothers, à la bande son, surprend autant qu'il réjouit : leur musique électro et anxiogène donne corps aux angoisses de la jeune fille et à l'âpreté du monde qui l'entoure. Enfin, si Saoirse Ronan, la nouvelle muse de Wright, brille et écrase le reste du casting par son interprétation tout en douleur, elle est entourée de comédiens qui confirment une fois de plus leur grand talent. Cate Blanchett et Tom Hollander, malgré des rôles à la limite du stéréotype, donnent corps à leur personnage et sont plus menaçants que jamais. De grands méchants loups, prêts à croquer ce petit chaperon bleu.

 

Affiche officielle

 

Résumé

A la façon d'un Grimm, d'un Perrault voire d'un Lewis Caroll, Joe Wright nous fait découvrir la complexité de l'âme humaine et sa brutalité à travers les yeux de son Alice à lui. Avec ses personnages très dessinés,  le cinéaste nous offre un conte aussi cruel que touchant.  

Lecteurs

(5.0)

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